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Interview de René Carron, président du conseil d’administration de Crédit agricole SA
"La crise nous a affecté mais la maison est solide"

Le Crédit agricole est au coeur de la tourmente dans la crise financière. René Carron s’explique.

Quel regard portez-vous sur la crise financière et ses répercussions en France ?
Née aux USA, la crise s’est étendue aux marchés financiers par le mécanisme de titrisation(1) des crédits immobiliers. De nombreuses banques ont été affectées. Mais les banques françaises ont globalement très bien résisté à la crise.

Le Crédit agricole a-t-il fait une erreur d’appréciation par rapport aux subprimes ?
Les portefeuilles titrisés bénéficiaient des meilleures notations, ils étaient garantis par des organismes de rehaussement, très bien notés. Au Crédit agricole, nous sommes allés certainement trop vite et trop loin dans ces opérations.Mais nous avons réagi dès février 2007 en décidant l’arrêt de nos activités de dérivés de crédit. Je n’occulte en aucun cas nos erreurs, nous assumons nos risques.

Mais cela a affecté Crédit agricole SA
Oui, comme beaucoup d’autres banques. Nous avons décidé — nous avons été les premiers à le faire — d’être transparents et de procéder à des dépréciations d’actifs et à la constitution de provisions. S’il y a eu impact sur nos résultats, il s’agit de dépréciations d’actifs, non de pertes. Depuis le début de la crise en 2007, nous avons déprécié dans près de 4,5 milliards d’euros après impôts. Mais la maison est solide. Le Crédit agricole dégage des bénéfices sur les neuf premiers mois 2008 : 1,33 milliard d’euros pour Crédit agricole SA et 2,5 milliards d’euros pour le groupe Crédit agricole(2).De plus, avec 64 milliards d’euros de capitaux propres, nous sommes l’un des groupes bancaires les mieux capitalisés en Europe.

Comment se sont comportés les clients français?
Nous n’avons pas perdu de clientèle, au contraire. Et depuis le début 2008, les caisses régionales ont ouvert 292 000 nouveaux comptes et le réseau LCL 91000.

Comment avez-vous réagi à la volonté de reprise en main des caisses régionales ?
Il est légitime que les actionnaires s’interrogent. Ce qui a été décrit dans la presse ne correspond pas à la réalité. Les caisses régionales sont majoritairement représentées au sein du conseil d’administration de Crédit agricole SA, elles ont aussi des représentants dans les conseils d’administration de nos filiales. Dans ce contexte, parler de reprise en main n’a pas de sens. Le directeur général, Georges Pauget, avait une équipe resserrée autour de lui. Il a voulu la consolider pour renforcer le pilotage des grands pôles d’activité du groupe.

Qu’attendez-vous du plan de relance français ?
C’est un excellent plan. Il permet à chaque banque de continuer à faire son métier : financer l’économie. Il s’agit d’une enveloppe de 320 milliards d’euros,montant que les banques peuvent emprunter sur les marchés financiers avec la garantie de l’État. Il s’agit aussi d’une enveloppe de 10,5 milliards d’euros de fonds propres prêtés par l’État aux banques pour satisfaire aux évolutions réglementaires qui pourraient restreindre leur capacité de prêt. Si cette enveloppe était utilisée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, elle serait rémunérée à 8 %, soit pour l’État une marge de 4 %. Évoquer un don de l’État envers les banques exprime une méconnaissance totale de la réalité, sinon une volonté de la travestir.

Dans quelle mesure les agriculteurs vont être touchés par cette crise ?
Les agriculteurs ne vont pas échapper à la crise, notamment du fait de la baisse des cours. Les fondamentaux sont solides. L’agriculture a beaucoup investi ces deux dernières années.Même si les investissements ralentissent dans les années à venir, cela n’aura pas de conséquence sur l’activité globale de l’agriculture française.

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

(1) Produits financiers adossés aux créances des subprimes et vendus à d’autres banques.
(2) Crédit agricole SA et les caisses régionales.

IDENTITE

René Carron est président du conseil d’administration de Crédit agricole SA depuis décembre 2002 et président de la caisse régionale de Savoie depuis 1992. En 2001, il contribue à transformer la caisse nationale de Crédit agricole en société anonyme cotée. Sa conduite de l’OPA sur le Crédit lyonnais lui vaudra le prix du Stratège de l’année en 2003. Il a été agriculteur à Yenne et président de la chambre d’agriculture de la Savoie de 1983 à 1992.

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