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Des orges de printemps plus productives mais plus exigeantes en azote

Meilleures en rendement, les nouvelles variétés d’orge de printemps demandent un pilotage plus fin de leur fertilisation. Elles risquent sinon de ne pas atteindre le seuil minimum de protéines pour obtenir la prime brassicole.

« Quatre variétés d'orge de printemps font plus de 85 % des surfaces multipliées », expose Isabelle Chaillet, spécialiste des variétés d’orge chez Arvalis. Inscrite en 2014, RGT Planet domine nettement le marché, avec 47 % de ces surfaces. « En peu de temps, elle a pris une place énorme, souligne la spécialiste. Ses résultats en rendement sont très bons. Sur trois ans d’essais, elle sort toujours la première du réseau, et bien devant les autres. » Même sur la difficile année 2016, RGT Planet est parvenue à sortir son épingle du jeu. À sa bonne productivité, elle associe de bons calibrages, une tolérance à l’oïdium et à la rhynchosporiose ainsi qu’une sensibilité moyenne à la rouille naine. La variété est issue de la génétique RAGT, nouveau venu dans le secteur. Elle succède à Sébastian, Scarlett ou Prisma, d’autres stars des orges de printemps. Points faibles tout de même : des tolérances moyennes à la verse et à la rouille naine. Vient en seconde position KWS Irina, qui couvre 21 % des surfaces multipliées. « De 2012 à 2015, elle a fourni de très bons rendements en essais, juste derrière RGT Planet, mais elle s’est révélée décevante pour la récolte 2016, indique toutefois Isabelle Chaillet. KWS Irina n’a pas aimé les excès d’eau et le temps particulier de la fin mai-début juin. » Sa sensibilité à la rhynchosporiose l’a desservie et sa fertilité épi s’est trouvé pénalisée, sans que les spécialistes en comprennent bien les raisons. Deux autres variétés, Sébastian et Explorer, suivent les leaders, avec respectivement 12 et 9 % des surfaces multipliées. Inscrite en 2003, Sébastian est toujours apprécié des transformateurs mais la variété est désormais dépassée en rendement par les inscriptions plus récentes. Arrivée en 2011 seulement, Explorer a apporté un gain de productivité par rapport à Sébastian mais elle s’est rapidement laissée dépasser par KWS Irina puis RGT Planet. D’autant plus qu’elle présente une grande sensibilité à l’oïdium. « C’est une variété qui a déjà 5 ans et qui ne devrait plus se développer », observe Isabelle Chaillet.

Une suprématie variétale guidée par l’aval

La suprématie d’une variété sur les autres n’est pas nouvelle en orge de printemps. Largement guidé par l’aval via la liste des variétés préférées mise à jour chaque année par les Malteurs de France et les Brasseurs de France, le choix proposé aux agriculteurs est limité. « Dans les faits, les collecteurs ne proposent souvent qu’une seule variété, voire deux, mais jamais quatre, expose Luc Pelcé, ingénieur régional Bourgogne, en charge de l'animation de la filière brassicole chez Arvalis. Ils proposent aux agriculteurs de produire la variété pour laquelle ils ont eu un contrat. » Que ce choix soit réduit n’inquiète pas plus que cela le spécialiste. « En orge de printemps, ce n’est pas comme en blé, signale le professionnel. Du point de vue de leur cycle physiologique, les variétés se ressemblent beaucoup, elles épient le même jour, sont au stade épi 1 cm ensemble… Lorsqu’il y a un accident climatique, elles sont toutes touchées. » L'intérêt de la diversité variétale réside surtout dans la réponse aux maladies, toutes les variétés n’étant pas égales sur ce plan.

L’hyper-productivité masque un manque de protéines

Reste que ces nouveautés hyper-productives présentent un défaut majeur : elles font moins de protéines que leur prédécesseuses. Le phénomène est tel qu’il a poussé les malteurs et brasseurs, longtemps très inquiets des risques de surfertilisation, à revoir totalement leurs positions. « Le revirement date de 2012, estime Luc Pelcé. Devant l’effritement des teneurs en protéines, la filière nous a sollicités. Nous avons ressorti nos travaux sur la méthode N-Tester, que nous avions mis au point en 2005 pour les orges de printemps. » Ceux-ci n’avaient à l’époque pas rencontré d’écho à l’aval de la filière, trop préoccupée des risques de dépassement de taux de protéines.

La méthode dite « N-Tester Extra » est simple. Il s’agit d’augmenter la dose d’azote totale en ajoutant un apport. Cette dose totale reste calculée avec les préconisations du Comifer, qui incite à réduire de 20 unités la dose prévisionnelle obtenue par la méthode du bilan. Elle est ensuite répartie en deux apports, l’un d’environ 50 unités par hectare (U/ha) à la levée, l’autre égal au solde, à effectuer au stade épi 1 cm. Le pilotage avec le N-Tester intervient au stade 1 nœud, pour un supplément de l’ordre de 30 U/ha. « Pour l’instant, la méthode reste encore assez rustique puisqu’il faut avoir préparé une zone surfertilisée à côté de sa parcelle », signale Luc Pelcé. C’est le rapport entre la valeur de l’INN (indice de nutrition azotée) recueillie sur la parcelle et celle de la zone surfertilisée qui indique s’il faut ou non revenir avec un engrais. La lecture du résultat se fait sur le site de Yara(1). Elle est gratuite. Arvalis travaille le dispositif pour arriver à une méthode plus aboutie d’ici 2018, qui ressemblerait à ce qui est développé en blé. « Il s’agirait de réserver une quantité d’azote pour la fin de cycle », indique Luc Pelcé. L’idée de l’institut serait de proposer en 2018-2019 un conseil de troisième apport en orge de printemps à partir de Farmstar.

Ce pilotage a bien sûr un coût. Il faut compter les unités d’azote supplémentaires et la méthode de pilotage. L’achat d’une pince N-Tester, qui peut se raisonner à plusieurs, coûte de l’ordre de 1 500 euros. Les collecteurs peuvent égalemement assurer la prestation qui, d’une façon ou d’une autre est facturée. « Mais c’est un investissement qui est valorisé, estime Luc Pelcé. Il s’agit de faire 5 q/ha en plus grâce à ces variétés, voire davantage, et le pilotage assure la prime brassicole, puisque l’objectif est de se trouver dans la fourchette de 9,5 à 10,5 % de protéines. » À ne pas négliger en ces temps difficiles.

(1) http://ntester.yara.fr

Des problèmes identiques en orge d’hiver

Si Arvalis a testé pour la première fois en 2016 la méthode N-Tester Extra sur orge de printemps, l’institut a davantage de référence en orge d’hiver, grâce à deux années d’essais, 2014 et 2015. La méthode fonctionne de la même façon, avec une bande surfertilisée. Le diagnostic de nutrition azotée s’effectue un peu plus tard qu’en orge de printemps, au stade 2 nœuds.

L’Union de coopératives Seine-Yonne a testé la méthode sur orge d’hiver pour la première fois en 2016, sans succès compte tenu des conditions climatiques. « Mais nous allons reconduire ces essais en 2017, et nous allons également faire les tests sur orge de printemps », observe Amélie Petit, responsable agro-développement pour l’Union de coopératives Seine-Yonne. Que ce soit en variétés d’hiver ou de printemps, ces nouvelles orges très productives mais à faible teneur en protéines posent question. « Pour l’instant, nous conseillons sur une orge d’hiver de type Etincel de garder 30 unités pour le troisième apport par rapport à la méthode du bilan, la dose totale prévisionnelle devant être calculée en prenant en compte le potentiel de cette variété, supérieur à celui d'une référence comme Esterel ", indique la spécialiste. Elle attend avec intérêt les développements sur Farmstar, outil que les coopératives de Seine-Yonne utilisent et qui permettrait de gérer globalement la fertilisation des céréales à paille.

Une faiblesse vis-à-vis de la rhynchosporiose

La maladie était presque sortie des radars… Mais 2016 a montré qu’il fallait rester vigilant. La rhynchosporiose a fait un retour remarqué dans les champs d’orge de printemps, notamment de KWS Irina. « Il faut toutefois relativiser, observe Luc Pelcé. C’est une maladie qui se reconnaît facilement et dont on a tendance à parler beaucoup, mais elle est nettement moins dommageable que l’helminthosporiose sur une orge d’hiver comme Esterel, par exemple. » Néanmoins, le fait est que les variétés d’orge d’hiver très prisées comme Etincel et Isocel y sont sensibles aussi. Il faut donc rester attentif.

La campagne a également été marquée par des attaques de jaunisse nanisante de l’orge (JNO). Mais le phénomène est a priori très conjoncturel, lié au maintien des pucerons d’automne dans les céréales d’hiver du fait de la douceur du climat, puis à leur passage sur les orges de printemps.

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