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Les mycotoxines à la coopérative Unéal
LA CHASSE À LA «DON» EST UN VRAI CASSE-TÊTE

La déoxynivalénol (DON) a été très présente sur les blés en 2007. Comment les organismes stockeurs ont géré le respect des normes mises en place en 2006? Cas de figure avec Unéal.

Le respect de la norme des 1 250 ppb de déoxynivalénol dans les blés s’apparenteraitil à un casse-tête insurmontable chez les organismes stockeurs? « Nous considérons que c’est inapplicable à cause des échantillonnages demandés et il est quasi impossible de mettre en place une analyse par remorque à la moisson ! » La remarque émane de Christian Cordonnier, directeur général adjoint d’Unéal,Nord-Pas-de- Calais, une coopérative qui compte pas moins de 83 points de stockage avec environ 600 cellules et qui collecte plus d’1 million de tonnes de céréales chaque année.Malgré tout, le distributeur a mis les bouchées doubles pour détecter les lots contaminés en mycotoxines. « Nous suivons une procédure d’analyse de la DON depuis quelques années. L’an passé, nous avons constaté des taux de mycotoxines qui pouvaient être supérieurs à la norme autorisée pour l’alimentation humaine, d’où une multiplication des analyses sur la DON. »

RISQUE ÉVALUÉ À LA PARCELLE
Les agriculteurs reçoivent des recommandations des divers organismes prescripteurs pour limiter le risque fusariose sur épis de blé. La préoccupation des distributeurs est également de connaître la situation in situ avant récolte. « Depuis trois ans, nous souscrivons à la démarche Qualimètre de Syngenta. Le risque fusariose est estimé à la parcelle selon la variété de blé cultivée, le précédent cultural, la date de semis… Un suivi climatique par zone permet de prévoir le niveau de risque DON de la production jusqu’à quinze jours avant la moisson, explique Christian Cordonnier. Pour nous, c’est un des seuls moyens permettant de gérer le remplissage de nos silos en fonction des zones touchées ou non par les fusarioses. » Au vu de l’année 2007 parti-culièrement favorable au développement tardif des fusarioses, Christian Cordonnier s’interroge sur la pertinence de l’estimation avant la récolte. La fusariose serait-elle susceptible de se développer encore après les contaminations qui ont lieu à la floraison ?

UN ÉCHANTILLONNAGE LOURD
« On sait que de telles contaminations tardives existent et elles ont été constatées l’an passé en 2007.Mais elles restent malgré tout minimes et ce sont les conditions à la floraison qui pèsent le plus sur le niveau d’infestation en fusarioses des épis de céréales, » précise Bruno Barrier-Guillot, le spécialiste Arvalis des mycotoxines. Une fois le risque simplement évalué, il est nécessaire de mesurer les teneurs en DON des lots de blés. « Un simple échantillon est le résultat de tout un processus d’échantillonnage lourd et complexe voué à être le plus représentatif possible du lot de grains, informe Alexandre Fortis, responsable du laboratoire céréales d’Unéal. Par exemple, d’une péniche de 2000 tonnes de céréales, il faut faire une centaine de prises de grains pour aboutir à un échantillon de 5 kilos et, au final, n’en analyser que quelques grammes de grains. Le constat, c’est que l’on mesure des taux de DON qui vont du simple au double en fonction des différents échan-tillonnages réalisés pour un même lot », remarque-t-il.Divers témoignages d’organismes stockeurs vont dans ce sens. L’échantillonnage des lots de céréales fait toujours l’objet d’études de la part de l’Irtac(1) et d’Arvalis en collaboration avec des distributeurs pour aboutir à une méthode qui serait la plus simple à mettre en oeuvre tout en garantissant un niveau de fiabilité acceptable( 2).

DES ANALYSES QUI COÛTENT
Toutes ces analyses ont un coût. « Il est de 15 à 20 euros pour une analyse bandelette Quali’DON (méthode BASF) par échantillon qui donne un niveau de mycotoxine par rapport à la norme des 1250 ppb. Le coût est un peu plus élevé (de l’ordre de 30 euros par échantillon) avec la méthode Elisa.Mais elle est rentabilisée avec des séries d’échantillons analysés et elle quantifie le taux de mycotoxine, précise Alexandre Fortis. Elle n’est réalisable qu’en laboratoire (2 à 4 heures pour avoir le résultat) tandis que l’équipement pour les tests Quali’DON sont contenus dans des valises transportables sur le terrain pour des analyses en vingt minutes. Malgré tout, aussi rapide qu’elle puisse être, nous n’envisageons pas de réaliser ce dernier type d’analyseà la remorque sous peine de retarder considérablement les livraisons. Notre plan de surveillance est établi sur l’ensemble des cellules », explique le responsable du laboratoire.

UN COÛT DE L’HPLC PROHIBITIF
Une méthode d’analyse officielle existe qui est présentée comme d’une grande fiabilité, la méthode HPLC. « Le coût revient entre 60 et 80 euros par analyse. Celle-ci est réalisée par des laboratoires extérieurs à notre coopérative. Et les résultats ne peuvent être connus qu’une semaine après l’envoi de l’échantillon. » La coopérative Unéal préfère s’en tenir à ses méthodes rapides d’analyse même si le degré de précision n’est pas aussi poussé que l’HPLC. « Nous ne nous autorisons pas à prendre de risque sur les lots de céréales à commercialiser. Tout ce qui pourrait apparaître limite en regard des normesmycotoxines est destiné au marché de l’alimentation animale, » précise Christian Cordonnier.Ce débouché dont une simple recommandation vise à ne pas dépasser 8000 ppb de DON(3) constituait 55 à 60 % des ventes Unéal en 2007 (contre 40 en 2006, année meilleure en qualité). Les échantillonnages et analyses pour pister la seule DON représentent trois mois de travail pour deux spécialistes de laboratoire et un saisonnier. C’est une révolution depuis 2006-2007 dans la coopérative Unéal et dans tous les autres organismes stockeurs. Et ce n’est pas sans effet sur les budgets. !
Christian Gloria
(1) Institut de recherches technologiques agroalimentaires des céréales.
(2) Voir document OniGC, « Échantillonnage : protocoles alternatifs adaptés à la mesure des mycotoxines », 5 ! (www.onigc.fr)
(3) Sauf pour le porc.

2007, une année forte en DON sur blé en France !

13 % des parcelles de blé tendre présentaient des teneurs supérieures à la norme des 1250 ppb en DON en 2007 (0 % en 2006). Enquête sur 1850 parcelles.
!28% des parcelles de blé dur présentaient des teneurs supérieures à 1 750 ppb en DON en 2007 (2 % en 2006). Enquête sur 596 parcelles.

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