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Des alternatives à la chimie de synthèse contre les insectes de stockage

Une liste d’insecticides de synthèse qui se restreint, des cahiers des charges de plus en plus restrictifs en matière de résidus de phytos, le développement des productions biologiques… l’évolution des exigences ouvre le champ au développement de solutions naturelles pour la protection des grains au stockage.

Les poudres ont l'avantage de bien atteindre les circuits de ventilation, de transfert de grains et des silos, autant de refuges pour les insectes.
© Neodis

« Nous sommes passés de huit molécules insecticides à quatre autorisées (pour usage direct ) sur le stockage des grains en moins de vingt ans. » Consultant sur l’hygiène sanitaire des grains stockés et ancien chercheur à l’Inra, Francis Fleurat-Lessard constate l’amenuisement des insecticides de synthèse pour le stockage. « Plus on réduit le nombre de ces molécules, plus on augmente les risques de résistance de certains des insectes de stockage à ces produits, signale le spécialiste. De telles situations ont été révélées dans des pays comme l’Australie, les États-Unis ou l’Argentine. En France, certaines molécules sont largement utilisées depuis quarante ans. Les résistances n’ont pas été recherchées mais des situations d’inefficacité de produits font peser de fortes suspicions de résistances, en particulier sur la principale molécule employée, le pyrimifos-méthyl. »

La situation vis-à-vis des insectes de stockage n’est pas alarmante pour autant. Ils sont bien maîtrisés par les organismes stockeurs grâce à des installations de refroidissement de leurs cellules de stockage. Mais les cahiers des charges et la réglementation se montrent de plus en plus restrictifs sur l’utilisation d’insecticides. Certaines molécules sont sur la sellette comme le chlorpyriphos-methyl. Synergiste des pyrèthres naturels et des pyréthrinoïdes, le pipéronyl-butoxide (PBO) a été retiré de ses utilisations en agriculture biologique. La terre de diatomée est la dernière solution insecticide homologuée pour le stockage en bio.

Des poudres très fines à action physique sur les insectes

Cette terre de diatomée fait partie des solutions alternatives de lutte contre les insectes de stockage qui sont apparues sur le marché en quelques années, aussi bien pour des utilisations à la ferme que chez les OS. Ces nouveaux produits sont pour la plupart des poudres très fines qui agissent de manière physique sur les ravageurs. « Les terres de diatomées étaient déjà utilisées dans des pays comme l’Australie dans les années 90. Il a fallu attendre 2016 pour voir des autorisations pour la désinsectisation avec ce type de produit en France », remarque Francis Fleurat-Lessard. Silicosec est la terre de diatomée officiellement autorisée contre les insectes de stockage en France.

« Le produit est homologué comme insecticide puisqu’il est utilisable en traitement curatif à 2 kg par tonne de grains contre les insectes. Mais nous privilégions un usage plutôt en préventif à 1 kilo/tonne (8 à 8,5 euros le kilo) quand il y a risque avéré d'attaques d’insectes, présente Bertrand Boucher, de la société Kreglinger qui commercialise ce produit en France. Cette autorisation en mélange avec le grain est récente. Depuis quelques années, le produit est déjà utilisable pour la désinsectisation des locaux avant stockage (silos, matériel, circuits…) à raison de 10 grammes par métre carré. La poudre est appliquée en utilisant les systèmes de ventilation, ce qui permet d’atteindre les parois des cellules de stockage et les gaines de ventilation qui sont autant de réservoirs à insectes. » Le produit est autorisé en agriculture biologique et pour les cahiers des charges CRC.

Des microparticules qui ne sont pas des nanoparticules

Après application de cette poudre très volatile, les locaux doivent être laissés en l’état une semaine avant de pouvoir y stocker du grain. Le produit provoque la mort des ravageurs par dessiccation après contact avec une abrasion de la cuticule protectrice de l’insecte en particulier. Silicosec se compose de microparticules issues d’un gisement de diatomées(1) de taille entre 2 et 19 micromètres. L’utilisation du produit connaît un certain succès semble-t-il. Bertrand Boucher affiche une progression des utilisations de 300 % en un an.

Le produit n’est pas toxique. Il n’est pas classé sur le plan toxicologique mais il nécessite des précautions d’emploi car il contient de la silice cristalline provoquant la silicose, même si celle-ci est très faible en teneur : moins de 0,1 % du produit. « À l’application, le port d’un masque antipoussière de type FFP2 (norme EN149) est nécessaire, de même que des gants, une combinaison de travail et des lunettes de protection fermées. »

Autre poudre, le produit Pro Crop S n’entre pas dans la même catégorie que Silicosec puisqu’il n’est homologué ni comme spécialité phytopharmaceutique ni comme biocide. La législation se montre plus permissive pour ce genre de produit. « Pro Crop S ne touche pas directement l’insecte mais notre poudre va souiller leur nourriture (brisures et poussières de céréales). Les insectes ne peuvent plus la consommer et meurent de faim, explique Mathieu Belmont, responsable business unit de Neodis, filiale d’InVivo. Le produit n’est autorisé que pour le traitement des locaux vides, avant stockage des récoltes. » La poudre de ProCrop S se compose de bicarbonate de sodium et d’un gel de silice d’écoulement. « Ces deux composants sont classés comme additifs alimentaires qui entrent dans le champ de la norme Food sur la sécurité des aliments, précise Mathieu Belmont. Commercialisé sous forme de poudre, le produit est appliqué dans des locaux vides qui doivent le rester 18 jours. C’est la durée nécessaire pour entraîner une mort certaine des insectes. » Son coût d’utilisation est de 12 à 14 euros pour 100 m2.

Encore une place forte pour les insecticides

Autre solution agissant en tant que barrière physique contre les insectes, Forcegrain MN est une poudre à base de zéolites, un minéral d’origine volcanique. Sur le même principe que le produit de Neodis, Forcegrain MN « rend les céréales inappétantes et empêche ainsi les insectes de se nourrir pour mourir de faim au bout de quelques jours ». Le produit est commercialisé par Lodigroup. « Le traitement prophylactique Forcegrain MN consiste en l’application d’une couche minérale inerte pure directement sur les grains (céréales à paille, maïs) créant une barrière physique lors des différentes phases de stockage pour empêcher les insectes d’accéder à leur nourriture », précise la fiche de présentation du produit. La présentation est ambiguë car le produit n’est pas homologué au titre des spécialités phytopharmaceutiques. Il est utilisable seulement en traitement de surfaces, comme beaucoup d’autres produits de « nettoyage » du marché.

Les insecticides gardent encore une place importante dans le traitement des locaux de stockage(2), notamment chez les opérateurs importants. La nouveauté peut encore provenir de ces produits phytosanitaires. Un insecticide biologique à base de spinosad est en attente d’homologation, espérée pour la prochaine campagne pour le traitement des grains de céréales.

(1) Algues unicellulaires au squelette siliceux qui ont laissé des dépôts fossiles de plusieurs mètres d’épaisseur.(2) Le gaz phosphine est également utilisé, pour les installations portuaires en particulier.
Les insectes de stockage ne viennent pas du champ ; ils sont installés à demeure dans les circuits et silos de stockage

Charançons et sylvains en ligne de mire

Charançons, capucins, sylvains, tribolium, vrillettes, teignes, alucites, bruches… la biodiversité est grande parmi les insectes s’attaquant aux denrées stockées. Certaines de ces espèces se développent à l’intérieur du grain comme les charançons notamment tandis que d’autres se contentent de grignoter les grains à l’extérieur. En France, les problèmes de ravageurs proviennent surtout des charançons et des sylvains en céréales. « Ces insectes ne viennent pas du champ avec le grain. Ils sont installés à demeure dans les silos de stockage et circuits de transfert des grains, y compris les équipements de récolte s’ils sont mal nettoyés », précise Francis Fleurat-Lessard. D’où l’importance de bien nettoyer consciencieusement ses équipements, en commençant par les moissonneuses-batteuses et les bennes.

Yann Bertin, agriculteur bio à Cesseras dans l'Hérault et coopérateur

« Plus aucune attaque d’insectes »

« Gérant de la coopérative bio SCIC Graines équitables(1) avec la présence de silos sur trois sites d’Occitanie, je suis plus particulièrement les quatre silos du site de Laure-Minervois où 400 tonnes de blé tendre et blé dur sont stockées. Le traitement est réalisé avec le produit Silicosec avant la mise en grains des cellules par ventilation sur toutes les parties extérieures des conduits et équipements de stockage. Ensuite, au stockage des grains, ceux-ci sont traités sur les deux premiers mètres et les deux derniers mètres du stock. Mais avant tout cela, nos récoltes sont séchées dans des bennes ventilées. Les cellules de stockage sont ventilées avec abaissement de la température dès que les conditions climatiques extérieures le permettent. En incorporation, le produit Silicosec est utilisé à raison de 300 à 400 grammes par tonne de grains destinés à l’alimentation humaine. En dépit d’un effet un peu abrasif sur des équipements comme les vis à grains, le Silicosec m’apporte entière satisfaction en termes d’efficacité sur les insectes. Pourtant, certains cahiers des charges n’ont toujours pas validé l’utilisation de ce produit. »

(1) 17 adhérents pour 4000 ha de cultures biologiques.
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