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En chiffres
Des systèmes connectés à l'épreuve d'une ferme pilote

Depuis un an, Bertrand Chauffert teste sur sa ferme les produits connectés imaginés par Nexxtep et ses partenaires. Le système de traçage des phytos est l’une des innovations qui semble les plus prometteuses pour son exploitation.

Des étiquettes RFID (identification par fréquence radio) au dos de ses bidons de produits phytosanotaires, une balise GPS qui trace les mouvements de ses outils attelés, des capteurs météorologiques mobiles, des passages de drone pour évaluer doses d’azote et périodes d’apport sur blé et colza… Bertrand Chauffert est plutôt bien « connecté ». Depuis un an maintenant, il a signé un partenariat avec Nexxtep, société qui développe des systèmes électroniques et des logiciels. Comme un certain nombre de ses concurrents, la start-up n’est pas spécialisée en agriculture. Elle a donc besoin de valider ses innovations en conditions réelles d’utilisation. Dans le cadre de cet accord, Bertrand Chauffert lui met à disposition ses 135 hectares(1), des terres crayeuses situées juste à côté de Châlons-en-Champagne. Aux premières loges de l’innovation, l’agriculteur teste et donne son avis sur ce que lui propose Nexxtep et Axe Environnement, son partenaire commercial.

Vers zéro enregistrement de phytos

Sur sa ferme, le système Keyfield apparaît probablement comme l’une des innovations les plus prometteuses. « Le but est d’arriver à zéro enregistrement », explique Bertrand Chauffert. De quoi motiver l’agriculteur, qui regrette de passer tant de temps dans son bureau. Le fonctionnement ? Lorsqu’il réceptionne ses phytos à la morte saison, l’exploitant colle sur chacun des bidons une étiquette RFID réalisée par Nexxtep à partir de son bon de commande. La balise Keyfield fixe installée dans son local phyto l’enregistre comme étant en stock. « Sur le pulvé, j’ai une autre balise, mobile cette fois et équipée d’un GPS, qui reconnaît de la même façon les références des bidons, poursuit l’exploitant. Quand mon bidon est vide, je le place dans les EVPP(2) où une troisième balise l’identifie comme sorti du stock.» Les informations sur l’état des bidons et le déplacement du pulvérisateur sont envoyées par GPRS(3) à une plateforme de traitement avant d’être retournées au logiciel de gestion de parcelles de l'exploitant, Géofolia, qui les intègre automatiquement. « Le système est compatible avec tous les logiciels grâce à la norme Agro EDI », note Paul Subtil, responsable commercial des objets connectés chez Axe Environnement.

En un an, Keyfield a évolué : « J’ai maintenant un peson, qui mesure le volume de produit restant dans le bidon lorsque celui-ci n’a pas été entièrement vidé dans le pulvé, signale Bertrand Chauffert. Cela permet d’avoir un solde et donc une vraie idée de ce qui est apporté sur la parcelle. J’ai moins de corrections à faire dans Geofolia, où c’est de toute façon moi qui ait le dernier mot.» Le processus d’amélioration est continu. « Cette année, nous sommes par exemple passés de quatre à trois balises, en abandonnant celle située sur la porte du local phyto, qui servait à comptabiliser les entrées et sorties de bidon, explique Paul Subtil. Cette information n’a pas le même sens d’une ferme à l’autre, selon les habitudes de travail. On ne pouvait pas s’en servir.» Bertrand Chauffert attend l’étape suivante : « Nous allons avoir des alertes qui permettront de savoir si l’on fait un mélange interdit par la réglementation, par exemple. » Le système pourrait également faciliter le rangement des produits dans le local phyto, grâce à un code couleur identifiant les produits qui ne doivent pas se trouver ensemble. « Je vois mal comment on pourrait avoir une pénalité dans le cadre d’un contrôle si l’on a ce système », se réjouit l’agriculteur.

Mieux appréhender la levée des betteraves

Autres objets connectés testés par Bertrand Chauffert : des sondes (Sentek et I-metos), capables de fournir notamment la température du sol. « J’en ai implanté une dans une parcelle de betterave semée au 17 mars, explique-t-il. Au moment du semis, on était à 4-5°C au sol, or la levée n’a commencé qu’au bout d’un mois, quand on a atteint 8-9 °C. Tant que la terre ne se réchauffe pas, il ne se passe rien. » Ce résultat obtenu localement et « en direct » a fait réagir l’agriculteur. « Cette année, je vais essayer d’ouvrir mes terres plus tôt pour qu’elles se réchauffent plus vite », précise-t-il. Bertrand Chauffert n’a pas trouvé d’autre utilisation à ces sondes, aussi en mesure de fournir des relevés tensiométriques. « De fait, c’est une information plus utile dans le Sud-Ouest, par exemple, pour optimiser en juin le semis d’un sarrasin après une céréale d’hiver », remarque Paul Subtil. L’agriculteur a également testé les capteurs météorologiques mobiles Weenat, qui fournissent température et hygrométrie et dont les résultats, comparés à ceux de la station PSol fixe installée dans le jardin de la ferme, se sont avérés très fiables. « Les capteurs Weenat sont très faciles d’emploi, l’application qui va avec est très conviviale, signale-t-il. Pour moi, l’intérêt est de savoir ce qui est tombé comme pluie sur une parcelle éloignée. Regarder l’hygrométrie est également utile pour préparer une application. »

Des produits pas tous utiles pour la ferme

Axe Environnement teste aussi sur l’exploitation de Bertrand Chauffert la fiabilité des services d’Airinov et de Farmstar pour gérer les apports d’azote sur blé et colza. « L’an prochain, nous allons superposer les cartes de rendements de la moissonneuse-batteuse avec celles fournies par les drones d’Airinov et les satellites utilisés par Farmstar », explique Paul Subtil. L’agriculteur ne pourra pas valoriser ses infos car son pulvérisateur, avec lequel il apporte sa solution azotée, n’est pas équipé pour moduler ses apports. « J’ai une barre de guidage Trimble mais je n’ai pas de système pour contrôler l’ouverture des tronçons », indique Bertrand Chauffert. C’est le jeu du partenariat : l’exploitant teste aussi ce qui ne lui est pas directement utile.

Que la ferme de Bertrand Chauffert ne soit pas plus orientée vers l’agriculture de précision n’est pas un souci pour ses partenaires, au contraire. « C’est justement ce que nous cherchions, indique Paul Subtil. Nous voulions un exploitant représentatif de la moyenne, ni technophobe ni technophile, pour voir comment il allait se servir de tout ça. » L’ambition des sociétés qui travaillent sur les capteurs connectés est bien de trouver un marché pour leurs produits… Le plus vaste possible de préférence.

(1) 38,5 ha de blé tendre (90 à 100 q/ha de moyenne), 29 ha de betteraves, 15 ha d’escourgeon, 16 ha d’orge de printemps, 20 ha de colza, 16,5 ha de luzerne.(2) Emballages vides de produits phytosanitaires.(3) Norme pour la téléphonie mobile dérivée du GSM, fait pour transporter uniquement de la voix.

Une balise pour traquer son matériel

Au rayon des nouveautés, Bertrand Chauffert a testé le système Trackfield d'Axe Environnement. Il permet de suivre l’activité d’outils attelés, grâce à une balise GPS à installer sur le tracteur et à un capteur qui détecte si l’outil est actif ou au repos. « Avec ce système, on peut visualiser sur un fond Google map le trajet du tracteur et de l’outil. Le tracé est bleu lorsque l’outil fonctionne, rouge quand il est relevé. » Séduit par la simplicité du produit qui s’installe très facilement et fournit une sortie bien lisible, Bertrand Chauffert ne l’aurait toutefois pas acheté : il n’en a pas l’utilité sur sa ferme. « La cible, ce sont les ETA et les Cuma, notamment, indique Paul Subtil. On peut aussi avoir le nombre d’heures de travail de l’outil, ce qui peut être intéressant dans le cas d’une location. »

Des pièges à carpocapse chez le voisin

Sa ferme jouxtant les arbres fruitiers d’un voisin, Bertrand Chauffert y a testé un prototype de piège à carpocapse élaboré par la start-up Cap 2020. Le piège comporte une cellule photoélectrique qui détecte les entrées et les sorties d’insectes et un détecteur de son qui reconnaît le papillon à son battement. L’information est intégrée sur place puis renvoyée à l’agriculteur via un réseau bas débit (Sigfox) sous forme d’un comptage horodaté. Encore insuffisamment précise, la mécanique a donné des idées à Bertrand Chauffert : « Un piège à charançon ou à méligèthe pourrait être conçu sur le même principe, estime-t-il. L’idée consisterait à envoyer une photo de la gamelle de piège une fois par jour. Ça peut être un confort pour ceux qui ont des parcelles éloignées. » À bon entendeur…  

Un coût à rentabiliser

4290 euros pour le système Keyfield One (3 balises et le peson)

450 euros pour le système Trackfield (capteur et balise)

500 euros pour la sonde Weenat

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