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La lutte contre des vols très organisés se met en place

Le rôle du crime organisé dans les vols de tracteurs et de matériels agricoles en tout genre est devenu évident pour les pouvoirs publics. Une réalité qui génère de nouveaux dispositifs de lutte sur le terrain.

Qu'on se le dise une fois pour toute, le temps où l'on n'avait pas besoin de fermer sa porte à clé à la campagne est révolu. « On peut en être nostalgique, mais c'est ainsi, estime Cyril Rizk, responsable des statistiques à l'ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales). Si vous ne protégez pas des biens qui ont une valeur et pour lesquels il existe une demande, un marché se crée, et si la marchandise est accessible, les voleurs viennent la prendre. » Les faits sont là : entre 2009 et 2013, les vols simples (sans violence et hors véhicules immatriculés) dans les exploitations agricoles ont augmenté de près de 56 %, pour atteindre près de 11 000 infractions (voir graphique). Varié, le butin va des fils de cuivre aux clôtures en passant par le carburant, ou les produits de récolte. Les tracteurs, qui entrent dans une autre ligne statistique, ne sont pas épargnés. Entre 2009 et 2014, les vols ont grimpé de 20 %, avec 295 machines dérobées l'an dernier.

Un problème qui touche les Vingt-Huit

Le phénomène n'est pas franco-français. Dans un rapport publié en 2013, l'Office européen de la police souligne que « les vols de métaux et en particulier de cuivre sont devenus un véritable sujet pour les États membres ces dernières années ». Et si les vols de véhicules motorisés à l'échelle des Vingt-Huit ont tendance à se stabiliser voir à baisser, « ce n'est pas le cas des gros engins tels que les tracteurs agricoles », précise ce rapport consacré à... l'évaluation de la menace causée par le crime organisé. « L'idée de chapardage est aujourd'hui battue en brèche », constate Cyril Rizk. Et si les vols ont progressé, c'est en partie parce qu'ils restaient traités au niveau local, où il était difficile de mettre en oeuvre une lutte adaptée.

Les pouvoirs publics considèrent désormais le problème de façon plus globale. Cela s'est notamment traduit par le lancement le 13 février 2014 d'un plan d'actions destiné à lutter contre les vols dans les exploitations agricoles. Celui-ci s'inscrit comme un volet spécifique du plan national de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée initié le 25 septembre 2013. La stratégie : mettre en oeuvre des plans départementaux dédiés à la sécurité des exploitations agricoles et développer des moyens d'enquête spécialisés face aux structures criminelles organisées.

Soixante-huit départements équipés d'un plan sécurité

Début mars, soixante-huit départements avaient initié ces plans sécurité en passant, dans certains cas, par la signature de conventions entre les acteurs du monde agricole (chambre d'agriculture, syndicat...) et la gendarmerie. Dix-neuf dispositifs Alerte Agri étaient créés. « Nous avons calqué le système sur ce que nous proposions aux commerçants », explique le capitaine Grégoire Méchin, référent sûreté à la direction générale de la gendarmerie nationale. Il s'agit d'envoyer des SMS précis pour signaler un fait qui vient d'être constaté, afin que les membres du réseau soient en alerte et préviennent la gendarmerie s'ils relèvent quelque chose de suspect. Dans certains cas, il est couplé à un dispositif Agriculteur vigilant, calqué cette fois-ci sur le principe des Voisins vigilants. « L'idée est de promouvoir la solidarité, mon devoir de citoyen en tant qu'agriculteur étant de veiller aussi aux exploitations des autres », relate Grégoire Méchin.

Le réseau Alerte Agri répond indiscutablement à une demande. En Côte-d'Or, la chambre d'agriculture, partenaire de la gendarmerie, a lancé les inscriptions au dispositif le 6 octobre avec un score supérieur à 10 %: « un document a été envoyé à 5 200 exploitations et 650 exploitants, parmi lesquels 46 % de céréaliers, ont répondu très rapidement », se souvient Éve Escande, en charge de la réception des appels. Il faut dire qu'aux côtés du Var, du Gers ou des Yvelines, la Côte d'Or est l'un des sept départements à avoir connu une explosion des plaintes en 2013 (plus de 50 % de hausse). « Dans le milieu rural, les agriculteurs vivent une forme d'isolement, estime le major Michaut, référent sûreté du département, qui anime le réseau. Un message, psychologiquement, ça leur fait du bien et cela a vraiment l'effet d'augmenter la vigilance. »

Compliquer le travail des voleurs

Le rôle du référent dépasse l'envoi des alertes. « Je fais de la prévention situationnelle, c'est-à-dire que j'explique comment faire en sorte que le contexte soit moins propice au malfrat pour commettre son méfait », décrit le major. Se prémunir contre les vols passe selon lui par la mise en place d'« une stratégie technique, organisationnelle et humaine » : « l'exploitant doit d'abord envoyer un signal disant que 'ça ne va pas être facile ici, le risque de se faire prendre est plus important qu'ailleurs', souligne le major. Il faut ensuite bloquer le voleur potentiel en verrouillant les accès, puis faire en sorte de le retarder, par exemple en cachant un coupe-circuit dans le tracteur. » Le référent prodigue ses conseils sur demande auprès des groupes qui le souhaite. « J'ai participé à toutes les assemblées générales de la chambre d'agriculture », indique-t-il. Il intervient également auprès des agriculteurs qui en font la demande, pour donner par exemple un avis sur un devis réalisé par une entreprise.

Développer une "culture de sûreté" en milieu rural

La gendarmerie dispose aujourd'hui de 212 référents répartis sur le territoire, auxquels s'ajoutent 1 400 correspondants sûreté formés localement par les référents. « Le fait d'avoir ces personnels démultiplie notre action », souligne le capitaine Méchin. À terme, chaque brigade devrait avoir son propre correspondant. Grâce à ce dispositif, la gendarmerie a pu réaliser 573 diagnostics écrits et consultations orales entre le 1er mars 2014 et le 1er mars 2015. « Un peu plus de 500 exploitations traitées, ce n'est pas beaucoup au regard du nombre de fermes en France », reconnaît le responsable. Mais c'est un début. « Il faut qu'une culture de sûreté se développe dans les exploitations, souligne le capitaine. C'est l'un des éléments qui nous a aidé à enrayer la hausse des cambriolages. »

Il faudra d'autant plus de temps que parler du problème peut amener une recrudescence des faits révélés. C'est en tout cas l'un des éléments de réponse donné par le ministre de l'Intérieur à Xavier Bertrand, député de l'Aisne, qui s'interrogeait le 3 mars 2014 sur la constante progression des vols dans les exploitations : la mise en place d'un plan de lutte « pourrait avoir dans un premier temps pour effet de révéler davantage de faits que par le passé, du fait de cette proximité retrouvée avec les exploitants agricoles ». Il faut donc être patient...

Les vols dans les exploitations agricoles continuent de progresser, qu'il s'agisse de vols simples (vols de matériels agricoles, de bétail, de fourrage, de récolte...) ou de vols de tracteurs. Mais la progression ralentit. Une légère amélioration dont il est difficile d'analyser finement la cause mais qui résulte en partie du travail réalisé sur le terrain par les services de gendarmerie, en France et en Europe.

Chiffres clés : les tendances sur un an

+ 2,4 % des vols simples en 2014 contre + 6,9 % en 2013

- 9,5 % de vols de tracteurs en 2014 contre + 19 % en 2013

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