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Belles perspectives de production dans le Far East
Faut-il encore investir en Ukraine ?

Déjà quelques Français ont tenté leur chance en Ukraine en investissant sur ses terres noires. Mais certains disent que c’est trop tard pour se lancer dans l’aventure. Ou presque…

«C’est en malaxant de mes mains ces mythiques terres noires et en rencontrant tous ces gens, que j’ai réalisé le fabuleux potentiel de l’agriculture ukrainienne. Malgré la rigueur hivernale et l’instabilité politique, son essor s’inscrit dans le cadre d’une économie mondialisée et en fera vite un acteur agricole incontournable », écrivait en 2006 Christian Pées, président du groupe Euralis, sur son blog au retour d’un voyage en Ukraine. Deux ans plus tard, c’est quasiment chose faite. On prend conscience de ce potentiel incroyable, quand, en visitant la plaine, on se retrouve dans une parcelle de 1000 hectares dont 400 de colza, 300 de blé et autant d’orge. Cette immensité donne le tournis… Les terres sont parmi les plus fertiles du monde. Géographiquement, le pays est situé en un lieu stratégique pour le commerce mondial avec une ouverture sur la mer Noire, véritable pipeline d’exportation de matières premières agricoles pour les pays de la CEI (communauté des États indépendants), via le complexe portuaire Odessa-Illichevsk-Youjnii.


OPPORTUNITÉ OU PAS ?
Quelques agriculteurs français ont déjà tenté leur chance sur les terres ukrainiennes. « J’ai investi l’an passé dans une exploitation de polyculture-élevage de 1 200 hectares proche de Tchernobyl », explique Paul Boissieux, agriculteur dansle Calvados. « C’est comme au Far West, il faut tout faire soi-même. Ici, tout s’achète mais il faut avoir les bons filons et surtout un bon réseau! Nos terres ne sont pas aussi bonnes que dans le Sud et nous sommes loin de tout. Par exemple, les intrants traversent la frontière avec la Russie, en provenance de Biélorussie. » Un vrai sentiment de pionnier. Face à ces aventuriers, des exploitations beaucoup plus importantes ont vu le jour. Pourtant, la privatisation des terres, commencée en 1991, n’est pas complètement aboutie. Il existe une suspension de la vente des terres par un moratoire, jusqu’à l’établissement des lois sur le cadastre public foncier et le marché des terres.Mais de grands groupes financiers ont dépassé cette difficulté en développant des locations à longue durée (30 à 50 !/ha) en très grand nombre qui leur permettent d’exploiter des fermes de plusieurs milliers d’hectares.Déjà, quelques centaines d’exploitations font plus de 500 000 hectares et l’on parle de certaines atteignant les 800000 hectares. Les prix élevés des produits agricoles sur les marchés internationaux, ainsi que les progrès réalisés dans les exploitations tendent à faire de ce pays un des futurs leaders de l’agriculture mondiale. Dans un tel contexte, il paraît désormaisde plus en plus difficile à un agriculteur seul de se lancer dans l’aventure. Le projet de Champagne Céréales qui propose à des agriculteurs d’investir à plusieurs paraît plus plausible.

GRANDES CULTURES INDUSTRIELLES
Le pays s’est spécialisé dans les grandes cultures industrielles, dont il est pour certaines, un producteur significatif : quatrième producteur mondial de tournesol, cinquième d’orge, douzième de blé. Les chiffres sont à la hausse. C’est ainsi que l’Ukraine a multiplié par dix sa production de colza en deux ans, sous l’impulsion de l’Allemagne qui a décidé de produire dans ce pays le colza qui lui manque pour fabriquer son biodiesel. Les rendements sont très hétérogènes. Dans les agroholdings, ils sont élevés. Ainsi le groupe Raiz, société d’agrobusiness ukrainienne intégrant, en autres, 200 000 hectares de terres, les rendements sont du niveau de ceux d’Europe de l’Ouest. La moyenne sur les sept dernières années a été de 55 quintaux par hectare en blé, 42 quintaux en orge, 65 en maïs, 35 en colza et 28 en tournesol. Mais ces rendements doivent être divisés par deux pour approcher la moyenne nationale. De nombreux outils industriels agroalimentaires ont été créés notamment dans la production d’huile et d’aliment du bétail. On constate aussi la présence de groupes français au côté de multinationales, tels que Champagne Céréales dans la malterie, Soufflet et Euralis dans le trading; Lesaffre, Bonduelle, Bel,Danone, Lactalis ou encore Bongrain. Actuellement, quelques dizaines d’agriculteurs français ont investi en Ukraine. Si l’on en croit les spécialistes, c’est le moment où jamais… !

L’Ukraine produira bientôt cent millions de tonnes de grains »

Chronique de Jean-Jacques Hervé, assistant technique du ministère des Affaires étrangères et conseiller auprès du gouvernement ukrainien pour les questions agricoles.

«En reprenant ses exportations en 2000 et 2001, l’Ukraine donnait un premier signe de sa capacité à revenir sur les marchés céréaliers. Elle prend désormais pleinement conscience de son potentiel de production agricole. Les cours mondiaux — même s’ils devaient s’assagir dans le futur — et les coûts croissants de production, encouragent l’amélioration des rendements et l’adoption de technologies éprouvées dans d’autres pays de steppes aux conditions agroclimatiques comparables (Canada,Argentine…): « No till », gestion des risques de production avec de faibles soutiens financiers publics… En production végétale, l’Ukraine dispose d’atouts majeurs pour jouer dans la cour des grands :
- Les terres noires — ou tchernozem — sont remarquablement fertiles, avec de bonnes réserves en eau ; elles s’étendent sur une superficie comparable à la SAU française ; le climat continental modéré offre une pluviométrie correcte ; sauf au sud du pays, mais l’abondance des ressources en eau y permet l’irrigation.
- Des grandes parcelles, géométriques, protégées de l’érosion par des brise-vent, permettent, avec des matériels de grande puissance, de contenir les charges fixes et de main-d’oeuvre. De grandes structures d’exploitation, de 2000 à 10000 hectares, se recomposent. Beaucoup sont acquises par des agroholdings qui les restructurent et y investissent massivement ; certaines pour spéculer sur une éventuelle libéralisation du marché foncier; d’autres pour produire…
- Enfin, l’Ukraine est un « hub » pour la commercialisation des productions végétales en provenance de Russie et du Kazakhstan. Les capacités d’exportation sont encore limitées — environ 16 à 18 millions de tonnes par an — mais les projets de silos et d’aménagements portuaires vont bon train…

VALORISER LE POTENTIEL UKRAINIEN
Le rendement moyen des céréales est de l’ordre de 2,7 tonnes/hectare.Mais dansdes exploitations bien gérées, ils sont proches des nôtres : 5 à 7 tonnes/hectare pour les céréales à paille ; 8 à 11 tonnes pour le maïs grain… Le doublement des rendements moyens est donc accessible, portant le potentiel de production à 100 millions de tonnes. La consommation intérieure, de 25 à 26 millions de tonnes par an, augmentera très légèrement avec la relance de l’élevage qui s’amorce. Mais l’essentiel du gain de production s’ajoutera aux capacités actuelles d’exportation.

PARTICIPATION DE L’EUROPE
Que doit faire l’agriculture européenne face à cette concurrence ? L’urgence est que les opérateurs participent à la valorisation du potentiel, en investissant dans la production et dans la logistique. S’ils ne le font pas, la place sera prise par d’autres. Quelques coopératives et entreprises françaises ont compris, comme la Berd, la FAO ou la Banque mondiale, qu’après avoir été le grenier à blé de l’Europe, puis de l’URSS, l’Ukraine entend aujourd’hui redevenir un des grands greniers à grains du monde. !

La campagne 2006-2007 a été marquée par une exceptionnelle sécheresse, qui a finalement peu affecté la production dans les tchernozems profonds, l’Ukraine récoltant 31 millions de tonnes de grains contre 37 l’année précédente.

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