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Aménagement des cours d´eau
Des berges consolidées pour filtrer

L´aménagement des bords de cours d´eau peut aller au-delà des bandes enherbées. Cas de figure en Seine-Maritime et dans la Meuse.


Dans l´aménagement des cours d´eau et de leurs abords, l´objectif est de freiner le transfert de molécules polluantes (nitrates, pesticides) et de particules de sol (érosion), consolider les berges, diminuer l´impact des inondations et restaurer la vie et la biodiversité.
Le département de la Seine-Maritime est un bon exemple de multiples réalisations sur les cours d´eau et au niveau des bassins versants. Il est vrai que le département est en proie à des phénomènes d´érosion récurrents. Même si la majorité des rivières sont bordées de prairies, les actions réalisées peuvent se rapporter à des contextes agricoles de production de grandes cultures.
Un talutage pour adoucir la pente de la berge
Éric Barathon est technicien de rivières au Syndicat des bassins versants du Dun et de la Veules, au nord de la Seine-Maritime. « L´aménagement des bords de cours d´eau passe par un talutage qui consiste à adoucir la pente de la berge. En l´occurrence, nous réalisons des talutages de 4 pour 1 (4 mètres de large pour 1 mètre de hauteur) soit une pente de 20 %. C´est le moyen le moins coûteux de stabiliser les berges et il a pour but de reconnecter le lit mineur et le lit majeur de la rivière. » Autrement dit, en passant d´un bord abrupt à une berge en pente douce, on augmente la section de la rivière. Lors de crues, l´eau s´étend progressivement sur le lit majeur et peut s´épandre de façon moins brutale. Le talutage est réalisé en été lorsque le niveau de l´eau est à son plus bas.
Après un engazonnement des berges, le talutage s´accompagne le plus souvent de l´implantation d´essences ligneuses. L´objectif est de toujours mieux stabiliser le bord de la rivière grâce au système racinaire des végétaux. Éric Barathon présentent d´autres avantages à la plantation d´arbres : « Un ombrage évite à l´eau de trop se réchauffer ce qui empêche les algues et une végétation aquatique envahissante (cresson, callitriche) de se développer. D´autre part, avec leurs systèmes racinaires, les arbres remplissent une fonction de filtre entre la parcelle agricole et le cours d´eau. Les aulnes notamment ont la faculté de bien retenir et d´absorber la matière organique et les nitrates de l´eau. Enfin, les arbres occupent une niche écologique importante au bord d´une rivière. »
Mais il convient de ne pas choisir n´importe quelle espèce ligneuse. Les bonnes essences inféodées aux cours d´eau sont l´aulne, le noisetier, les saules, voire le hêtre ou le frêne. A proscrire : le peuplier. « Ses racines traçantes ne maintiennent pas les berges sur les pentes. En plus, les feuilles de peuplier se dégradent mal. Elles apportent de la matière organique indésirable à l´eau et dégagent des phénols toxiques pour la vie aquatique. » Tout ce qui est résineux est également à éviter. « Ils sont sensibles aux coups de vents. Ils ne tiennent pas la berge et acidifient l´eau. »
Toujours dans le but d´améliorer la tenue des berges et la niche écologique, des risbermes peuvent être créées. Il s´agit de zones de plat situées à la base des berges. S´y implantent des végétaux hélophytes, autrement dit qui se développent en ayant les racines dans l´eau tels les joncs, les carex.
Le talutage et la plantation de ligneux sur le bord des cours d´eau visent à fixer les berges et à augmenter la section d´écoulement. ©C. Gloria

Des travaux en amont des cours d´eau
Pour les bords abrupts ne pouvant être remodelés et très sensibles à l´érosion, le pied de berge peut être protégé de l´effondrement par un tressage vivant de branches de saules ou de noisetiers maintenus par des pieux. Derrière ce tressage, la pose d´une toile géotextile peut être nécessaire pour maintenir la terre. Ce matériau se dégrade naturellement en quelques années, une fois la berge bien fixée. Tout ce qui se rapporte au génie végétal (plantation) sera réalisé pendant la période de repos de végétation (de mi-octobre à mi-mars) et hors gelée.
Une clôture peut être indispensable pour empêcher le bétail de venir piétiner les berges (effondrement) ou détruire les ligneux. De plus, les animaux peuvent occasionner une pollution sanitaire des cours d´eau par leurs excréments.
« Les problèmes d´inondations, qui ont été particulièrement sévères fin 1999 et en mai 2000, ne sont pas uniquement liés aux cours d´eau mais aussi aux bassins versants » remarque Éric Barathon. Diverses interventions ont été réalisées en amont des vallées sur le plateau crayeux de la Caux où sont cultivées céréales et autres grandes cultures. « De façon à retenir la terre sur le parcellaire et à freiner les courants d´eaux et de boues, des fascines ont été créées. Cette technique consiste à mettre en place des barrages faits de branchages maintenus par des piquets. Elle peut empêcher la formation de ravines dans les parcelles. »
Autres réalisations : des bassins font office de mares tampons ; des fossés agissent en permettant à l´eau de s´infiltrer ; des digues retiennent le trop-plein sur des prairies inondables; des talus et haies freinent les écoulements. Des bandes enherbées ainsi que l´implantation de couverts végétaux en interculture (1220 hectares en 2004 dans les bassins du Dun et de la Veules) favorisent également l´infiltration de l´eau et retiennent les particules du sol. De nouvelles techniques de travail du sol aboutissent à un résultat similaire. Elles sont encouragées par les divers syndicats des bassins versants du Pays de Caux, ainsi que la Chambre d´agriculture et divers autres organismes. La protection du capital sol et de la qualité de l´eau implique toutes les communautés.
Des bassins tampons sur les parcelles agricoles freinent les phénomènes d´érosion et l´écoulement des eaux vers les vallées. ©C. Gloria

Chiffres clés
Coût d´aménagement d´un bord de cours d´eau en Seine-Maritime (matière première hors main-d´oeuvre)
Talutage : 25 euros du mètre linéaire
Plantations : 2 à 3 euros du mètre linéaire
Engazonnement : 1 euro du mètre carré
Tressage : 20 euros du mètre linéaire
Pose géotextile : 2 euros du mètre carré
Clôture : 5 euros du mètre linéaire

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