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Combiner les moyens de lutte contre l’orobanche

Sur les parcelles de colza, chanvre et tournesol touchées par l’orobanche, il n’y pas d’autres solutions que d’associer plusieurs méthodes de lutte basées sur l’agronomie, la génétique, voire la chimie.

On perd 10 quintaux à l’hectare par rapport à une parcelle sans orobanche. » Laurent Batiot sait de quoi il parle. À Fontenay-le-Comte dans le sud de la Vendée, l’agriculteur cherche tous les moyens de débarrasser ses colzas de cette plante parasite. « Il y a une dizaine d’années, je ne soupçonnais pas l’existence de cette mauvaise herbe. Certains de mes colzas produisaient des rendements décevants, moins de 20 quintaux/hectare. C’est en regardant les pieds de colza que l’on a constaté la présence d’orobanches. »
Le colza est précisément touché par l’orobanche rameuse(1). Cette espèce s’attaque à d’autres cultures telles que le chanvre, le tabac, le melon, plus rarement le tournesol, sans compter certaines adventices en sus.


Une plante parasite qui suce la sève


L’orobanche est une plante parasite au sens strict. Quand elle germe sous terre, elle produit un suçoir qui se fixera sur la racine de la plante hôte pour en pomper une partie de la sève. Cette plante hôte s’en trouve affaiblie, avec des rendements en graines réduits comme c’est le cas pour le colza. En France, les infestations d’orobanche sur colza sont confinées à la région Poitou-Charentes et au sud de la Vendée. Étrangement, cette situation semble peu évoluer : on ne trouve que quelques cas d’orobanche rameuse sur colza ailleurs dans l’Hexagone. « On a du mal à expliquer le quasi-endémisme de l’orobanche. Il semble que les sols argilo-calcaires et le retour fréquent du colza dans la rotation aient bénéficié à cette adventice », constate Philippe Simier, du laboratoire de biologie et pathologie végétale de l’université de Nantes. Du fait de son parasitisme, l’orobanche est difficile à détruire sans porter atteinte à la culture hôte. Il existe divers moyens de lutter contre cette peste végétale. Chacun ne procure pas une efficacité élevée. Il est donc nécessaire de les combiner pour réduire l’impact de l’orobanche.


Germinations suicides


Laurent Batiot a diminué la sole du colza et allongé la rotation pour un retour de l’oléagineux tous les six ans dorénavant. Le but est de réduire le stock semencier de la plante et, du même coup, la pression du parasite. « Chaque plante d’orobanche produit de 50 000 à 500 000 graines », précise Philippe Simier. Toujours pour diminuer les graines viables dans le sol, certaines espèces végétales peuvent être utilisées comme faux hôtes entre les années de culture de colza. Ces plantes stimulent la germination du parasite mais ne se retrouvent pas parasitées. L’orobanche meurt. « Le maïs est un bon candidat parmi les cultures faux-hôtes, tout comme le lin, le soja et certains trèfles, remarque Delphine Molenat, chambre d’agriculture de Vendée. Mais la majorité des cultures, les céréales en particulier, n’ont aucun effet sur les graines d’orobanches du sol. La stratégie de germinations suicides des graines d’orobanches peut être mise à profit par l’utilisation de certaines espèces à l’interculture. » En interculture courte d’été, les colza, maïs et navette d’hiver, s’avèrent efficaces pour réduire le stock grainier. En interculture longue d’hiver, la moutarde est la plus performante des cultures intermédiaires testées, devant les repousses de colza et le nyger. Dans tous les cas, une interculture sensible à l’orobanche devra être retournée avant fructification du parasite.


La stratégie clearfield en test


Il existe un déterminisme génétique des variétés de colza à l’orobanche rameuse. Le Cetiom teste la tolérance d’un certain nombre de variétés chaque année.

« Aucune variété ne présente un très bon comportement de résistance vis-à-vis de l’orobanche, prévient Jean-Pierre Palleau, Cetiom. On note d’importantes différences entre variétés et parfois, selon les années. Mais une variété comme ES Alias présente un bon comportement sur la durée. »(2) Pour sa part, Laurent Batiot remarque la bonne tolérance d’ES Artist dans ses champs. À confirmer sur le plus long terme.
Quant à l’utilisation d’herbicides, elle a fait l’objet de diverses études. Mais aucune piste n’a abouti à une lutte chimique efficace sur orobanche tout en préservant le colza. Une voie plus prometteuse semble poindre malgré tout : l’utilisation de l’imazamox sur les variétés tolérantes Clearfield de colza, selon Frank Duroueix, Cetiom et Thierry Guillet, BASF Agro. Mais pour arriver à bout des orobanches de manière efficace, il faudrait prévoir deux applications d’herbicides à base d’imazamox (Cleranda ou Cleravis), voire trois. « À l’issue de plusieurs années d’essais, les meilleurs résultats sont obtenus avec l’application d’imazamox à 25 grammes par hectare à l’automne puis la même dose en sortie d’hiver. On augmente notablement la performance en apportant 25 grammes à l’hectare d’imazamox à trois reprises : mi-octobre, mi-novembre et sortie d’hiver », notent les spécialistes. Mais ces résultats restent au stade de l’essai car la réglementation actuelle ne permet pas d’utiliser les produits à base d’imazamox à plus de 35 grammes par hectare en tout et au-delà du stade « 8 feuilles étalées ». D’autre part, les variétés Clearfield ne sont pas toutes égales de par leur tolérance génétique vis-à-vis de l’orobanche. Pour l’heure, la stratégie de lutte se limite à combiner allongement de la rotation, utilisation de cultures pièges ou faux-hôtes dans la rotation et l’interculture, et recourir aux variétés de colza résistant le mieux à l’infestation par l’orobanche.


(1) Nom latin : Phelipanche (ou Orobanche) ramosa.
(2) Voir www.cetiom.fr

En Europe du Sud, une autre orobanche sur tournesol

Le tournesol est rarement attaqué par l’orobanche rameuse. Mais une autre espèce d’orobanche sévit sur cette culture en Europe du Sud, l’orobanche cumana. Elle se différencie de l’orobanche rameuse par ses fleurs blanches (pourpres chez la ramosa), sa taille élevée et sa tige non ramifiée. Cette orobanche est spécifique du tournesol et très nuisible. Des variétés avec des gènes de tolérance à cette orobanche sont déjà utilisées dans les pays les plus touchés (Turquie, Espagne…). En France, les tournesols Clearfield utilisés conjointement avec l’herbicide Pulsar permettent de bien maîtriser l’orobanche cumana.

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