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Diversification culturale : les bonnes raisons d’ajouter une nouvelle culture à son assolement

L’intégration de nouvelles cultures dans une rotation permet de résoudre des problèmes agronomiques. Localement, faire le choix de ces espèces est possible sans prendre trop de risques grâce à la mise en œuvre de filières de production avec des débouchés garantis.

<em class="placeholder">Culture de chanvre agricole en plein champ dans le departement de la Marne.</em>
Le chanvre surfe sur la demande croissante en biomatériaux pour la construction.
© J.-C. Gutner

Sur des systèmes culturaux simplifiés, des pertes de rendements dues à de fortes infestations de graminées adventices ou à des parasites du sol poussent les producteurs à trouver des moyens de lutte en introduisant une ou plusieurs nouvelles cultures dans la rotation. Mais encore faut-il trouver l’espèce qui convient à la situation de l’exploitation agricole et avec des garanties de rentabilité économique.

« L’espèce choisie devra être adaptée au terroir et intégrée de façon progressive dans son assolement de façon à limiter les risques, conseille Vincent Lecomte, chargé d’études technico-économiques à Terres Inovia. Un accompagnement technique est important en partageant son expérience avec d’autres agriculteurs. Il faut trois à cinq ans pour juger de l’adaptation d’une espèce à son terroir et ne pas s’arrêter à une année de contreperformance. » Chanvre, lin, sarrasin, millet, sorgho, certains types de pois… des espèces mineures répondent à la recherche de diversification mais aussi des cultures majeures dans certains territoires où elles sont rares. Vincent Lecomte cite le cas du tournesol dans le nord ou du colza dans le Sud-Ouest.

Selon Patricia Huet, de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, « l’idéal est d’être sur un marché ouvert et non de niche dans le choix d’une culture de diversification ». Mais il en est autrement dans les faits avec le recours à des cultures souvent mineures. « Quand le choix se porte sur des cultures pour un marché de commodité peu important, la production sous contrat est une bonne garantie pour se couvrir sur le risque prix », souligne Vincent Lecomte. Tel est le cas avec des filières locales créées pour répondre à des marchés porteurs.

Un niveau de prix minimum garanti avant les semis

À titre d’exemple, le chanvre a le vent en poupe avec la construction de nouvelles usines de biomatériaux comme en Vendée et en Seine-et-Marne. Les surfaces devraient doubler pour passer à 44 000 hectares d’ici 2028, selon Interchanvre. Autre exemple : les légumineuses à graines (pois chiche, lentille, certains pois protéagineux…). « L’offre n’est pas suffisante en France avec l’augmentation de la consommation en alimentation humaine. Pour couvrir la demande nationale, nous avons recours à l’importation », observe Vincent Lecomte. Il y a la place pour le développement de ces légumineuses mais la réussite de leur culture est parfois aléatoire.

Pour ces productions, un niveau de prix minimum est garanti à la signature du contrat avant les semis avec, parfois, un système assurantiel spécifique pour couvrir des aléas de production. Cette dernière option a été retenue dans le projet Intact pour lequel Axéréal a mis en œuvre une filière de production de pois jaune avec une transformation spécifique en usine. Les contrats intègrent un système assurantiel permettant aux producteurs d’être indemnisés en cas d’échec de production dû à des aléas climatiques. C’est une manière de soutenir la production de pois pour garantir le besoin de l’usine qui sera de 30 000 tonnes de graines par an à terme. La coopérative Axéréal prend en charge ce coût assurantiel mais compte obtenir un financement européen via un dispositif spécifique (ISR, instrument de sécurisation du revenu) qui sert à soutenir localement des cultures soumises à des aléas de production.

Des cultures plus vertueuses pour l’environnement

Ces cultures de diversification sont souvent économes en traitements phytosanitaires ou en azote. Cet atout est retenu pour la mise en place localement de PSE, paiements pour services environnementaux, sur des zones de captage d’eau potable. « Pour l’alimentation de la ville de Chartres, nous avons l’objectif d’atteindre 1 000 hectares de cultures de diversification à bas niveau d’intrants dans le bassin de captage, précise Léo Berte, de Chartres Métropole. Les agriculteurs reçoivent un soutien financier émanant de l’agence de l’eau et nous travaillons à trouver des débouchés pour ces cultures. » Le sarrasin fait partie des espèces semées autour de Chartres avec un débouché à la clé grâce la coopérative Scael.

Attention : une culture nouvelle exige parfois l’utilisation de matériel spécifique parfois onéreux et le temps de travail généré par l’introduction d’une nouvelle espèce doit être complémentaire des autres cultures. Dans l’expérimentation Syppre Berry, les instituts techniques ont pu tester la difficulté d’introduire une culture de diversification dans une rotation classique de Champagne berrichonne situé en zone intermédiaire. Le maïs pluvial a montré ses limites mais une culture comme le millet a trouvé sa place (mais limité en termes de débouché). La lentille est marquée par les aléas de production.

Ces cultures de diversification (légumineuses, cultures de printemps-été) ne se sont pas toujours montrées rentables, « mais il faut voir la plus-value au-delà de l’année de la culture, souligne Vincent Lecomte. Le blé tendre et le colza ont montré de meilleures marges dans la rotation avec cultures de diversification, comparée à la succession colza-blé-orge, grâce à l’économie d’intrants et parfois un meilleur rendement ».

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