Aller au contenu principal

Jean-Marie Séronie compare l'agriculture à une "diva"

Dans son livre "L’agriculture française : une diva à réveiller ?", Jean-Marie Séronie, économiste agricole, nous fait partager ses convictions, sans tabou, avec un regard optimiste sur l’avenir de nos agricultures. Avant-goût de cet ouvrage édité aux Editions Quæ.

. En quoi l’agriculture française est-elle une diva ?


L’agriculture est une diva car elle a un immense talent. Mais comme la diva, adulée et choyée, elle s’est aussi endormie sur ses lauriers, ne se remet pas en cause. Au moment où j’ai pris la décision d’écrire ce livre, en août 2013, j’ai fait le constat suivant : en trente-cinq ans d’activité dans de nombreuses instances agricoles, je n’avais pas souvenir d’avoir connu une période aussi favorable pour l’agriculture. Et en même temps, l’agriculture semblait et semble toujours déprimée. Ce paradoxe m’a amené à me demander : pourquoi cette situation ? Que se passe-t-il ?


. Vous attribuez une part de responsabilité aux organisations professionnelles agricoles, notamment syndicales. Pourquoi ?


Même s’ils sont conscients de la nécessité d’accompagner l’adaptation de l’agriculture aux évolutions du monde dans lequel nous vivons et donc aux marchés, les responsables agricoles ne font rien pour. En tout cas, ils tiennent un discours très conservateur, opposé au changement et trop centré sur la France. En agissant ainsi, ils souhaitent certainement soutenir les agriculteurs qui se sentent critiqués dans leurs pratiques, particulièrement sur la question environnementale. Il faut dire que tout ce qui a permis à l’agriculture d’être compétitive après guerre est aujourd’hui remis en cause : la génétique, les intrants chimiques et la mécanisation du fait de sa consommation d’énergie.


. Comment sortir de cette situation ?


Les responsables agricoles sont très écoutés et souvent entendus par les pouvoirs publics, y compris par la gauche. On est toujours dans un modèle de gouvernance datant des années 60. La cogestion pénalise au- jourd’hui la profession agricole. Il faut en sortir pour réformer ce modèle.
Leur parole a également beaucoup de poids auprès des producteurs. Ces responsables doivent être les acteurs et les « pasteurs » du changement, comme ils l’ont été dans les années 60-70 lors de la révolution silencieuse, plutôt que de freiner l’évolution de l’agriculture.


. Malgré cela, vous portez un discours optimiste sur l’avenir de l’agriculture française…


Neuf milliards en 2050… Nous sommes aujourd’hui 7,2 milliards sur Terre, soit une augmentation de 25 % en trente-cinq ans. Un potentiel de débouchés conséquent. À cela s’ajoutent les besoins croissants de l’industrie des biocarburants et des biomatériaux. L’agroécologie, même si elle effraye certains, rend de nombreux agriculteurs optimistes. Son déploiement sera l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques de production, de s’enrichir de sujets non abordés par le passé. Le monde change, l’agriculture doit s’adapter et modifier ses façons de travailler.

. Les agriculteurs vont-ils être eux-mêmes les moteurs du changement ?


J’y crois beaucoup. Mais pour cela, les producteurs doivent mieux se former à la gestion d’entreprise pluriannuelle ainsi qu’à la gestion des risques. Alors oui, la diva doit se réveiller pour continuer à exploiter son talent, à nourrir la population, à faire vivre ses producteurs et à peser dans la balance commerciale française.

L’agriculture française : une diva à réveiller ?

 

L'auteur de l'ouvrage, Jean-Marie Séronie, est ingénieur agronome et expert comptable.
Il a fait toute sa carrière dans de nombreuses organisations agricoles.

 

Publié aux Editions Quæ, 15 €.

Les plus lus

Le blé tendre d'hiver est sensible au froid à partir de - 8°C, de la levée à l’émission des talles. © C. Gloria
Vague de froid : y a-t-il un risque pour les céréales ?
L’alerte « grand froid » a été émise dans vingt-quatre départements. Cette vague de froid représente-t-elle une menace pour les…
Apport de solution azotée sur colza. Pour limiter le stress des cultures, mieux vaut suspendre les interventions. © Gutner archives
Retour des gelées : 5 points à connaître pour préserver les cultures et le matériel
Il est urgent de stopper vos interventions en plaine : un épisode de froid s’amorce dans une grande moitié nord de la France, qui…
Chaulage : « j'ai économisé 4000 euros grâce à la mesure de résistivité de mes parcelles »
 Associé du Gaec de la voie lactée, Patrice Lièvre cultive 220 hectares à Vernoux-en-Gatine, dans les Deux-Sèvres. Tous les ans,…
Contre la jaunisse transmise par des pucerons, les néonicotinoïdes sur semences de betterave constituent la solution de lutte la plus efficace. © G. Omnès
Néonicotinoïdes/betteraves : jusqu’à 15 jours de retard dans la distribution de semences
Avec une parution de l’arrêté sur les néonicotinoïdes le 5 février, le pelliculage des semences avec ces insecticides a démarré…
En orge brassicole, la tendance est au fractionnement de la fertilisation azotée pour une meilleure efficience des apports. © J.-C. Gutner
Orge brassicole : adapter la fertilisation azotée pour sécuriser le taux de protéines
Depuis de nombreuses années, la filière brassicole s’interroge sur le pilotage de l’azote des orges d’hiver et de printemps. Elle…
Le mariage de titans entre InVivo et Soufflet pousserait à l'extrême la logique de restructuration à l’œuvre chez les OS. © N. Ouvrard / J. Nanteuil
[Edito] Fusion InVivo-Soufflet, un rapprochement symbolique à plus d'un titre

Pour les initiés, ce n’était pas un mystère : le groupe Soufflet cherchait un repreneur, à défaut de…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures