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Des légumes secs pour sécuriser une partie du revenu

Exploitants dans le marais poitevin, Philippe et Dominique Gorichon se sont diversifiés dans la culture de lentilles et de pois chiches, en contrat avec la Cavac. Ces deux productions assurent 10-15 % du revenu.

Dominique Gorichon, agriculteur."La semence en lentille comme en pois chiche est la charge la plus importante."
© V. Bargain

« J’ai toujours aimé essayer des choses nouvelles, assure Dominique Gorichon. Nous avons de l’autoguidage depuis 19 ans. Aussi quand la Cavac nous a proposé de tester la production de lentille et pois chiche, cela m’a intéressé. » Engagé à 100 % avec la Cavac, coopérative de Vendée, le Gaec La Bergerie associe Dominique Gorichon et son frère Philippe, pour 230 hectares et 170 brebis, à l’Aiguillon-sur-Mer et Triaize, dans le marais poitevin. « Pratiquement toutes les terres sont drainées, précise Dominique Gorichon. Mais les sols, argilo-calcaires, avec un fond très humide, sont très collants et ne peuvent se travailler qu’en conditions sèches et superficiellement. Nous n’entrons jamais sur les parcelles l’hiver. En outre, lors de la tempête Xynthia, les terres ont été recouvertes par la mer. Nous avons dû épandre du gypse deux années de suite pour faire descendre le sel en profondeur. » Jusqu’à il y a cinq ans, l’exploitation produisait surtout du blé dur, du maïs, du tournesol et de la luzerne semence. Le blé dur reste une culture essentielle, avec 80-100 hectares. « Les terres de marais donnent un blé dur de qualité, informe Dominique Gorichon. Cela implique d’avoir du matériel performant, ce qui nous amène à faire un peu de prestations pour le rentabiliser. Mais pour l’essentiel des volumes, il n’y a pas de garantie de prix. »

Parce qu’il se récolte tard et posait parfois problème pour labourer avant l’hiver, le maïs a par contre été arrêté. « En parallèle, nous avons introduit de l’orge hybride semence, qui laisse en général une bonne marge. Nous aimerions la développer, mais nous n’avons pas de garantie de prix, remarque l’agriculteur. Avec la lentille et le pois chiche, qui sont contractualisés, le prix est fixé avant le semis. C’est une sécurité qui nous incite à en produire. »

Peu d’interventions et peu d’intrants

Depuis plusieurs années, le Gaec cultive en moyenne 10 hectares de pois chiche et 20-25 hectares de lentille. « Nous produisons surtout de la lentille verte de consommation et parfois de la lentille semence. Nous avons aussi fait en 2017 et 2018 des essais de lentille blonde et de lentille corail. » Les terres sont préparées avant l’hiver par un labour et un passage de herse rotative. Il faut une préparation fine, notamment pour la lentille qui reste très basse. Les lentilles sont semées de fin mars à début avril en combiné, à 12,5 ou 14 cm d’écartement. Même période de semis pour le pois chiche, avec l’utilisation du semoir pneumatique et un écartement de 36,5 cm. « Il faut pouvoir semer à écartement réduit, car s’il ne fait pas assez chaud, la graine met longtemps à germer et les adventices peuvent s’installer », souligne l’agriculteur.

Après ces semis de légumineuses, le sol est roulé et un herbicide puis un fongicide sont appliqués. Depuis deux ans, la présence de bruches oblige également les exploitants à appliquer un insecticide. « Mais globalement, les deux cultures nécessitent peu d’interventions et peu d’intrants, apprécie Dominique Gorichon. Les traitements en 2018 n’ont représenté que 106 euros par hectare pour les deux espèces. » La récolte des lentilles, réalisée avec la moissonneuse-batteuse de l’exploitation, a lieu la première quinzaine de juillet. C’est une contrainte pour le Gaec, car cela tombe en plein pendant la récolte du blé dur. De plus la lentille est parfois difficile à récolter car elle reste très basse, moins de 10 cm de haut. Et s’il pleut, les plants peuvent être plaqués au sol. En pois chiche, la récolte a lieu de mi-août à mi-septembre. « Le fait que ces cultures libèrent les terres tôt est intéressant », signale Dominique Gorichon. Les légumineuses sont livrées sur une plate-forme de la coopérative qui les transfère à l’unité de stockage et conditionnement des légumes secs.

10 à 15 % du revenu sont sécurisés

En moyenne, le rendement atteint 35-40 quintaux par hectare en pois chiche et 15 à 40 quintaux par hectare en lentille. Les deux espèces sont bien adaptées au marais. Elles ne nécessitent pas de travail profond, il y a de l’eau en profondeur et la surface sèche vite, ce qui limite les maladies. L’absence de pierres, qui posent problème pour le nettoyage des lentilles, est aussi un atout important. Le principal défaut à éviter porte sur les graines cassées, en lentille comme en pois chiche. La coopérative met en place des formations pour bien régler la moissonneuse. Un autre critère essentiel en pois chiche est la blancheur du grain. « Il est essentiel que la moissonneuse soit propre et qu’il n’y ait pas trop d’adventices, car la terre ou le jus d’adventices tachent les grains que l’on ne peut pas nettoyer. Le lot est alors déclassé », souligne Dominique Gorichon.

La marge brute a dépassé les 1 000 euros par hectare pour les légumineuses (voir par ailleurs). « La marge est intéressante. Et surtout, le fait que les surfaces et le prix soient contractualisés est vraiment rassurant. Cela permet de sécuriser 10-15 % du revenu de l’exploitation. De plus, comme ce sont des légumineuses qui apportent 10 à 30 unités d’azote, ce sont de très bons précédents pour le blé ou l’orge. Par contre, pour limiter les risques sanitaires, nous ne pouvons pas revenir sur une parcelle avant trois ans. »

Une barre de coupe flexible pour sécuriser le rendement

Pour sécuriser le rendement des lentilles, difficiles à récolter, le Gaec a acquis, en 2018, une barre de coupe flexible qui suit les irrégularités du terrain et permet de récolter au plus près du sol. « Nous avons investi 40 000 € pour une barre de 5,60 m de large, précise Dominique Gorichon. Le gain de rendement possible est de 6 à 11 %. C’est aussi plus rapide et confortable pour le chauffeur. Et la barre de coupe peut fonctionner comme une barre fixe classique pour le blé, le pois chiche, la luzerne. »

EN CHIFFRES

230 ha sur deux sites dont 80 de blé dur (74 q/ha), 12 de tournesol (42 q/ha), 25 de lentilles de consommation vertes (15 à 40 q/ha), 10,5 de pois chiches (35-40 q/ha), 20 d’orge semence (38 q/ha), 26 de luzerne semence (400 kg à 1 t/ha), 38 de prairies naturelles.

229 €/ha de charge en semences de lentille de consommation (semis à 90-110 kg/ha) et 97 €/ha en pois chiche semé à 160-170 kg/ha. Reste des charges : 106 €/ha pour les traitements et 80-100 €/ha pour la récolte.

580 €/t en lentille verte de consommation, 610 €/t en lentille semence et 540 €/t en pois chiche : ce sont les prix d’achat moyen de la Cavac en 2018. Le Gaec récupère aussi une petite partie de sa récolte pour la vente directe en sacs de 5 kg.

1 336 €/ha de marge brute pour le pois chiche en 2018 et 1 008 €/ha pour la lentille, contre 1 001 €/ha en blé dur, 1 180 €/ha en tournesol et 2 100 €/ha en orge hybride semences.

Une filière légumes secs en plein développement

Dopée par l’intérêt des consommateurs pour les protéines végétales et l’origine France, l’activité légumes secs de la coopérative Cavac est en plein développement. Aux haricots blancs historiquement présents en Vendée se sont ajoutés la lentille il y a quinze ans, puis le pois chiche il y a quatre ans. 250 producteurs cultivent aujourd’hui 4 000 hectares de légumes secs, dont 40 % en bio. En 2019, 9 000 tonnes de haricots secs (haricot blanc, coco, flageolet, haricot rouge, demi-sec), lentille (verte, blonde, corail, beluga) et pois chiche devraient être commercialisées. « 100 % des volumes sont contractualisés avec les producteurs et avec les clients », précise Julien Guillon, responsable technique légumes et chanvre à la Cavac. Le principal débouché est l’industrie de la conserve et des plats cuisinés. 15-20 % des volumes sont par ailleurs vendus en sec sous trois marques de la Cavac : Grain de vitalité au rayon fruits et légumes des GMS et en restauration, Aim & bio en distribution bio spécialisée et Bonjour campagne au rayon épicerie des GMS.

Peu gourmands en travail et en phytos

En 2018, la coopérative a investi 4,2 millions d’euros pour augmenter les capacités de son site de stockage et conditionnement des légumes secs de Mouilleron-le-Captif, en Vendée. « Il y a du potentiel en légumes secs, indique Julien Guillon. En Europe, la consommation n’est que de 2,7 kg par habitant et par an, contre 9-10 kg aux États-Unis ou en Inde. Attention toutefois à ne pas développer la production sans débouché valorisant assuré. En pois chiche, la production en France a augmenté de 50 % en un an, beaucoup plus que la demande, alors qu’il nous est difficile d’être compétitifs à l’export. »

 
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