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Agriculture chinoise
« Enrayer le recul de la production céréalière »

La sécurité alimentaire est un enjeu social stratégique en Chine. Alors que la production est déficitaire depuis quatre ans, les Autorités chinoises ont pris des mesures cet automne, nous explique Li Zhaoyu, chef du bureau de France Export Céréales à Pékin.


Qu´en est-il de l´autosuffisance alimentaire chinoise ?
Li Zhaoyu - Cette année, selon les chiffres officiels, la production de riz a reculé de 1,1 million de tonne. Celle de blé et de maïs chacune de 1,5 million de tonnes. La production céréalière baisse depuis quatre ans alors que la population continue de croître. On approche de la limite en terme de sécurité alimentaire.
En novembre, les Autorités ont tenu une conférence nationale réunissant tous les gouverneurs des provinces productrices de céréales pour tirer la sonnette d´alarme. L´objectif est d´enrayer le recul de la production, en particulier à cause du recul de la surface cultivée. La Chine perd près d´un million d´hectares par an du fait de l´urbanisation, de la construction de zones industrielles dans les régions riches où les investisseurs étrangers s´installent. Il y a aussi une politique de reboisement, mise en place pour lutter dans certaines régions contre l´érosion des sols, qui retire des terres arables. La consigne a été donnée de freiner l´urbanisation galopante des sols.

Les Autorités ont également décidé de subventionner sous forme d´aides directes les céréales et les oléagineux en y consacrant un budget équivalent à dix milliards d´euros. Ces subventions seront versées directement aux paysans sans passer par les Autorités intermédiaires des Provinces. Le but est de les encourager à produire des céréales plutôt que des cultures industrielles dont les prix sont plus élevés. Cette subvention sera voisine de six euros par mu(1).

Comment est organisée l´agriculture en Chine ?
L. Z. - Les Chinois des campagnes ont un livret de famille rural qui les lie à leur région. Propriété de l´État, la terre est louée aux paysans pour dix, vingt ou quarante ans dans le cadre d´un contrat passé avec les autorités locales. Chaque famille agricole, en général constituée des grands-parents, parents et enfants, cultive deux à dix mu(1). Depuis deux ans, le gouvernement chinois a autorisé des formes d´échange. Une famille peut donner à cultiver ses mu à un voisin et ses membres chercher d´autres sources de revenu en ville. Certains peuvent se spécialiser dans le matériel, et, confiant leurs terres à d´autres, offrir des prestations de services aux alentours.
On rencontre souvent des familles rurales où plusieurs membres travaillent dans l´industrie, et où seuls les grands-parents cultivent.
En Chine, il existe aussi des fermes d´État qui sont un peu plus mécanisées. Dans ces fermes, d´après les chiffres officiels, les labours sont mécanisés à 65 %, les semis à 26 % les moissons à 16 %.

Comment est géré le stock de blé chinois, donnée importante dans le bilan mondial des céréales. ?
L. Z. - Les stocks de céréales sont gérés dans le cadre des réserves stratégiques. A l´échelon national, une société, Sinograin, a en charge la gestion de ces réserves. Elle est dirigée par un directeur qui dépend directement du Premier ministre et du président de la Commission du Développement et des Réformes. Il a un rang de vice-ministre ce qui souligne l´importance accordée à la sécurité alimentaire. Sinograin dispose d´environ 30 à 40 millions de tonnes de blé.
En parallèle, il existe aussi un système provincial de réserves stratégiques. Chaque Gouverneur est chargé de ce qu´on appelle des « travaux de grenier ». Il doit organiser une politique de stockage surtout si sa province est faiblement productrice. Enfin, les producteurs stockent aussi chez eux des quantités de l´ordre d´une ou plusieurs centaines de kilos. Ces volumes sont difficiles à évaluer.

Par an, la Chine a besoin de 110 millions de tonnes de blé à 90 % destinés à l´alimentation humaine. Depuis plusieurs années, elle produit autour de 85 millions de tonnes. Depuis cinq ans, le complément, d´environ 10 à 17 millions de tonnes, est puisé dans les réserves stratégiques. En octobre, juste après la récolte, les prix ont augmenté rapidement de 10 à 15 % ce qui a déclenché la réunion de novembre où il a également été dit de renforcer les stocks provinciaux.

Par an, la Chine a besoin de 110 millions de tonnes de blé à 90 % destinés à l´alimentation humaine.
L. Z. - Même si nous obtenons des succès surtout avec l´orge de brasserie Esterel, France Export Céréales continue de faire la promotion du blé français en Chine. En 1998, nous avions fait des essais avec du blé de type « medium hard » qui convient bien à la fabrication de pain chinois et à certaines qualités de nouilles chinoises. Depuis dix ans, nous n´avons pas relâché notre présence. Comme pour les orges, il faut apporter un accompagnement technique pour aider et convaincre les meuniers chinois de travailler la matière première française. La Chine va continuer à importer du blé. On en consomme traditionnellement dans le Nord. Dans le Sud, on en consomme de plus en plus au détriment du riz qui recule tous les ans.

Vous savez, depuis vingt ans, les Chinois achètent du blé aux Australiens, aux Canadiens et aux Américains. On ne change pas les habitudes facilement. D´autant que les Américains savent mettre les moyens et n´hésitent pas à mobiliser leurs dirigeants politiques. Dans les grands contrats commerciaux, le blé pèse toujours très lourd. Cette semaine, par exemple, un contrat aurait été conclu comprenant, des avions, des limousines et un million de tonnes de blé ! De ce point de vue, les autorités européennes sont faibles. Elles n´apportent pas de soutien politique pour appuyer des transactions. Les ambassades européennes comptent trop peu d´attachés commerciaux.

(1) Un mu correspond à un quinzième d´hectares.

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