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Lutte contre l´effet de serre
Des sols agricoles pour stocker du carbone

La séquestration de gaz carbonique (CO2) par les végétaux et le stockage du carbone dans les sols sont deux moyens agri-forestiers pour parvenir à diminuer l´effet de serre dû en particulier au CO2. L´Inra apporte son expertise.


L´augmentation des gaz à effet de serre (GES) dans l´atmosphère, et du gaz carbonique (CO2) en particulier, est rendue responsable du réchauffement de la planète. Il faut ralentir leur production et trouver les moyens de fixer le CO2 atmosphérique. Arbres de nos forêts, cultures de nos champs. seuls les végétaux sont capables de cette prouesse physiologique grâce à la photosynthèse. Le carbone (C) de ce CO2 se retrouve dans la matière organique (MO). Celle-ci peut-être stockée dans le sol sous forme de résidus de cultures, de déjections animales. avant d´être décomposée par les micro-organismes et transformée à nouveau en CO2.
L´agriculture sera mise à contribution pour réduire le CO2 de l´atmosphère. A deux niveaux essentiellement : Sur les espèces végétales en augmentant la production primaire et donc, en accroissant la fixation de CO2 ; sur la MO en favorisant les apports au sol (déjections animales, résidus de culture, déchets organiques urbains ou industriels) et en ralentissant la décomposition puis la minéralisation. Ce sera autant de CO2 en moins libéré dans l´atmosphère.

Avec un collectif de chercheurs(1), l´Inra a rendu une expertise sur le stockage du carbone dans le sol demandée par le ministère de l´Écologie et du développement durable. « La conversion de terres en culture ou en herbe en parcelles forestières (afforestation) peuvent induire des stockages de l´ordre d´une demi-tonne de C par hectare et par an en moyenne sur une durée de vingt ans, établissent les chercheurs ayant participé à l´analyse, de même que la conversion en prairies permanentes de terres labourées. La création de haies induit également un stockage additionnel de C. »
©D. R.


Convertir des terres labourées en cultures pérennes
Le principe est de produire plus de biomasse végétale sur un cycle long de plusieurs années, ce qui est notamment le cas avec les ligneux (arbres). « Plusieurs effets se cumulent, explique l´équipe de chercheurs, des apports de C plus élevés par les organes aériens et souterrains ; des MO plus résistantes à la dégradation ; une incorporation accrue par voie racinaire qui assure une protection physique de la MO plus importante ; une stabilisation, notamment par la suppression du travail du sol, des agrégats qui protègent la MO. Mais, reconnaissent les chercheurs de l´Inra, la &quote;réserve&quote; de surfaces pouvant être reboisée ou passée en herbe est limitée. » La France est déjà bien pourvue en forêt. Faut-il en rajouter ?

Abandonner le labour, c´est stocker du carbone
« Alors, plutôt que de stocker, essayons de ne pas déstocker », suggère Gilles Thévenet, directeur scientifique d´Arvalis. Un des spécialistes de l´Inra, Dominique Arrouays approuve : « Il est plus important de conserver les stocks existants que d´en créer de nouveaux. » Cela passe par l´adaptation de pratiques en sols cultivés. Un exemple : l´abandon du labour engendre une augmentation des teneurs en C. Le non-retournement de couches profondes de terres évitent de voir une quantité importante de MO se libérer en CO2. « Semis direct et travail superficiel du sol auraient des effets comparables, à savoir un stockage additionnel évalué à 0,2 tonne par hectare et par an de C (+ ou - 0,13 t) », précise l´Inra.

Autre solution : « Plutôt que de laisser des sols nus induisant un déstockage important de C, l´introduction d´une culture intermédiaire entre une récolte d´été et un semis de printemps représente un stockage de 0,15 tonne par hectare et par an de C. » La biomasse végétale est augmentée. L´enherbement des inter-rangs répond au même principe.
Par la voix de Denis Le Chatelier, son délégué général, l´Association pour l´agriculture durable (Apad) reprend la balle au bond sur les remarques des experts de l´Inra : « l´abandon du retournement vertical (labour) ou la couverture permanente des sols sont des pratiques que nous soutenons au sein de notre association. D´ailleurs, l´agriculture dite de conservation en alliant le non labour à la couverture permanente du sol et à des rotations adaptées est le système de culture qui est susceptible de maximiser les avantages agro-environnementaux et la quantité de carbone stockable. »

En évaluant les effets des pratiques sur le stockage du carbone, le rapport de l´Inra ne cache pas la forte incertitude qui pèse sur les résultats. En cause, le manque de références et la forte sensibilité du processus de stockage aux conditions pédo-climatiques. L´Inra s´est également penchée sur l´éventualité de la mise en place d´une politique agricole spécifique au stockage du carbone. « Ce serait peu réalisable et peu efficace, conclut l´institut de recherche. Les mesures visant ce stockage devront se retrouver dans une politique plus large. en intégrant par exemple des incitations &quote;carbone&quote; dans des mesures agri-environnementales dans le cadre de la Pac. » Il apparaît, en effet, que les pratiques tendant à stocker du carbone dans le sol présentent quasi systématiquement d´autres bénéfices environnementaux : limitation de l´érosion, amélioration de la qualité des sols et des eaux, économie d´énergie fossile, biodiversité plus élevée.

Stocks de carbone dans le Monde : 1 500 Gt (gigatonnes = milliards de tonnes) dans le sol, 750 Gt dans l´atmosphère et 650 Gt dans les végétaux.
Les échanges moyens entre la surface terrestre (biosphère) et l´atmosphère s´élèvent à 120 Gt de C par an.
En 2000, la France a émis 133 millions de tonnes (Mt) d´équivalent carbone en gaz à effet de serre (GES) (émission nette) dont 69 % de gaz carbonique (CO2), 13 % de méthane (CH4), 16 % de protoxyde d´azote (N2O).
16 % des émissions brutes de GES (24 Mt) en France proviennent des activités agricoles et forestières (67 % pour le N2O, 54 % pour le CH4).
Ces activités produisent très peu de CO2 et permettent d´en fixer l´équivalent de 15 Mt de carbone par an. Elles séquestrent davantage de CO2 qu´elles n´en émettent
(= Puits de carbone).


(1) Responsable et coordinateurs scientifiques de l´expertise : D. Arrouays, J. Balesdent, J.-C. Germon, P. A. Jayet, J. F. Soussana, P. Stengel.
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