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« Je minimise mes charges de désherbage sur céréales grâce à la herse étrille »

Exploitant en Meurthe-et-Moselle, Bertrand Brignier s’est mis à la herse étrille en 2010, un bon complément aux leviers chimiques et agronomiques contre les adventices. L’outil lui permet assez régulièrement d’éviter un antigraminées d’automne sur blé.

« Le désherbage mécanique est rentré sur l’exploitation dans le but de minimiser les charges de désherbage, sachant que de toute façon, les herbicides ne marchent pas à 100 %. » Exploitant sur 120 hectares à Rosières-en-Haye, en Meurthe-et-Moselle, Bertrand Brignier a investi en 2010 dans une herse étrille. « Lorsque je me suis lancé, j’avais comme objectif de décaler le désherbage d’automne au printemps, le problème étant chez nous les graminées, pas les dicotylédones. » 

Partagée à quatre agriculteurs, la herse étrille, qui couvre 700 hectares par an, lui a coûté moins de 1500 euros : les agriculteurs ont fait jouer une aide de 20 % versée dans le cadre de la zone de captage sur laquelle se trouvent leurs fermes. Un coût modeste pour un résultat intéressant puisque Bertrand Brignier réussit assez souvent à éviter à l’automne un traitement antigraminées sur blé.

Un levier de plus dans une stratégie globale de réduction des phytos

L’agriculteur raisonne l’emploi de la herse étrille dans une stratégie globale de réduction des phytos. Il veille par exemple à avoir une bonne préparation de sol, à l’aide de plusieurs outils de déchaumage. « J’ai un programme de base que j’ajuste en fonction du climat, de l’état des sols et des repousses, précise-t-il. Mon objectif est d’être prêt un mois avant de semer. Je passe alors un litre par hectare de glyphosate. » 

Il intervient avec la herse étrille 5 à 6 jours après les semis de blé, à l’aveugle. Il valorise aussi l’outil sur orge de printemps, au stade 3 feuilles. « Ça me prend un peu plus de temps, remarque-t-il. Pour éviter de recouvrir la culture de terre en passant trop vite, je travaille à 3 km/h seulement, contre 10 à 12 km/h lorsque je passe à l’aveugle. » Mais c’est sur pois qu’il estime avoir les meilleurs résultats. « Cette culture, qui a un très bon enracinement, réagit très bien. Il faut juste intervenir avant que les vrilles ne s’entremêlent. » L’agriculteur y trouve également un intérêt sur tournesol : un passage au lendemain de l’implantation efface les lignes de semis, ce qui protège des corvidés.

Sept jours de beau temps consécutifs nécessaires pour intervenir

La herse étrille, outil miracle ? Loin s’en faut. « En moyenne, le passage à l’aveugle, qui est le plus intéressant, ne procure que 50 % d’efficacité et ce, quelle que soit la culture », détaille-t-il. L’un des risques : redynamiser les adventices enfouies à un ou deux centimètres de profondeur. En plus, les fenêtres de tir sont limitées dans la région : « il faut trois jours de temps sec avant de passer, puis trois jours sans pluie ensuite, soit un total de sept jours de beau temps, note l’agriculteur. Il y a probablement des créneaux où je pourrais intervenir, mais je n’y pense pas. La herse étrille n’est pas un outil-clé de l’exploitation. » C’est plutôt un complément qui permet d’alléger les traitements chimiques d’automne.

« En blé, je complète le passage de herse étrille avec 20 g/ha d’Allié Express au stade 3 feuilles sur les parcelles argilo-calcaires, car j’ai des problèmes de géranium », précise ainsi l’exploitant, qui ne traite pas ses terres limoneuses. « Je reviens ensuite au printemps avec un produit de type Radar à 275 g/ha dans mes limons, ajoute-t-il. Et dans les argilo-calcaires, j’apporte un Atlantis à 250 g/ha ou la formule Pro à 0,9 l/ha, dont le spectre est plus large en dicotylédones. » Sur ses limons battants, majoritaires sur sa ferme, l’agriculteur en a pour 62 euros/ha par an. Dans les argilo-calcaires, la facture ne dépasse pas les 80 euros/ha, coût de la herse étrille compris.

Rotation allongée et dates de semis reculées

Bertrand Brignier a également beaucoup travaillé les leviers agronomiques. Sa réflexion a démarré voici une bonne quinzaine d’années dans le cadre du programme Agri’mieux, dont il est aujourd’hui président au niveau local. « La commune a son propre captage Grenelle et dans les années 2000, nous avions de gros soucis de nitrates, avec des teneurs moyennes à 55 mg/l, se rappelle-t-il. Nous sommes aujourd’hui redescendus à 32 mg/l, grâce entre autres au travail de la chambre d’agriculture, qui a contribué à motiver tous les agriculteurs du bassin. » L'agriculteur a ainsi allongé sa rotation avec du tournesol et du pois, l’objectif étant d’alterner deux cultures d’automne puis deux cultures de printemps. Et il a modifié ses dates de semis. « Je sème désormais mes blés et orges au 1er octobre au lieu du 15 septembre », souligne-t-il.

Une stratégie qui lui a permis d’abaisser la pression des vulpins et bromes, plus forte depuis son passage aux techniques culturales simplifiées en 2004. « Cette réorganisation me laisse par ailleurs du temps en septembre pour le désherbage mécanique sur colza et tournesol. » Car en plus de sa herse étrille, Bertrand Brignier possède une bineuse, utilisée notamment sur ses colzas, semés en ligne. « Elle coûtait 20 000 euros et j’ai bénéficié de 8000 euros d’aides versées dans le cadre du PCAE (Plan de compétitivité des exploitations agricoles), souligne l’agriculteur. J’ai investi en parallèle d’un collègue qui, lui, a racheté un semoir. Nous échangeons des heures de bineuse contre des heures de semoir de précision de façon informelle. »

Mariage prévu entre herse étrille et agriculture de conservation

Dès cet automne, la ferme va prendre un nouveau tournant. « Je pars en agriculture de conservation à partir de cette moisson. Je vais m’autoriser à travailler le sol entre 0 et 5 cm. Le désherbage mécanique à la bineuse sera toujours possible sur colza, mais je ne pourrais plus intervenir à l’automne avec la herse étrille sur céréales. » Ces dernières seront semées dans un couvert de féverole. Bertrand Brignier, qui s’est équipé pour un peu plus de 20 000 euros aides déduites d’un semoir adapté, mûrit ce changement depuis deux bonnes années. « Mais je continuerais de passer cet outil au printemps, autant que faire se peut, indique l’exploitant. Nous devons détruire les couverts au plus tard au 1er décembre parce que les sols ressuient mal au printemps. Les parcelles seront donc nues » Pas question encore de renoncer au désherbage mécanique.

La houe rotative trop coûteuse

Adepte de la herse étrille et de la bineuse, Bertrand Brignier s’est également intéressé à la houe rotative. Mais il n’a pas donné suite. « Je l’ai essayée et sur argilo-calcaire, les cailloux se mettent dans les cuillères, commente-t-il. Après une pluie, c’est un outil qui fait un excellent travail d’écroutage sur limons battants, mais il coûte cher, et je n’en ai pas vu suffisamment l’utilité sur ma ferme. Trop peu de surfaces auraient été concernées. »

En chiffres

120 ha à Rosières-en-Haye

120 ha dont 30 ha de colza (30 q/ha en moyenne), 30 ha de blé (70 q/ha), 20 ha d’orge d’hiver (70 q/ha), 20 ha d’orge de printemps (45 q/ha), 10 ha de pois de printemps (35 q/ha), 10 ha de tournesol (22 q/ha), 60 % de limons battants, 40 % d’argilo-calcaires superficiels.

Julien Grand, conseiller à la chambre d’agriculture Grand-Est

« 50 % d’efficacité, avec une variabilité allant de 0 à 90 % »

« Sur notre plateau calcaire, c’est très majoritairement la herse étrille qui est utilisée en désherbage mécanique. C’est un outil pas cher, facile et rapide à passer… mais dont le résultat est très aléatoire. On observe 50 % d’efficacité, avec une variabilité allant de 0 à 90 %. On essaie de positionner la herse étrille le plus possible en post-semis prélevé, en aveugle. Nous sommes limités par le nombre de jours disponibles, de 5 par an en moyenne.

Le désherbage mécanique est pour nous un outil complémentaire. Il aide à atteindre plus facilement les objectifs de réduction des phytos fixés dans les MAE (Mesures agroenvironnementales), mises en place notamment sur les bassins de captage dégradés. Même si on ne supprime pas le traitement d’automne, on diminue les risques de résistance. On travaille aussi sur les microdoses, sur l’allongement de la rotation, l’introduction de cultures de printemps, ou le décalage des semis.

Les MAE, mais aussi les aides données dans les PCAE (anciennement les PVE) ont facilité les investissements. Tout ça combiné a permis un relatif développement du désherbage mécanique. Au nord de Toul, en Meurthe-et-Moselle, environ 20 % des agriculteurs conventionnels sont équipés de herse étrille, et au niveau du département, approximativement 20 % des surfaces seraient concernées… L’utilisation restant fonction des assolements et des conditions de l’année. »

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