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La féverole handicapée par sa bruche

À cause des dégâts de bruches, la filière se prive d’une bonne part du débouché rémunérateur de l’alimentation humaine. Des recherches sont en cours pour trouver un moyen de lutte efficace contre ce ravageur.

La bruche est un boulet pour la féverole. La culture connaît une certaine désaffection due, comme le pois, à son instabilité de rendement chronique (voir pages 24-25). Mais en plus, elle est confrontée à un ravageur particulièrement difficile à gérer, la bruche de la fève (Bruchus rufimanus). « Ce coléoptère est en cause dans la perte de débouchés de la féverole pour l’alimentation humaine, le plus rémunérateur pour les producteurs, affirme Fabienne Boizet, Terres Inovia. Jusqu’en 2013, l’Égypte était le principal client à l’export sur la féverole pour la France. Mais depuis, à cause de qualité des lots affectés par les bruches, la France exporte beaucoup moins de féveroles. » L’Hexagone subit aussi la forte concurrence des productions britanniques et australiennes.

L’efficacité des insecticides est limitée contre ce ravageur, pour plusieurs raisons. Les œufs sont pondus dans les gousses où les larves se développent, ce qui les rend inaccessibles aux produits. La lutte vise donc les adultes avant qu’ils ne pondent. « Les spécialités disponibles ne peuvent être utilisées au moment de la floraison quand il y a présence d’abeilles. Or, c’est en journée et à la floraison que les bruches sont actives et ont le plus de chance d’être atteintes par les produits. Avec quelques insecticides qui comportent la mention 'abeilles', on peut traiter à la floraison mais en dehors de la présence des insectes pollinisateurs, précise Fabienne Boizet. Nous conseillons les applications en soirée même si les bruches sont peu accessibles à ce moment-là. » En outre, l’arrivée des bruches adultes est échelonnée et ces insectes se déplacent beaucoup et sur de grandes distances. Leur contrôle nécessite plusieurs applications pour un résultat souvent décevant.

Essai de biocontrôle par piégeage de masse

Devant ce constat et l’absence de perspectives positives du côté des traitements insecticides, l’Inra et Arvalis ont initié en 2011 un projet de recherche pour mettre au point de nouvelles méthodes de contrôle du ravageur. L’étude se base sur l’attraction des bruches par la féverole via des signaux chimiques émis par la plante. « Les bruches sont attirées par les fleurs et pas du tout par les feuilles, informe Brigitte Frérot, ingénieur de recherche à l’Inra et à l’UMR-IEES(1). Nous avons identifié et formulé un mélange chimique attractif des bruches à la floraison de même qu’un second attractif qui attirent les femelles fécondées à la production des gousses. Cet attractif a été breveté. »

L’idée est d’utiliser ces compositions chimiques pour les attirer sur des pièges, voire pour une perturbation olfactive. Les tests au champ vont être réalisés cette année, avec le concours de Terres Inovia. « Nous allons tester dans différentes régions des pièges qui sont des plaques engluées avec l’attractif contenu dans un diffuseur, précise Brigitte Frérot. Les deux attractifs seront utilisés séparément. Ce piégeage peut être au moins un moyen d’alerter les agriculteurs de l’arrivée des bruches et de leur niveau de population de façon à mieux cibler les traitements contre ces ravageurs. »

Un piégeage de masse à l’essai en 2017

Une parcelle de quelques hectares va être utilisée pour y disposer de nombreux pièges de façon à capturer les bruches en quantités. L’impact de ce véritable piégeage de masse va être mesuré sur les populations de l’insecte de même que sur les dégâts à la récolte. La technique du piégeage de masse via la diffusion de composés chimiques attractifs a déjà été testée contre d’autres ravageurs, pas toujours avec succès. Les essais vont montrer si cette technique de biocontrôle des bruches est une voie d’avenir.

Mais la maîtrise des infestations de la bruche pourrait provenir de la voie génétique. « Les travaux d’écologie chimique peuvent être mis à profit par les généticiens pour produire des plantes résistantes à la bruche de la féverole, par sélection classique ou action sur l’expression des gènes de biosynthèse des composés organiques volatiles », selon Brigitte Frérot.

Des variétés de féverole réagissent différemment contre les attaques de bruches. « L’Inra de Dijon a découvert deux génotypes de féverole qui résistent aux bruches de deux manières, rapporte Fabienne Boizet. Sur les plants de l’un des génotypes, les bruches pondent leurs œufs mais ceux-ci meurent dans les gousses. L’autre génotype n’est tout simplement pas attaqué par l’insecte. » Ce matériel génétique est mis à disposition des sélectionneurs pour leurs propres croisements. Mais il faudra attendre de nombreuses années avant de voir la commercialisation de variétés de féverole non OGM résistante à la bruche.

(1) Institute of environnemental and ecological science.

Une culture pour les régions tempérées du Nord

Après avoir dépassé les 100 000 hectares en 2010, la féverole est redescendue à 86 000 hectares en 2015 et 76 000 hectares en 2016. La culture est plus exigeante en eau que le pois, ce qui explique que ses bastions de production se situent dans la moitié Nord de la France. En Europe, le principal pays producteur est le Royaume-Uni, devant la France. Comme le pois, la féverole présente comme atout son apport agronomique dans la rotation culturale avec des gains de rendement pour le blé qui suit et des économies d’azote.

Des insectes mis sous électrodes

La relation par les odeurs entre la bruche et la féverole a fait l’objet de techniques de recherche quelque peu originales. La technique de l’électroantennographie est la plus étonnante avec la mesure de la perception des odeurs par les insectes en connectant leurs antennes à des électrodes. En effet, le nez ou plutôt les organes olfactifs chez la bruche se situent sur les antennes. Les bruches ont été soumises également aux odeurs de féveroles à ses différents stades végétatifs dans de petits tunnels de vols de 70 cm de long sur 30 cm de diamètre. Enfin, comment identifier les composés à l’origine des odeurs ? Des capteurs fixent ces composés organiques volatiles, qui sont analysés avec les techniques de chromatographie en phase gazeuse couplées à la spectrométrie de masse. Mais cette analyse des composés chimiques à la molécule près est devenue courante dans les laboratoires.

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