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Des engrais qui se perdent moins dans la volatilisation

Les pertes d'azote par volatilisation ammoniacale sont préjudiciables sur les plans économique et environnemental. De nouvelles formes d'engrais uréiques apportent des moyens de lutte supplémentaires contre ce phénomène.

Les agriculteurs se sont retrouvés au coeur d'une polémique à la fin de l'hiver dernier. Les conditions climatiques ont été à l'origine de pollution aux particules fines dans diverses régions. Les exploitants avaient été pointés du doigt pour la forte présence de nitrate d'ammonium dans l'air, provenant des épandages de fumier, de lisier et d'engrais. Parmi les moyens de limiter la volatilisation de l'azote sous forme ammoniacale au moment de l'application, il y a la forme d'engrais utilisée. L'ammonitrate n'est plus le seul fertilisant pouvant être mis en valeur sur sa faible sensibilité à la volatilisation. Diverses formes d'engrais uréiques arrivent sur le marché avec des formulations limitant ce phénomène.

Les procédés d'enrobage ou, plus largement, des formulations permettant la libération progressive et contrôlée de l'azote uréique permettent de limiter les pertes d'azote par volatilisation. Cette limitation est significative, de l'ordre de plusieurs dizaines de pourcents par rapport à une urée classique. Timac Agro commercialise ce type d'engrais (gamme Apex), présenté comme « une fusion, une granulation et une cristallisation des éléments fertilisants avec un agent matriciel organo-calcique. Les effets sont une libération progressive des éléments fertilisants dans le sol avec limitation des pertes d'azote par lixiviation et volatilisation ammoniacale ». Les engrais Apex sont à base de sulfate d'ammoniac et d'urée.

Des urées mieux protégées de la volatilisation

Commercialisé par Haïfa France, Coten Mix 2 se compose uniquement d'urée dont une partie est enrobée pour une libération contrôlée, le reste étant libre. Cet engrais se destine en particulier au maïs. Un apport de Coten Mix doit remplacer les deux apports d'urée sur cette culture d'été. « L'efficacité de la libération progressive d'urée varie selon la température et l'humidité du sol, remarque Jean-Pierre Cohan, Arvalis. L'utilisation d'un engrais comme le Coten Mix est très technique car il s'agit de trouver le bon timing sur sa date d'apport pour en tirer les mêmes bénéfices que deux apports d'urée. »

Récemment arrivée sur le marché français, la société Fertiberia y va aussi de ses engrais innovants dans sa gamme Nergetic C-Pro. Deux de ces engrais associent azotes uréique et ammoniacal. « Les éléments nutritifs sont protégés par un enrobage des granulés et une polymérisation (gel se formant autour des grains) une fois appliqués au sol. La diffusion des éléments se produit de façon progressive », décrit Nicolas Touge, directeur commercial de Fertiberia France. « Nous avons ajouté du sulfate d'ammoniac à l'urée dont l'effet est de réduire encore la volatilisation. De 30 à 40 % en conditions standard d'utilisation, la volatilisation ammoniacale de l'urée retombe à 15 % avec notre formulation. »

 

Les inhibiteurs d'uréase investissent le marché des urées

Le NBPT (N- (n-Butyl) ThioPhosphoric Triamide) a fait son apparition en quelques années dans plusieurs engrais à base d'urée. Son arrivée dans le domaine public n'y est sans doute pas étrangère. Il s'agit d'une molécule ayant la propriété d'inhiber l'hydrolyse de l'urée. Autrement dit, elle ralentit la transformation de l'urée en ammoniac volatile. Il existe d'autres inhibiteurs d'uréase que le NBPT mais seule cette molécule entre dans la composition d'engrais en France pour le moment. Les sociétés Koch Fertilizers (produits Nexen), Eurochem (Utec) et même l'union de coopératives In Vivo (engrais Novius) ont utilisé cet inhibiteur d'uréase pour produire des engrais. « Tous ces fertilisants vont dans le même sens : ils sont plus efficaces que l'urée grâce à la diminution probante de la sensibilité à la volatilisation ammoniacale », observe Jean-Pierre Cohan. Responsable agronomique d'Eurochem, Marc Hervé donne quelques détails sur leur engrais Utec 46, imprégné de la formulation liquide d'inhibiteur d'uréase. « Cette inhibition dure de sept à quatorze jours en évitant une élévation ponctuelle du pH du sol qui provoque l'hydrolyse rapide de l'urée. Les conditions sont ainsi moins favorables à la formation d'ammoniac gazeux. L'urée sera plus à même de pénétrer dans le sol à la faveur de pluie ou d'une irrigation avant le début de son hydrolyse. L'ammonium produit est alors adsorbé par les constituants du sol ou absorbé par les cultures. »

Beaucoup des ventes de ce type d'engrais uréique se font en substitution de l'ammonitrate, selon Marc Hervé. Et il est utilisé avantageusement en lieu et place des urées classiques quand les pratiques agricoles ne suffisent pas à en réduire les pertes par volatilisation, avec l'impossibilité d'incorporation au sol, tel que sur le blé.

Recherches sur les solutions azotées

Nombre de ces engrais avec inhibiteur d'uréase présentent l'avantage d'être plus concentrés en azote que l'ammonitrate, pour moins de quantité à utiliser à l'hectare. Leur coût se situe au niveau de celui des ammonitrates à quantité d'azote égale.

Les inhibiteurs d'uréase peuvent aussi être utilisés en mélange avec les solutions azotées. Un produit de Jouffray-Drillaud (Azokeep, toujours à base de NBPT) était prêt à la commercialisation l'an passé. Il n'a pas encore passé le cap de l'homologation mais il est espéré pour la campagne prochaine. « Les inhibiteurs d'uréase donnent des résultats intéressants sur la réduction de volatilisation et donc un gain d'efficacité. La solution azotée avec cet adjuvant se situe à mi-chemin entre une solution azotée pure et un ammonitrate en termes de niveau de volatilisation », précise Jean-Pierre Cohan. Des sociétés d'engrais jugent en revanche que les bénéfices d'une utilisation de NBPT en solution azotée sont trop faibles. De plus, l'adjuvant serait trop instable en solution aqueuse...

Pour plusieurs de ces produits testés, Arvalis n'a pas démontré de différence significative d'efficacité de ces engrais par rapport à l'ammonitrate en particulier. Commercialisé par de grands groupes comme Borealis et Yara, l'ammonitrate reste une solution sûre, pour lequel les pertes d'azote par volatilisation sont faibles.

Des moyens de réduire la volatilisation au moment de l'application

Outre le choix de la forme d'engrais, il existe plusieurs moyens de réduire les pertes par volatilisation ammoniacale. L'objectif est de tout faire pour ne pas exposer l'azote ammoniacal à l'air. L'incorporation au sol par un travail du sol ou la localisation de l'engrais en profondeur soustrait le produit à l'action de l'air. Une irrigation d'au moins 10 mm après l'épandage donne le même effet. Appliquer un engrais avant un épisode pluvieux (d'au moins 10-15 mm) est judicieux pour limiter la volatilisation. Par ailleurs, des conditions pédoclimatiques favorisent la volatilisation tels qu'un pH du sol alcalin (supérieur à 7), une température supérieure à 10-15°C en journée et un vent de plus de 15 km/h (brise agitant les feuilles).

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