Aller au contenu principal

Comment garder vos cultures propres avec moins de chimie ?

Réduire le désherbage en préservant les potentiels, sans être débordé par les adventices : la combinaison de leviers agronomiques et du désherbage mécanique apportent des solutions.

Les stratégies associant désherbage mécanique et chimique permettent de réduire significativement les niveaux de traitements.
Les stratégies associant désherbage mécanique et chimique permettent de réduire significativement les niveaux de traitements.
© P. Mischler/Agro-Transfert

En grandes cultures, le désherbage mixte est aujourd’hui le meilleur moyen de réduire l’indice de fréquence de traitements (IFT), cet indicateur du niveau de phytos utilisés sur une exploitation. Cette pratique associe outils mécaniques et programmes herbicides allégés, avec pour objectif la préservation de la propreté des parcelles.

Les résultats sont éloquents pour le colza. « Sur un colza semé à grand écartement, la modalité associant l’application d’un herbicide de prélevée ou de post-levée localisé sur le rang puis un binage procure de bons résultats technico-économiques et un bon IFT », commente Fanny Vuillemin, ingénieur en charge des techniques alternatives de désherbage chez Terres Inovia. Dans cette situation (traitement de 20 cm sur le rang pour un écartement de 45 cm), la baisse d’IFT atteint 56 % par rapport à un programme herbicide de référence.

L’arrivée sur le marché d’herbicides comme Mozzar offre des solutions de rattrapage pour lutter contre les dicotylédones. Ces produits de post-levée permettent d’utiliser herse étrille et houe rotative avec plus de sérénité tout en prenant plus de risques. Si le désherbage mécanique rate, on dispose d’une solution de rattrapage pour contenir les adventices.

Baisse systématique de l'IFT

« Grâce à ces nouvelles matières actives, on peut faire l'impasse sur l’application herbicide de prélevée, biner à 3-4 feuilles du colza et rattraper si besoin avec un herbicide de post-levée », illustre Fanny Vuillemin. En situation de forte pression graminées, le désherbage mécanique est plus complexe et seul le binage s'avère efficient. Dans les situations les plus favorables, le rattrapage ne sera pas nécessaire et les IFT baisseront de 100 %. « Nos essais montrent que c’est souvent un pari gagnant. Même s’il faut mettre en œuvre une solution de rattrapage, l’IFT sera toujours moins élevé qu’un programme classique. »

Sur tournesol, soja et féverole, les essais de désherbages mixtes conduits par Terres Inovia montrent également des résultats intéressants, en particulier avec un herbicide au semis suivi d’un passage d’outils. Ces trois cultures sont semées à grand écartement et se prêtent bien au désherbage mécanique, en particulier au binage. La bineuse permet de détruire une flore plus développée qu'avec la herse étrille, qu'il faudra réserver aux interventions précoces.

L'association gagnante désherbage mécanique + herbicide modulé

Sur féverole de printemps, la modalité la plus satisfaisante associe un programme de prélevée (Challenge + Nirvana) à dose réduite suivie d’un passage d’outil entre 2 et 8 feuilles. « Le désherbage mécanique associé à des herbicides modulés permet de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », résume l’ingénieure. Sur soja, des résultats sur flore simple (mercuriale, morelle, mouron des champs) montrent que « trois passages de herse étrille procurent des efficacités équivalentes au programme chimique de référence associant Prowl puis Pulsar et Actirob ».

Sur pois protéagineux de printemps, les choses sont plus compliquées. « Le développement des vrilles restreint la fenêtre d’intervention des outils mécaniques, explique Fanny Vuillemin. Avant 2 feuilles, la culture est trop sensible. Après l’apparition des vrilles, on risque d'arracher la culture. » Intervenir entre 3 et 5 feuilles, avec une herse étrille ou une houe rotative, puis compléter avec une application de Challenge + Basagran constitue un bon compromis. Des essais conduits par Terres Inovia sont en cours pour comparer l’efficacité de l'étrille rotative et de la herse étrille.

Ne pas sous-estimer les leviers agronomiques

Sur céréales, réduire les traitements chimiques est moins évident : l’écartement étroit en système conventionnel rend délicat le passage de herses entre les rangs, avec le risque de perdre des quintaux en cas d'erreur. Il faut du matériel précis et performant. Surtout, le développement de graminées adventices devient un problème important dans la plupart des régions de production. Difficile dans ces conditions d’alléger les programmes.

La priorité est plutôt d’utiliser à pleine dose les herbicides efficaces, en y associant tous les leviers agronomiques connus pour limiter la production de graines : allongement des rotations, diversification des assolements, utilisation de semences propres, broyage des zones infestées, nettoyage de la moissonneuse en sortant des parcelles sales, labour profond et faux semis à l’interculture, report de la date de semis.

Facile à mettre en œuvre, le report de la date de semis permet l'émergence des adventices qui lèvent à l’automne, dont le ray-grass et le vulpin. Positionnée juste avant le semis, leur destruction sera aisée, facilitant ensuite la maîtrise de ces adventices en culture. Le report de dix jours de la date de semis d’un blé tendre, par exemple du 5 au 15 octobre, réduit les populations de graminées adventices de 50 à 70 % selon les situations.

Bâtir un plan d’action sur plusieurs années

Pour toutes les parcelles à problème, Arvalis recommande de bâtir un plan d’action sur plusieurs années, associant un programme chimique renforcé et ces mesures agronomiques. « En alliant les deux, on arrive à résoudre les problèmes et à baisser la pression adventice », rappelle Delphine Bouttet, ingénieure en charge de la Digiferme de Boigneville chez Arvalis. Pour la spécialiste, c'est le seul moyen de baisser les IFT à moyen et long terme. « Il ne faut pas se priver des dernières solutions herbicides homologuées pour réduire les infestations afin d'introduire ensuite le désherbage mécanique. »

En cas d’infestation par des graminées, le désherbage mécanique s’avère inopérant seul pour diminuer le stock semencier du sol et préserver le potentiel des cultures. Là aussi, les stratégies mixtes se distinguent en associant désherbage chimique à l’automne (de type Défi + Fosburi) et binage en sortie d’hiver : elles permettent de compenser la baisse d’efficacité des antigraminées foliaires comme Axial pratic. Les interventions mécaniques à l’automne n’équivalent jamais les applications chimiques et les fenêtres de tir sont très réduites pour le bassin parisien. Tant que les herbicides d’automne seront efficaces et autorisés, le développement du binage des céréales en système conventionnel reste peu probable.

L’ultra haute précision pour diminuer les IFT

Commercialisé depuis moins d'un an, l'ARA d'Ecorobotix détecte et détruit les adventices dans la culture.
 
Désherbage thermique, électrique, laser… On ne compte plus les prototypes et les innovations censées révolutionner la maîtrise des adventices en agriculture. Mais beaucoup s’avèrent lents, coûteux et peu adaptés aux grandes cultures, en particulier à celles à faible écartement. Deux matériels sortent toutefois du lot : l’ARA d’Ecorobotix et le Sniper technologies de Berthoud. Ces deux innovations ne sont pas des robots autonomes mais restent des concentrés de technologies.

L’ARA est un engin large de 7 mètres, attelé à un tracteur, capable de détecter les adventices et de les traiter en temps réel, à raison de 4 hectares à l’heure. Proposé en option sur les pulvé Berthoud, le Sniper technologie intègre des caméras installées sur les rampes de pulvérisateurs et couplées à un logiciel de reconnaissance. Comme l'ARA, Sniper permet d’identifier les adventices et d’activer instantanément la buse la mieux placée pour les détruire. Ces deux engins permettent de réduire drastiquement l’utilisation d’herbicides. « Nous avons observé une optimisation des IFT de 45 à 85 % », annonce Berthoud, pour Sniper technologies. Jusqu’à 95 %, affirme Ecorobotix, pour l’ARA. Reste leur coût : autour de 25 000 euros pour l’un et 1 800 euros par mètre de rampe pour l’autre, soit 50 000 euros d’option pour un 28 mètres…

Les plus lus

Les disponibilités en azote sont exceptionnellement faibles, au risque d'impacter la récolte prochaine.
Flambée des prix et risque de pénurie pour les engrais azotés
En sympathie avec les prix du gaz, les cours des engrais azotés pulvérisent les records. Pire, l’offre est limitée. Pour espérer…
Surcroît de travail, étalement du parcellaire et allongement des distances... Toutes les conséquences de l'agrandissement doivent être envisagées afin d'en évaluer l'impact sur les conditions de travail au quotidien.
Foncier agricole : quatre questions à se poser avant de s’agrandir
Lorsqu’une opportunité se présente, s’agrandir est souvent tentant. Mais les économies d’échelle ne sont pas forcément au rendez-…
Face aux dégradations, Cécile Ruèche, agricultrice à Bailly dans les Yvelies, a installé des panneaux pour expliquer le rôle des bandes enherbées et en interdire l'accès. Ces zones tampons sont désormais mieux respectées.
Agriculture périurbaine : « Ne pas rester seul face aux incivilités dans la plaine »
En zone périurbaine, incivilités et dégradations des parcelles sont usantes. L’action collective permet de ne pas se décourager…
Les faibles poids spécifiques sont le principal point faible de la récolte 2021 de blé tendre en France. La teneur en protéines est en revanche satisfaisante.
Qualité des blés 2021 : êtes-vous dans la moyenne ?
Ce n’est pas une grande année pour la qualité des blés français, notamment en raison de l’effondrement du poids spécifique sous l…
Le prix du blé dur français a répliqué la forte hausse enregistrée en Amérique du Nord au cours de l'été pour dépasser 400 €/t.
Blé dur : pourquoi les prix explosent malgré une qualité française médiocre ?
La récolte canadienne rachitique fragilise l’équilibre offre/demande du bilan mondial de blé dur, provoquant l’envolée des prix…
Circuler avec les engins agricoles sur les routes très fréquentées requiert des précautions.
Agriculture périurbaine : « Pour accéder à mes parcelles, j’évite les entrées et sorties de bureau »
Circulation difficile, dégâts de lapins, dépôts sauvages… Des agriculteurs situés en zone périurbaine cherchent la parade face à…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures