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Comprendre sa facture d’électricité pour économiser

Bien décrypter sa facture d’électricité et comprendre sa consommation peut permettre de faire quelques économies. Mise en lumière de plusieurs points clés.

Depuis janvier 2016, le marché de l’électricité s’est libéralisé. Entre les contrats au tarif réglementé et ceux au tarif du marché libre, l’utilisateur peut vite se perdre. « Tout dépend de la puissance électrique dont on a besoin », estime Hervé Poitou, chargé de mission énergie à la chambre d’agriculture de l’Eure. Si la puissance contractée est inférieure à 36 kVA (1), l’agriculteur peut avoir accès à l’offre « tarif bleu » d’EDF. Dans ce contrat, le tarif de l’électricité est réglementé par l’État. Autre possibilité : souscrire une offre de marché, où les tarifs ne sont pas encadrés. Les 36 kVA correspondent à la somme des puissances des machines susceptibles de fonctionner en même temps. Au-dessus de 36 kVA, les tarifs réglementés n’existent plus. C’est donc à l’agriculteur de souscrire l’offre la plus opportune. Et ce ne sont pas les fournisseurs d’électricité qui manquent : EDF, opérateur historique certes, mais aussi Engie, Direct énergie et d’autres se disputent la part du gâteau.

Seule la moitié de la facture peut être négociée

Dans certaines régions, des agriculteurs se sont regroupés afin de négocier les contrats d’électricité. C’est le cas dans les Landes où une association d’irrigants, gros consommateurs d’électricité en période estivale, a réalisé un appel d’offres. « Toutefois, négociés ou non, les tarifs ne varient pas du simple au double. Au maximum, le montant varie de 10 %, relativise Florence Garez, conseillère énergie à la chambre d’agriculture des Landes. En réalité, seul un tiers du montant peut être négocié. » La facture d’électricité se décompose en trois parties, chacune avec un tarif fixe et un tarif variable. La première partie dite "électrique", est celle qui comptabilise la consommation d’énergie, en Kwh, et qui peut varier selon le fournisseur. « Elle peut comprendre un abonnement selon la puissance souscrite, explique Florence Garez. Cela dépend du fournisseur. S’il n’y a pas d’abonnement, il faut savoir que ce manque à gagner pour le fournisseur est répercuté sur le tarif de l’électricité. » La deuxième partie correspond au coût de l’acheminement de l’électricité. Appelée Turpe (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), elle est composée d’un abonnement fixe et d’une part qui varie selon la consommation d’électricité. Elle permet l’entretien du réseau et des compteurs. « La grille tarifaire est réglementée, c’est la même quel que soit le fournisseur », ajoute la conseillère des Landes. Ensuite viennent les taxes. À la TVA classique, s’ajoutent trois autres taxes spécifiques. La première, qui est fixe, est la CTA (Contribution tarifaire d’acheminement). Les deux autres, la TCFE (Taxe sur la consommation finale d’électricité) et la CSPE (Contribution aux charges de services publics de l’électricité) varient selon la consommation en kWh. Les parties réglementées de la facture sont revues chaque année. « Sur une facture d’un agriculteur, la moitié de ce qu’il paye représente sa consommation. La contribution au Turpe correspond à 19 % du montant. Les taxes, hors TVA, rassemblent 27 % de la facture », expose Florence Garez.

Un contrat selon le profil de l’agriculteur

Petite difficulté supplémentaire, les factures ne sont pas présentées de cette manière : les charges fixes et variables, ainsi que le Turpe sont réparties entre l’abonnement et la consommation. Elles ne sont donc pas visibles. Pas facile alors de comparer les contrats. D’autant plus que les fournisseurs n’aident pas. « Selon le type d’abonnement, le fournisseur n’apporte pas les mêmes informations, ce qui ne facilite pas l’analyse de la facture, fait remarquer Jean-Yves Carré, référent énergie à la chambre d’agriculture du Finistère. Pour les contrats supérieurs à 36 kVA, il faut solliciter chaque fournisseur pour avoir leur proposition. » Toutefois, un service médiateur de l’énergie propose un site internet aux professionnels(2) pour comparer les contrats inférieurs à 36 kVA. Qu’il soit réglementé ou non, le contrat peut varier avec une souscription d’un tarif de base ou d’heures pleines/heures creuses. Ces contrats sont bien souvent conclus pour un an et reconduits tacitement. « Le contrat choisi doit dépendre du profil de l’agriculteur, résume Hervé Poitou. L’appel de puissance (la puissance maximum demandée à un instant T, ndlr) ne sera pas le même si le céréalier irrigue ses parcelles ou s’il stocke sa production chez lui. » Dans l’optique de faire des économies, certains agriculteurs choisissent de s’équiper de plusieurs compteurs de faible puissance. « Cela évite de s’équiper de nouveaux transformateurs », ajoute le Normand. Mais pour Florence Garez, « qui dit plusieurs compteurs, dit plusieurs contrats et donc plusieurs abonnements. Il ne faut donc pas oublier de prendre en compte le coût de l’abonnement ».

Prendre en compte les services attenants

Hormis si le contrat ne dépasse pas les 36 kVA, où le compteur disjoncte, le risque de dépassement de puissance est également à prendre en compte. L’électricité est vendue plus cher et le prix peut aller jusqu’à 10 €/h. « Prenons le cas d’un irriguant qui souscrit un contrat de 36 kVA, en période d’irrigation et de 0 kVA en période hivernale. S’il ne disjoncte pas son compteur, il a intérêt à surveiller sa consommation d’électricité pendant cette période, illustre Florence Garez. Une consommation parasite peut faire grimper la facture. D’où l’importance de bien vérifier si la puissance appelée souscrite correspond à celle consommée. » Avant de changer de fournisseur, il faut prendre en compte les services attenants au contrat. « Lors d’un dépassement de puissance, par exemple, certains fournisseurs alertent le client de leur consommation anormale, raconte Florence Garez. Ce qui lui permet d’éviter une facture trop salée. » La durée du contrat, la possibilité de le résilier ou la manière dont le tarif est calculé sont aussi des points d’attention. De manière générale, il n’y a pas de difficultés pour changer de fournisseur tant que les clauses sont bien définies. C’est en principe au fournisseur de s’occuper des démarches avec son prédécesseur. Attention, parfois la résiliation peut être payante. « Ce sont tous ces points auxquels il faut faire attention avant de s’engager auprès d’un nouveau fournisseur, précise la conseillère des Landes. Et comme c’est compliquer de comparer les contrats, je conseille de demander une simulation d’une facture complète sur une année. »

(1) 1 kVA correspond à environ 1 kwatt.(2) www.energie-info.fr/Pro

Réaliser une analyse fine de sa consommation

« Quand on reçoit sa facture, au lieu de penser à changer de fournisseur, il faut plutôt réfléchir à comment réduire sa consommation d’électricité », préconise Florence Garez. Quelques points sont à surveiller :

- Avant tout, l’agriculteur doit distinguer sa consommation professionnelle de celle personnelle car souvent le compteur est confondu. « Il est possible d’installer des sous-compteurs pour bien cerner la consommation professionnelle », recommande Jean-Yves Carré, référent énergie à la chambre d’agriculture du Finistère.
- L’utilisateur doit vérifier si son profil convient bien à son contrat. « Il faut analyser sa facture : quelle est la part de l’abonnement, du transport d’électricité, de la consommation, des taxes… rappelle Jean-Yves Carré. Quelle est la consommation annuelle ? Est-elle constante ou périodique (selon l’année, le mois, le jour) ? Quel est le prix de mon kWh hors TVA ?".
- Au-delà de l’analyse de la facture, le conseiller breton encourage les agriculteurs à relever leurs consommations par pas de 10 minutes pendant trois semaines pour bien connaître leur profil. Cela peut se faire par la pose d’un compteur optique sur leur compteur électrique. Le montage réalisé via un prestataire permet de détecter les pics et creux de consommation pour tenter ensuite de les lisser.

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