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Des bulles de biodiversité en Champagne crayeuse

Sur 38 000 hectares de terres crayeuses de la Marne, l’association Symbiose s’évertue à soutenir les réalisations favorisant la biodiversité dans les parcelles agricoles.

Des buissons « bouchons » en Champagne ! L’association Symbiose1 a repris un concept imaginé par des fédérations de chasse pour faire la promotion d’une des réalisations favorisant la biodiversité dans les grandes étendues de champs de grandes cultures. Chaque buisson bouchon a une faible emprise au sol, quelques mètres carrés, et il est constitué d’au moins six essences arbustives devant apporter nourriture et refuge pour les insectes ou des oiseaux tels que les perdrix grises chères aux chasseurs. Les buissons sont implantés de manière disséminée, par exemple en bordure d’un chemin, sur une bande enherbée (bande tampon bouchon), sous des pylônes électriques ou au pied de poteaux. C’est ainsi que ces « bouchons » moutonnent en certains secteurs de la plaine agricole. Chez Benoît Collard, agriculteur à Somme-Tourbe et secrétaire général de Symbiose, les bouchons sont disposés tous les 150 mètres sur des bandes enherbées composées de fétuque élevée, de sainfoin et de trèfle blanc.

Ces aménagements représentent un des exemples de réalisations pronées par Symbiose. Organisation soutenue par le conseil régional en 2009, Symbiose est devenue une association en 2012. Naturalistes, apiculteurs, chasseurs, agriculteurs… elle regroupe des représentants de leurs organisations2, motivés par l’installation d’une faune et d’une flore sauvages en Champagne crayeuse. Les statuts imposent que le président de Symbiose soit un agriculteur. En l’occurrence, il s’agit d’Hervé Lapie, exploitant à La Cheppe, près de Chalons-en-Champagne.

Fédérer différents acteurs et partager les compétences

De l’installation de haies à la gestion écologique des bords de chemins, Symbiose propose des actions et apporte des préconisations aux agriculteurs désireux d’introduire ou de maintenir un peu de biodiversité dans leur environnement de grandes cultures. Les producteurs peuvent en tirer profit au travers du développement des auxiliaires limitant l’impact des ravageurs. « Je ne mets quasiment plus d’insecticides sur mes cultures car je mise sur l’impact de ces insectes. Même mes betteraves sucrières sont exemptes de traitement de semence insecticide", annonce Benoît Collard. "Dans Symbiose, nous essayons de fédérer différentes professions et sensibilités et de partager les compétences pour réaliser des aménagements favorables à la biodiversité au travers de projets collectifs, ajoute-t-il. Mais il faut trouver les financements." « Ils émanent d’organismes publics (conseil régional, Dreal, Chambres d’agriculture…) ainsi que de fonds privés, précise Alexis Deherle, animateur conseiller à l’Adasea (Association départementale pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles) qui consacre 20 % de son temps à Symbiose en tant que prestataire. Des financements tels que ceux provenant du Feader ont été stoppés », regrette-t-il. À titre d’exemple, RTE3 apporte son aide financière à l’installation de buissons sous les pylônes électriques nombreux en Champagne crayeuse. La mise en cohérence des réglementations environnementales avec les réalités du territoire est bien prise en compte par Symbiose.

Une gestion extensive des bords de chemin

Gérald Lambert est agriculteur sur 115 hectares sur la commune de Prosnes. Il fait partie du conseil d’administration et du comité technique de Symbiose. « Notre association permet de mettre autour de la table diverses compétences et d’éviter de se disperser quand l’on envisage des aménagements. Un agriculteur peut faire appel à Symbiose pour être renseigné et il sera orienté vers les spécialistes de notre département selon le type d’informations qu’il recherche. Pour une implantation de haie ou de buissons bouchons par exemple, la Chambre d’agriculture ou la Fédération de chasseurs lui apportera les conseils utiles. » Sur les terres qu’il exploite, Gérald Lambert a mis en place des buissons au pied de poteaux électriques. Il gère ses bords de chemins de manière « extensive », c’est-à-dire en remplaçant le broyage par un fauchage haut et tardif. Il a laissé des bandes de luzerne non fauchées pour l’alimentation des abeilles. Des voisins agriculteurs ont mis en place des haies et des bandes tampons bouchon. « Je suis en non labour depuis 20 ans, ce qui favorise déjà la vie du sol. Les autres aménagements permettent l’installation d’auxiliaires et de gibier. Quand je suis dans mes champs, je suis heureux de pouvoir y observer des perdrix, des lièvres… Et mes pratiques me permettent de limiter les utilisations de produits phytosanitaires. » C’est bon pour la Champagne.

De la luzerne laissée en fleur pour les abeilles

Symbiose a mis en œuvre le projet Apiluz sur une commune de la Marne, Beine-Nauroy. Dans un secteur où la production de luzerne est importante avec deux coopératives de déshydratation (Luzéal, Puisieulx), Apiluz consistait à laisser des bandes de luzernes non fauchées comme ressource alimentaire pour les abeilles. Après deux ans de test, il a été convenu de choisir une largeur de trois mètres pour les essais en 2016 sur une vingtaine de parcelles au lieu de bandes de sept mètres sur un nombre de champs moins important. « L’impact positif de la stratégie a bien été mesuré sur la production de miel et la qualité des essaims, rapporte Benoît Collard. Mais ces bandes fauchées après la floraison conservent des tiges dures qui peuvent déprécier la qualité des balles de luzerne. A priori, cette qualité sera mieux préservée avec des bandes de trois mètres plutôt que des bandes de sept mètres. » Résultats à la fin de l’année.

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