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Interview de Philippe Mangin
« Il faut soutenir les PME du secteur agroalimentaire »

Philippe Mangin, président de la coopérative EMC2 et de Coop
de France, défend un secteur agroalimentaire français puissant, associant grandes entreprises et PME.


Quelle place occupent les coopératives dans l´agroalimentaire français ?
Philippe Mangin - Environ 40 % du chiffre d´affaires de l´industrie agroalimentaire française est réalisé par des coopératives. Ceci est variable selon les secteurs. Par exemple dans le sucre, la coopération transforme les deux tiers des volumes. En malterie avec Malteurop, en meunerie avec Nutrixo, les coopératives sont parmi les entreprises leaders de leur secteur en France et en Europe.
Cette place est-elle reconnue ?
P. M. - Du grand public, du consommateur, certainement pas. Qui sait que Florette, marque leader en 4e gamme, est une filiale de la coopérative Agrial ? Nous n´avons jamais mis en avant l´origine « coopérative » des produits. C´est sans doute un tort et nous réfléchissons à cette question autour de la certification AgriConfiance qui est une marque propriété de la coopération. Faire figurer AgriConfiance sur l´étiquette pourrait être un moyen d´identifier l´origine coopérative du produit.
Vous avez été à l´origine du plan pour l´agroalimentaire. Pourquoi cette demande ?
P. M. - Effectivement en décembre 2003, à l´occasion de la création de Coop de France, j´ai demandé au Premier ministre de lancer un plan pour l´agroalimentaire français. Il en a accepté l´idée et nommait six mois plus tard un secrétaire d´État, Nicolas Forissier, chargé de l´élaboration de ce plan. J´ai fait cette demande avec une grande conviction. Le secteur agroalimentaire en France est le premier secteur de l´économie en chiffre d´affaires et le second en emplois. Il transforme plus de 70 % de la Ferme
« France » et est devenu premier exportateur mondial. C´est dire si, sans lui, l´agriculture française serait menacée. Avec la réforme de la Pac et les négociations à l´OMC, nous avons besoin d´une industrie de transformation encore plus innovante, plus performante et plus agressive sur les marchés européens et mondiaux. Il en va de l´avenir de nos élevages comme de nos champs : nous aurons besoin d´usines à leur proximité !
Enfin, depuis vingt-cinq ans, pas un ministère ne s´occupait réellement de l´agroalimentaire ou de l´agro-industrie, c´est incroyable, mais vrai. Le résultat, c´est que les 10 000 PME étaient livrées à elles-mêmes.
Or, nous avons besoin de ce tissu de PME qui garantit la diversité de l´alimentation française et de ses traditions, comme nous avons besoin qu´il existe en France de grands leaders mondiaux. Savez-vous que sur les cent premières entreprises mondiales de l´agroalimentaire, on n´en compte que cinq françaises et que la première est à la quatorzième place ? Si nous ne réagissons pas, on se fera bousculer par des grandes multinationales étrangères et l´agriculture française en souffrira terriblement.
Que pensez-vous de ce plan ?
P. M. - Le plan élaboré par Nicolas Forissier est un bon début : d´abord parce qu´il a permis de faire un état des lieux que le ministère de l´Agriculture ne possédait même pas ; ensuite, parce qu´il débouche sur une première série de mesures en faveur des PME qu´il était urgent d´obtenir pour renforcer la recherche-innovation, pour participer de façon plus musclée à des salons dans le monde, pour élaborer des stratégies d´exportation ou pour transmettre les entreprises souvent de taille familiale. Je me battrai donc pour que ce plan ne soit pas abandonné et qu´au contraire on passe à la vitesse supérieure. Les agriculteurs sont face à deux enjeux indissociables : le prix des produits agricoles et les débouchés de leurs produits.
Les coopératives sont-elles concernées par la Loi d´orientation agricole ?
P. M. - La LOA ne traite pas au fond les deux enjeux que je viens d´évoquer. On nous dit « mais l´État ne peut rien faire. ». C´est faux.
Comme le proposent les Jeunes Agriculteurs à l´occasion de leur congrès, l´État doit d´abord se battre pour que Bruxelles réaffirme un autre principe de préférence communautaire et corrige le droit de la concurrence.
Ensuite, l´État doit inciter les agriculteurs à mieux maîtriser la commercialisation de leurs produits et ce par la contractualisation. Il doit encourager les producteurs à s´organiser plus et mieux face à leurs clients et inviter tous les acteurs des filières à constituer des interprofessions efficaces.
Le projet de loi reprend nos propositions visant à développer une meilleure appropriation de la coopérative par ses adhérents, en améliorant certains points de la gouvernance.
La loi prévoit la constitution d´un Haut Conseil de la Coopération Agricole qui aurait, comme nous le souhaitons, deux missions : une mission éthique visant au bon respect des spécificités coopératives et une mission de veille stratégique en vue d´une meilleure structuration des filières.

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