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Grandes cultures : diagnostic et aménagement pour limiter la pollution par les produits phytosanitaires

La région Bretagne est en pointe sur le diagnostic parcellaire de risques de transferts de polluants comme les pesticides. Exemple au Gaec de la Ruelle non loin de Rennes, entre diagnostic sévère et aménagements.

Jean-Michel Massue a vu rouge en examinant le classement de ses parcelles agricoles suite au diagnostic DPR2 phyto(1). Un bon nombre d’entre elles se sont retrouvées classées à risque élevé de transfert de polluants phyto avec le rouge comme code couleur. « C’est difficile à admettre quand on voit toutes les pratiques agricoles mises en œuvre pour réduire justement ces risques de pollution comme le non travail du sol ou la réduction des phytos. » L’agriculteur trouve extrêmement pénalisante la méthode. « Notre diagnostic ne retient que les particularités du milieu comme la topographie, le réseau hydrographique, les aménagements mais ne prend pas en compte les pratiques agricoles », reconnaît Sylvie Guiet, chargée d’étude sur les questions de transfert de polluants vers les eaux à la chambre d’agriculture de Bretagne.

Sur la région Bretagne, le diagnostic est utilisé pour définir des aménagements à réaliser et n’amène aucune pénalité à l’exploitation agricole. « Le dernier diagnostic réalisé par un conseiller de la chambre d’agriculture, Thierry lambert, fait état de 30 % de notre surface agricole en risque moyen et de 55 % en risque fort, expose Jean-Michel Massue. Nous sommes effectivement exposés à ce risque avec la multitude de cours d’eau dans l’environnement de nos parcelles et la forte proportion drainée de celles-ci (80 %). Thierry Lambert nous a proposé des premiers aménagements pour diminuer de 55 % à 36 % le risque fort de transfert. »

Une protection efficace des eaux avec les haies sur talus

Parmi les améliorations possibles, le conseiller de la chambre d’agriculture prône la mise en place d’une protection efficace comme des haies sur talus pour un bon nombre d’îlots de cultures. Autre préconisation : l’élargissement de bandes enherbées pour assurer un meilleur pouvoir épurateur vis-à-vis du transfert de polluants phyto. Même si la proportion de parcelles à risque est élevée, l’étude donne des bons points sur des mesures déjà prises comme les haies en place, les parcelles gérées en prairies de fauche peu ou pas traitées qui ne nécessitent pas d’aménagement, les bandes enherbées qui ne représentent pas moins de 10 hectares sur la ferme…

Même s’il accroît le risque de transfert de polluants, le drainage ne sera pas remis en question sur l’exploitation. Des aménagements sont proposés pour compenser ce facteur. Des diagnostics précédents ont abouti à la mise en place de 20 hectares de prairies multi-espèces sur les parcelles à risques, contribuant à limiter le potentiel transfert de phytos vers les eaux. Des haies avaient déjà été plantées avec une bande enherbée en bordure des cours d’eau. Cet automne, des plantations de haies sur 3 kilomètres sont prévues ainsi que le regarnissage (replantation d’arbres) sur des haies existantes. L’emplacement de talus, de bandes enherbées, de haies est privilégié en aval des parcelles à risque fort de transferts de polluants. L’association Breiz-Bocage prend en charge la plantation de haies avec un programme financé par le Conseil régional de Bretagne sur des fonds européens. L’agriculteur n’a que la préparation du sol à assurer.

Un outil utilisé à large échelle sur la Bretagne

Le Gaec de la Ruelle fait partie du réseau de fermes de référence Bayer, qui a pour objet de mettre en avant les bonnes pratiques agricoles et de communiquer sur le sujet. À ce titre, un local phyto, une aire de remplissage du pulvérisateur et un dispositif Phytobac ont été réalisés pour réduire les risques de pollutions ponctuelles par les produits phytosanitaires. Sur ses maïs, Jean-Michel Massue pratique un semis au strip-till combiné à un traitement herbicide localisé sur le rang, ce qui permet de diviser par trois la quantité de produit par rapport à un traitement en plein. Combinée au non travail du sol, cette pratique réduit déjà le risque de pollution des eaux. Mais cela, ce n’est pas retenu dans le diagnostic le DPR2.

Après une première version mise au point en 1998, le diagnostic DPR2 des parcelles à risque de transfert multi-polluant a fait l’objet d’une remise à jour en 2015. « Nous avons intégré les transferts de subsurface (nappes proches) en plus des risques de pollution par ruissellement de surface, présente Sylvie Guiet, qui a participé à l’élaboration de l’outil. Nous avons également affiné la détermination de la largeur de bandes enherbée efficace en fonction du niveau de risque de pollution relevé. 800 techniciens ont été formés à ce diagnostic dans notre région et, depuis 2016, 600 diagnostics ont été réalisés par des experts de divers organismes : collectivités, chambres d’agriculture, distributeurs agricoles… » Cet outil est financé par l’agence de l’eau Loire-Bretagne et le Conseil régional. Les diagnostics sont réalisés dans le cadre de contrats de bassins versants à enjeux phytosanitaires. Un observatoire territorial est à l’œuvre depuis 2018 pour centraliser les diagnostics réalisés et en mesurer la portée. Il relève que 200 exploitations agricoles ont fait l’objet d’un diagnostic DPR2 pour l’équivalent de 14000 hectares en un peu plus d’un an. La Bretagne veut donner un coup de massue à la présence des pesticides dans les eaux.

(1) Diagnostic des parcelles à risque de transfert multi-polluant.

EN CHIFFRES

Polyculture élevage au Gaec de la Ruelle

4 associés Gaétan Jollive, Christian Thomas, Maryvonne Beussuand et Jean-Michel Massue

1,150 million de litres de lait

180 taurillons

300 ha de SAU pour nourrir les animaux (objectif d’autonomie) et pour la vente : 90 ha de blé tendre, 80 de maïs (40 ensilage, 40 grain), 15 de colza, 10 de féverole, 15 d’orge d’hiver, 10 de triticale, 5 d’épeautre, 3 de seigle, 50 de prairie temporaire, 10 de prairie permanente

Sols limoneux battants avec travail du sol superficiel ou semis direct

Couverture végétale quasi permanente avec des cultures en dérobé, récoltées pour l’alimentation du bétail (projet méthanisation)

Des herbicides interdits

Les champs de l’exploitation de Jean-Michel Massue sont situés sur les deux bassins versants du Meu et de Chèze-Canut à fort enjeu environnemental. Ils alimentent en eau potable la métropole rennaise et le département est très sourcilleux sur la présence de pesticides dans les eaux. Un arrêté préfectoral a même été pris dès 2011 sur le bassin du Meu pour l’interdiction d’usage de certains herbicides maïs et blé.

Un aménagement foncier gouverné par le diagnostic DPR2

Au sud de Saint-Malo sur un espace de près de 5000 hectares (dont moitié de SAU) le bassin versant Beaufort-Mireloup-Landal va faire l’objet d’un Afafe, aménagement foncier agricole, forestier et environnemental. Cet aménagement est porté par le syndicat Eau du Pays de Saint-Malo sur une dizaine de communes. « L’objectif va être de concilier environnement et productions agricoles. Des aménagements épuratoires (talus, haies, bandes enherbées, petits bassins…) vont être créés à des endroits stratégiques pour limiter les transferts de polluants vers les retenues d’eau alimentant les villes, informe Anne Laporte, conseillère agronomique à la chambre d’agriculture de Bretagne. Les polluants phytosanitaires constituent l’enjeu prioritaire. Toutes les parcelles agricoles sont en cours de classement sur le risque de transfert de ces molécules avec le diagnostic DPR2. » Les aménagements seront la résultante de ces diagnostics. Mais pas seulement. Sur un territoire très morcelé qui n’a pas connu le remembrement, il y aura également un effort de regroupement de parcelles autour des sièges d’exploitation.

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