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Corvidés et pigeons : bien semer pour raccourcir la phase de sensibilité des cultures

De bonnes conditions de semis et de levée pour les cultures est la première protection efficace contre corvidés et pigeons. L’objectif est de réduire au minimum la durée entre le semis et l’émission des premières feuilles, période où les cultures sont vulnérables.

Une bonne protection des cultures vis-à-vis des oiseaux et d’autres bioagresseurs passe par des conditions de semis engendrant une levée des cultures la plus dynamique possible. Le tournesol est une espèce exigeante vis-à-vis de la structure du sol du fait de son cycle court et de son système racinaire pivotant. La préparation du sol et du lit de semences devra être soignée en conséquence pour offrir des conditions idéales à une levée rapide. Il en sera de même avec le choix de la date en adéquation avec des températures favorables à cette levée.

À son principal bioagresseur qu’est le pigeon ramier, le tournesol est vulnérable surtout entre le stade « crosse » (apparition des hypocotyles et cotylédons à la surface de la terre) et le développement des premières feuilles vraies. Plus cette période sera courte, moins le tournesol risquera de dégâts par les oiseaux.

Pour le maïs, un bon semis et une rapidité de levée sont également des conditions à une moindre sensibilité aux attaques. Les corvidés qui s'en prennent majoritairement à cette culture y recherchent avant tout les graines. « Il convient de respecter une profondeur de semis pas trop superficielle favorisant la préhension des graines. Il faut viser 4 à 5 centimètres de profondeur pour les semences, conseille Nathalie Robin, Arvalis. Pour essayer de diluer les dégâts, il est préférable de ne pas semer dans des dates décalées par rapport aux parcelles environnantes. » Cette remarque vaut aussi pour les autres cultures. Un passage de herse après l’ensemencement efface les lignes de semis et peut rendre plus difficile les attaques de corvidés.

Des traitements de semences starter ou répulsifs pour le maïs

Des engrais starter peuvent être utilisés pour activer la levée des cultures. Ils ont fait leurs preuves sur maïs en particulier. Cela semble moins le cas sur tournesol. « En 2017 sur deux sites, nous avons testé trois produits appliqués au contact de la semence (enrobage ou application dans la raie de semis). Nous n’avons pas relevé de différence avec les témoins sans ces engrais sur la vigueur au démarrage et le raccourcissement de la phase de sensibilité », mentionne Christophe Sausse, Terres Inovia.

Autres solutions pouvant contribuer à réduire les dégâts : les produits répulsifs. « Arvalis a réalisé une synthèse entre 2011 et 2016 des essais d’évaluation de traitements de semences corvifuges. Des produits à base de thirame (Gustafson 42S à l’époque) et de zirame (Korit 420 FS) permettent de préserver une bonne partie des plantes (45 % d’efficacité moyenne) en situation d’attaques modérées à fortes(1). Dans les conditions de très fortes attaques où toutes les plantes du témoin disparaissent, aucun des produits ne s’avère satisfaisant, souligne Nathalie Robin. Face à une efficacité partielle et variable de ces spécialités, il est primordial de mettre en œuvre d’autres moyens de lutte », en conclut-elle.

Ces produits ne sont pas autorisés sur les oléo-protéagineux. Des spécialités présentées comme répulsives (mais pas homologuées comme telles) sont utilisables en application par pulvérisation après le semis. Terres Inovia en a testés quelques-uns (Avifar, AMO 03-09) sans y trouver de résultats probants. Sur le terrain, des agriculteurs voient un effet de ces produits tant qu’il n’y a pas de pluie qui les lessive et les rend inopérant ! Les effets semblent très variables selon les situations. En outre, le coût d’utilisation peut être de plusieurs dizaines d’euros à l’hectare. Tout sauf anodin.

(1) Le produit Vitavax 200 FF (thirame + carboxine) est également homologué comme corvifuge.

Bien évaluer l'impact sur tournesol

« Ne pas trop s’exciter pour ressemer. Bien regarder d’abord. » C’est en gros la teneur du message de Christophe Sausse, Terres Inovia. « Quand seuls les cotylédons sont lésés, les plants peuvent repartir sans trop de conséquences sur le rendement. Tant que les tiges elles-mêmes n’ont pas été coupées, il n’est pas nécessaire de réensemencer son tournesol. » Des essais ont été menés en 2016 et 2017 montrant l’absence de différences de rendement entre parcelles avec cotylédons coupés et celles avec cotylédons sains. Il y a perte de plants quand la tige (et son bourgeon) est sectionnée et en cas de consommation de la graine.

Des couverts végétaux comme moyen de confusion

La chambre d’agriculture des Pays de la Loire teste le semis de tournesol sous couvert végétal, en partenariat avec Terres Inovia, avec l’espoir de voir un effet de confusion sur les pigeons et corvidés. « L’objectif est que les oiseaux éprouvent des difficultés à repérer les plantules de tournesol ou qu’ils soient gênés dans leurs consommations et ce, tout en évitant la concurrence du couvert vis-à-vis du tournesol », traduit Christophe Sausse. « En 2017, féveroles de printemps et orges de printemps ont été semées à ce titre, avec leur destruction juste avant le semis de tournesol ou onze jours avant, reprend Delphine Molénat, chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Malheureusement, il n’y a pas eu d’attaques d’oiseaux sur la parcelle d’expérimentation. Mais au moins l’essai a permis de voir l’effet des couverts sur le rendement du tournesol. Il s’avère que la féverole détruite onze jours avant le semis, a eu un effet bénéfique avec un rendement du tournesol supérieur de 3,7 quintaux/hectare par rapport au témoin (tournesol sans couvert). Pour les autres modalités, aucun effet n’a été constaté ou un effet négatif pour la féverole détruite juste avant, sans doute à cause de dégâts de limaces. »

Des indices en faveur de la confusion

Terres Inovia a mené ses propres essais en 2017 sur deux sites avec des semis d’orges, de blé ou de féverole. « Les résultats montraient des indices en faveur de la confusion par les couverts car la proportion de tournesols indemnes était plus forte pour les semis sur couverts, précise Christophe Sausse. Mais il semble nécessaire de détruire le couvert suffisamment tôt avant le semis de tournesol de façon à éviter sa concurrence. » Ces résultats restent à confirmer. Des expérimentations sont reconduites en 2018.

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