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Guerre des chiffres sur les orges hybrides

Cultiver une orge hybride, est-ce rentable ou non ? Les opinions se contredisent mais ces variétés progressent à grands pas malgré tout.

" Il faut un gain de rendement de 8 quintaux à l'hectare pour rentabiliser l’utilisation des orges hybrides par rapport aux lignées, avec une orge commercialisée à moins de 150 euros la tonne. Nous n’y sommes pas aujourd’hui !" La déclaration date des Culturales où Éric Masson, ingénieur régional Arvalis, se montrait très prudent sur la promotion des orges hybrides. C’est la guerre des chiffres entre Arvalis et Syngenta qui est le seul à commercialiser ces orges fourragères de marque Hyvido avec Semences de France. Huit quintaux à l'hectare : c’est justement le gain de rendement moyen mesuré dans cinquante-six situations majoritairement au sud de la Loire en 2015 par Syngenta. La société réalise des "duels", à savoir des comparaisons entre une orge hybride et une lignée en situation agriculteur (grandes parcelles). "En 2014, ce gain avait été de 8,1 quintaux à l'hectare pour 44 situations, précise Olivier Borde, expert technique national en céréales chez Syngenta. Nous avons donc une bonne régularité des surplus de rendement entre années."

Arvalis mène ses propres mesures de comparaisons variétales. "Nous avons mesuré que la moyenne du rendement des escourgeons hybrides était 3,5 quintaux à l'hectare supérieur à celle des lignées d’escourgeons inscrits la même année, détaille Philippe du Cheyron, spécialiste variétés céréales chez Arvalis. Et cette différence tombe à + 2 quintaux à l'hectare quand nous comparons les hybrides aux trois meilleures inscriptions en lignées de l’année." Donc, avec un coût de semences de 80 euros la dose (750 000 grains) pour les hybrides contre 30 euros pour les lignées, le compte n’y est pas selon Arvalis, même en diminuant la dose de 25 % chez les hybrides. Le surcoût du semis des hybrides dépasse les 120 euros à l’hectare.

TS haut de gamme pour génétique haut de gamme

Pourquoi de telles différences dans les données ? Olivier Borde constate que les chiffres d’Arvalis sont "un peu anciens puisque les analyses s’arrêtent à 2012. Or depuis, les nouvelles orges hybrides ont encore progressé pour marquer plus de différences en rendement vis-à-vis des lignées", souligne-t-il. Peut-être pas au point de bondir de + 3,5 à + 8 quintaux à l'hectare ? Cependant, les résultats du Geves et d’Arvalis entre 2012 et 2014 dans la moitié Nord montrent que l’hybride Mangoo fournit un rendement supérieur de 5 à 8 % à l’ensemble des escourgeons inscrits la même année. On approche du gain de rendement rentabilisé. Par ailleurs, Olivier Borde fait remarquer que les écarts sont réduits en micro-parcelles (essais Geves, Arvalis) entre les variétés, davantage qu’en grandes parcelles sans que l’expert de Syngenta n’y trouve une explication.

Pour asseoir la suprématie des orges Hyvido en rendement, Syngenta accompagne la commercialisation des semences de mesures visant à optimiser l’itinéraire technique, à commencer par le traitement de semences (TS) appliqué pour ces orges : Gaucho + Vibrance Gold. "Nous mettons la protection la plus haut de gamme sur des génétiques haut de gamme. Ce serait incongru de faire l’inverse en économisant sur le TS, considère Olivier Borde. Cela fait partie du package Hyvido." Autrement dit, l’agriculteur n’a pas la liberté de choisir son TS pour les orges hybrides. "L’investissement en semences est compris entre 80 et 100 euros de l’hectare, estime le spécialiste de Syngenta. Pour le rentabiliser, l’agriculteur doit faire une orge à + 6,4 quintaux à l'hectare par rapport aux lignées qu’il utilise : c’est tout à fait jouable", insiste-t-il.

Conduire une orge hybride comme un blé

La société livre un carnet de toutes les préconisations accompagnant la culture de l’orge Hyvido. Une adaptation majeure est le fractionnement des apports azotés. "Il faut conduire une orge hybride comme un blé tendre, c’est-à-dire en fractionnant la fourniture azotée en trois apports. Nous recommandons 40 unités au tallage, 40 unités entre les stades '2 nœuds' et 'dernière feuille' et la différence à 'épi 1 cm', précise Olivier Borde. Sur les orges fourragères, la pratique courante est plutôt de réaliser deux apports azotés. Cette stratégie du "trois apports" ainsi que celle du TS haut de gamme doit permettre à la variété d’exprimer tout son potentiel génétique. La remarque peut être valable sur les hybrides mais aussi sur les lignées.

En revanche, une différence fondamentale doit accompagner la culture d’hybrides, la diminution de la densité de semis. Par rapport à une lignée, elle est de 25 à 30 %. C’est un moyen de réduire le coût du semis à l’hectare sans toucher au potentiel de rendement. Livré avec les semences, un abaque donne les densités de semis à appliquer selon la date, la région et les conditions d’implantation. "Il faut bien veiller à la profondeur de semis, 2 centimètres, de façon à optimiser les conditions de tallage", souligne Olivier Borde. Pour le reste, les orges Hyvido ne nécessitent pas d’adaptations sur les traitements phytosanitaires. Elles ne se montrent pas plus résistantes que les lignées sur les divers bioagresseurs. Ces variétés présentent des taux de protéines un peu plus élevés en moyenne que les lignées dans les grains. La fertilité par épi est également plus forte mais le peuplement épi est plus faible. Le calibrage est plus important pour un PMG supérieur à celui des lignées.

Les orges hybrides commercialisées par Syngenta et Semences de France occupent 28 % des surfaces d’orges fourragères cultivées (semences certifiées) alors que cette surface était de moins d’1 % il y a sept ans. Cette forte progression n’est pas du goût de tout le monde. "Nous ne voulons pas que les orges hybrides prennent la place de toutes les lignées comme cela s’est produit en colza. Or, il y a une puissance de feu commerciale sur ces orges hybrides qui explique en partie leur importance, entend-on parmi les prescripteurs. Il ne faut pas oublier les lignées dont plusieurs présentent des caractéristiques intéressantes : en rendement et sur des résistances à des maladies." Rentables ou pas, les orges hybrides jouent les rouleaux compresseurs.

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