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Des fongicides utilisés en dernier recours

Certains agriculteurs attendent le stade « dernière feuille étalée » avant de songer à recourir à un fongicide sur blé. Avant, ils ont mis en œuvre une succession de pratiques limitant les maladies. Témoignages en Loire-Atlantique.

Zéro ou un fongicide sur les blés : c'est ce que pratiquent Thierry Chantebel à Soudan et Christophe Hamon à La Meilleraye-de-Bretagne en Loire-Atlantique. Le blé tendre est conduit de façon à ce que la maladie arrive tardivement et la moins forte possible. « Sur ces trois dernières années, j’ai réalisé un traitement fongicide au quart de dose au stade épiaison sur deux années et je n’ai pas traité contre les maladies la troisième année », précise Thierry Chantebel. Chez Christophe Hamon, ce n’est guère différent : « En 2015, j’ai traité mes blés avec Amistar à 0,36 l/ha, à dernière feuille étalée. Les trois années précédentes, mes blés n’ont reçu aucun fongicide. » Les deux agriculteurs font partie du réseau Dephy Écophyto.

Ils obtiennent des rendements de l’ordre de 80 q/ha, qui les satisfont pleinement. Comment font-ils pour rendre leurs blés performants et peu dépendants des fongicides ? « Il faut partir du principe que l’utilisation d’un fongicide n’est pas pour gagner des quintaux comme cela nous est souvent présenté, mais pour éviter d’en perdre, souligne Thierry Chantebel. Le potentiel du blé est établi au départ quand on prépare le semis. Ensuite, la conduite consiste à éviter les accidents culturaux qui peuvent gréver son potentiel. »

Mélange de variétés de blé

L’agriculteur se fixe un objectif de rendement raisonnable : 75 q/ha sur ses terres argilo-limoneuses. Il ne se force pas à utiliser un niveau d’intrants élevé pour amener son blé au meilleur rendement possible. D’ailleurs, il a un autre but : ne pas dépasser 250 euros/ha de charges opérationnelles.

Rotation culturale, dates et densités de semis, mélange de variétés, raisonnement de l’apport azoté… les producteurs jouent sur plusieurs tableaux pour une conduite intégrée du blé peu vulnérable aux attaques parasitaires. « Je ne fais jamais de blé sur blé et je choisis un mélange de quatre variétés Rubisko, Arezzo, Cellule et Atlass », précise Christophe Hamon. Idem pour Thierry Chantebel chez qui le mélange se compose de cinq variétés.

Au final, l'ensemble est homogène, peu sensible aux pathogènes. Mais de ces mélanges, sont exclues les variétés qui seraient très sensibles à l’une ou l’autre des maladies. Conseiller à la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, Emmanuel Mérot voit un autre atout aux mélanges variétaux : « Les variabilités interannuelles sont fortement réduites en rendement. Les agriculteurs 'n’explosent' pas les rendements mais il n’y a jamais de catastrophe. »

Retard de semis et faible densité

Thierry Chantebel ne sème pas ses blés avant le 1er novembre. Son objectif est « de retarder le plus possible la remontée des maladies. Je sème à 210 grains au m2 environ avec un objectif de 180 à 190 plantes au m2 à la sortie d’hiver, ajoute-t-il. Avec une production entre 3 et 3,5 talles par pied, on arrive à une densité 550 à 600 plantes au m2 au final. Cela peut surprendre car il y a beaucoup d’espace entre les pieds à la sortie de l’hiver. Mais cela génère peu d’humidité dans la végétation. C’est une façon détournée d’agir sur les maladies en leur apportant des conditions peu favorables à leur développement. En même temps, il y a moins de pieds à nourrir avec l’azote apporté. »

L’agriculteur a pris l’habitude de retarder le premier apport au tallage et il garde un fractionnement à trois apports avec un ultime ajustement à dernière feuille à l’aide de la méthode Jubil. « La surfertilisation a tendance à favoriser le développement des maladies, notamment des rouilles, ainsi que la verse, constate Emmanuel Mérot. Un objectif de rendement réaliste devient un moyen de lutter contre les pathogènes. »

Avec une gestion de ses terres en non labour, voire en semis direct, Christophe Hamon ne se risque pas aux semis tardifs et de faible densité. En revanche, il ajoute une corde à son arc : l’utilisation de produits stimulants des plantes, qu’il substitue aux traitements fongicides. « La chimie est nuisible à l’agronomie », juge-t-il.

Adepte des biostimulants

Sur ses cultures, Christophe Hamon applique des produits qui s’approchent des biostimulants. À base d’antioxydants, de minéraux et d’oligo-éléments, le produit Protec’Plantes est présenté comme « un substitut de fongicide » sur le site internet de la société LG Biotech qui le commercialise. « Les essais montrent une protection équivalente de la plante en termes de maladies avec un traitement 'quart de dose de fongicide + Protec’Plantes' comparé à un traitement pleine dose de fongicide », décrit LG Biotech.

Christophe Hamon applique le produit en trois passages sur ses blés (21,90 euros le passage). « Sur mes orges d’hiver en 2015, une parcelle traitée uniquement avec un fongicide (Aviator Xpro à 0,29 l/ha le 16 avril) a produit une récolte décevante : PS inférieur à 60 et un déficit de rendement de 5 à 8 q/ha par rapport à d’autres orges protégées par le même fongicide et avec deux applications de Protec’Plantes et de ferment lactique. »

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