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Fertilisation azotée du blé : comment valoriser au mieux les apports ?

Blés à des stades avancés, aléas climatiques, prix d’azote élevés : le raisonnement de la fertilisation azotée apparaît de plus en plus crucial, du premier jusqu’au dernier apport.

La prise en compte de la pluviométrie est très importante pour positionner son apport azoté et optimiser l'absorption par la plante.
La prise en compte de la pluviométrie est très importante pour positionner son apport azoté et optimiser l'absorption par la plante.
© Arvalis

Quel besoin d’azote pour des blés avec une biomasse élevée en ce début d’hiver ? « Avec cette végétation développée, ce sera peut-être l’occasion de faire l’impasse sur le premier apport d’azote au tallage, considère Delphine Bouttet, Arvalis. Ne pas apporter précocement de l’azote agit comme un régulateur naturel. On limitera ainsi le développement végétatif pour ne pas exacerber les risques de verse et de maladies ensuite. » La spécialiste d’Arvalis conseille de bien évaluer le niveau de végétation, excessive ou pas, par rapport aux références habituelles de chaque exploitation et d’agir en conséquence.

La question de l’impasse de l’apport azoté au tallage repose aussi sur le niveau des reliquats azotés à l’entrée de l’hiver. « En Occitanie, ces reliquats sont importants à très importants cette année, variant de 70 kg N/ha à 200 kg N/ha, lit-on dans une note régionale d’Arvalis se rapportant au blé dur et pouvant se transposer au blé tendre. Ils sont liés à une minéralisation estivale d’un bon niveau, mais également à un bilan du précédent positif, avec des rendements de la campagne passée souvent inférieurs aux objectifs. »

La céréale n’absorbe que 30 à 40 unités à l’automne. « Au premier apport au stade tallage, nous conseillons généralement 40 à 50 unités d’azote. Mais cet apport dépend de la pluviométrie hivernale qui a un impact sur le lessivage de l’azote et du soufre, souligne Florent Thiébaut, Ceta de Romilly-sur-Seine. La mesure de reliquat azoté de sortie d’hiver (RSH) nous aide dans le conseil pour la fertilisation. » Ces RSH doivent être mesurés sur les trois horizons de 30 cm du sol. Si leur niveau est confortable, il n’y aura pas besoin de se précipiter pour le premier apport, d’autant plus avec un prix de l’azote élevé.

Une autre méthode est utilisable pour prédire les besoins précoces du blé. Une zone avec double densité de semis (méthode Limaux) permet de déceler une carence en azote à la reprise de végétation en février et donne ainsi le signal pour déclencher le premier apport d’azote. Mais cette bande de double densité est à prévoir dès les semis.

La fertilisation azotée sera pilotée en tenant compte du risque météo pour sécuriser et bien valoriser l’apport. « Un apport de solution azotée peut être anticipé si une pluie est annoncée. Cette prise en compte des conditions météorologiques est davantage importante pour le deuxième apport au stade épi 1 centimètre où le risque de sécheresse au début du printemps est plus élevé que fin février à début mars, période du premier apport », explique Florent Thiébaut.

Le blé commence à absorber beaucoup d’azote à partir du stade épi 1 cm. Les conditions d’une bonne absorption sont d’autant plus importantes. « L’historique de données météorologiques de notre région montre qu’il y a plus de risques de sécheresse courant avril que sur la première quinzaine de mars, période à laquelle nous conseillons donc d’effectuer l’apport, précise l’ingénieur du Ceta. De plus, pour réduire le risque d’une mauvaise absorption du blé à ce stade clé, nous avons scindé en deux la quantité à apporter à épi 1 centimètre : les deux tiers à la première quinzaine de mars et le tiers restant plus tard, avant une pluie. En cas de blé à un stade avancé, la totalité de l’azote pourra être apportée en une seule fois, si de bonnes pluies sont annoncées. »

Pour parfaire la nutrition du blé jusqu’au bout et assurer une bonne teneur en protéines, une part de la quantité totale d’azote est réservée pour un apport en fin de cycle, courant montaison. Divers outils d’aide à la décision permettent de piloter cet apport. « Nous avons testé des outils de plusieurs opérateurs, entre l’utilisation d’images satellites et la pince N-Tester, rapporte Florent Thiébaut. Des différences existent sur le critère agronomique avec différentes interprétations sur le lien entre le peuplement de blé et le besoin en azote. Le nombre d’épis est établi au moment du troisième apport. Nous considérons qu’il faut mettre plus d’azote sur les blés qui présentent un bon peuplement pour lesquels le potentiel de rendement est élevé. En revanche, là où n’apparaît pas ce bon potentiel, il faut éviter d’apporter plus d’azote qu’il ne faut. »

Les services tirant parti des images satellites se multiplient : Farmstar (800 000 hectares couverts), Wanaka, Atfarm, Spotifarm, Mes Sat’images… Ils proposent des cartes de préconisations d’apports azotés sur les parcelles agricoles avec possibilité de modulation intraparcellaire. Dans certains cas, ils remplacent l’utilisation des drones qui ont quasiment disparu des paysages agricoles pour des raisons de coût d’utilisation, de manque de praticité, de complications réglementaires pour leur emploi… Les chambres d’agriculture ne les proposent plus dans leurs services. « Les drones pouvaient prendre des images même en conditions nuageuses, ce qui n’est pas le cas des satellites. Mais maintenant, les satellites européens Sentinel passent tous les deux ou trois jours sur les mêmes zones, ce qui est suffisant pour contourner le problème de la couverture nuageuse à un moment donné », présente Guillaume Cellier, chambre d’agriculture de l’Allier.

« Nous proposons dorénavant le service Mes Sat’Images à la chambre d’agriculture. Pour le blé, l’outil permet de déterminer la biomasse produite et l’azote absorbé sur l’ensemble d’une parcelle. Il pilote le dernier apport d’azote en fonction des besoins de la variété, précise Céline Guillemain, chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne. Les agriculteurs reçoivent un conseil de leur technicien ainsi qu’une carte de préconisation de la fertilisation avec une dose moyenne à apporter à la parcelle. Si l’agriculteur est équipé, il aura un fichier de modulation de l’apport tenant compte de l’hétérogénéité de la parcelle. »

Des agriculteurs préfèrent les mesures au champ pour déterminer la quantité d’azote du dernier apport, comme l’utilisation de la pince N-Tester (Yara). « Notre outil est utilisé sur 700 000 à 800 000 hectares selon les années. Il continue à être mis à jour avec les nouvelles variétés de blé et les paramétrages fournis par Arvalis, précise Cédric Boudes, Yara. Nous avons modifié sa mise en marché. Les pinces ne sont plus vendues mais fournies en location annuelle. Via notre outil numérique Atfarm, le service est même proposé gratuitement. »

Estimer la rentabilité de l’apport d’azote

Le prix des engrais peut inciter à des économies d’azote, même avec un niveau de prix des blés élevé. Arvalis pose la question de la rentabilité de l’utilisation d’engrais. « Si le ratio du prix du blé (en €/t) sur celui de l’azote (€/100 kg N) est inférieur à 1,2 pour des blés qui ne sont pas rémunérés sur la qualité (1), il devient opportun de viser l’optimum technico-économique et de baisser la dose d’azote en conséquence. » Disponibles dans les guides de préconisation régionaux Choisir & décider (arvalis.fr), des tables ont été produites pour estimer la réduction acceptable de la dose d’azote en fonction du contexte de prix des engrais et du blé.

(1) Inférieur à 1,1 ou 1 en cas de rémunération de la teneur en protéine.

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