Aller au contenu principal

Chaulage : dans quelles situations faut-il éviter l’impasse ?

Les sols à tendance acide ont besoin d’être chaulés pour assurer de bonnes conditions de production pour les cultures. Dans quelle mesure prend-on un risque à faire l’impasse sur le chaulage ? Le point avec quelques situations concrètes.

<em class="placeholder">Attention au surchaulage. Dans des rotations à dominantes céréales et colza, il ne faut pas chercher à passer à un pH de 7, mais s’en tenir à 6,5. Au-delà, on risque ...</em>
Attention au surchaulage. Dans des rotations à dominantes céréales et colza, il ne faut pas chercher à passer à un pH de 7, mais s’en tenir à 6,5. Au-delà, on risque de générer des carences induites en certains oligo-éléments.
© Arvalis

Pour maintenir le pH des sols à un niveau compatible avec la production des cultures, le chaulage est un élément clé de productivité dans les situations de sols à tendance acide. Quel risque à faire l’impasse sur le chaulage ? Des sols sont davantage à ne surveiller que d’autres, via des analyses de terre tous les cinq ans idéalement. « Les sols les plus sensibles à l’acidification sont ceux présentant les plus faibles capacités d’échanges cationiques (CEC), à savoir les sols les moins riches en argile et/ou en matière organique tels que les sables, les limons sableux ou encore les limons pauvres en argile », présente Christine Le Souder, spécialiste de la fertilisation chez Arvalis. Des régions comme les Pays-de-la-Loire, le Centre, la Bretagne ou l’Aquitaine sont concernées plus que d’autres régions par ces situations.

« Dans le Grand Ouest, nous avons des sols qui s’acidifient en l’absence de substrat calcaire, indique Anne-Monique Bodilis, ingénieure régionale Arvalis Pays-de-la-Loire. Pour les grandes cultures de notre région, un pH compris entre 6 et 6,8 est bon. Quand on s’approche de 6, il est indispensable de faire un chaulage d’entretien avec un apport modéré d’un produit de type carbonate de calcium plus ou moins grossier pour remonter ce pH de 0,5 point. Si le pH se situe à 5,8, il faut appliquer un produit à action plus rapide comme une chaux ou un carbonate de calcium très fin. »

Toxicité aluminique pour les cultures en cas de pH trop bas

La spécialiste alerte sur l’effet d’une pluviométrie élevée certaines années sur le pH du sol. « De fortes pluies provoquent une lixiviation de certains ions, avec notamment des protons qui prennent la place des ions calcium sur le complexe argilo-humique du sol, avec comme résultat une baisse de pH. Un pH descendant à 5,5 entraîne une toxicité de l’aluminium des sols, en plus de l’impact direct sur certaines cultures sensibles​​ », souligne Anne-Monique Bodilis. Outre l’impact sur certains éléments du sol, le pH agit sur les organismes du sol, comme certains pathogènes. Par exemple, la hernie du chou touche le colza dans des situations de sols acides en certaines régions. Le chaulage est un des moyens de la combattre.

Un chaulage d’entretien tous les cinq ans peut suffire à maintenir un bon niveau de pH. « Sur des sols sableux, il vaudra mieux un apport de produits chaulants en petite quantité tous les deux ou trois ans, car le pH évolue très vite dans ce type de sol », remarque l’ingénieure d’Arvalis. Le massif des Landes de Gascogne est particulièrement concerné. « La gestion du pH et celle de l’eau sont les deux éléments sur lesquels nous travaillons particulièrement dans notre région pour les mises en culture, souligne Julie Campguilhem, conseillère au GRCeta des sols forestiers d’Aquitaine. Dans certaines situations, le pH peut descendre à 5,3 et après des accidents climatiques comme de gros excès de pluies, il peut tomber en dessous de 5. »

Un chaulage tous les deux à trois ans sur les sols sableux

Les agriculteurs de la région doivent composer avec ces caractéristiques en assurant un chaulage d’entretien régulier. L’acidité des sols peut avoir un impact sur les maïs (10 q/ha de pertes enregistrées dans des essais) et davantage encore sur les cultures légumières de plein champ. « Des analyses de sol doivent être réalisées tous les deux ou trois ans. Des cultures comme le haricot ont besoin d’un pH à 6 au moins. La stratégie pour les agriculteurs est de rester dans du chaulage d’entretien avec des apports fréquents de produit de type dolomie, à dose modérée (1 à 1,5 t/ha). Ce type de produit montre une solubilité des carbonates de calcium et de magnésium pas très élevée, mais bien adaptée à un chaulage d’entretien pour une action durable sur plusieurs années. » Pour les situations d’urgence requérant un redressement du pH, des produits à action rapide comme Oxyfertil sont utilisables. Mais ce doit être une action localisée pour passer le cap, avant de revenir à une stratégie de chaulage d’entretien, selon la conseillère du GRCeta.

S’il est conseillé d’obtenir un pH supérieur à 6, Christine Le Souder alerte sur les risques de surchaulage dans certaines situations. « Dans des rotations à dominantes céréales et colza, il ne faut pas chercher à passer à un pH de 7, mais à s’en tenir à 6,5. Au-delà, on risque de générer des carences induites en certains oligoéléments comme le bore sur colza ou le manganèse en blé et orge. C’est déjà arrivé en Bretagne avec des pH amenés à 6,8 ou 7 où des ronds de carence en manganèse sont apparus sur les céréales. » En outre, une remontée trop rapide du pH du sol peut favoriser le développement de maladies comme le piétin échaudage notamment chez les céréales à paille. Reste à trouver le bon équilibre dans son sol et selon les cultures de la rotation.

Les orges plus sensibles que les blés aux baisses de pH

Un réseau d’essais pluriannuels dans différentes régions permet de constater que les pertes de rendements dues à une acidification des sols apparaissent surtout pour des pH inférieurs à 5,5, avec des baisses supérieures de rendement de 10 % par rapport à des parcelles chaulées. Parmi les cultures observées dans ces essais, l’orge apparaît la plus sensible à une acidification des sols (et le colza dans une moindre mesure), notamment par rapport au blé.

<em class="placeholder">Graphique - Pertes de production de différentes espèces dans les témoinsnon chaulés selon leur pHeau sur des essais chaulage répartis sur l’ensemble du territoire ...</em>
Graphique - Pertes de production de différentes espèces dans les témoinsnon chaulés selon leur pHeau sur des essais chaulage répartis sur l’ensemble du territoire français © Source : Arvalis

Chaulage climatique contre gaz à effet de serre

Le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz à l’effet de serre 300 fois plus élevé que le CO2. Issue d’une transformation incomplète des nitrates dans le sol, la production de N2O est déterminée par le niveau de pH du sol. « En dessous de 6,4, les sols présentent une faible capacité à réduire le N2O. Au-dessus d’un palier de 6,8 en revanche, les enzymes des bactéries du sol sont fonctionnels pour réduire ce N2O », présente Catherine Hénault, de l’Inrae de Dijon. Le chaulage a été testé pour pallier ce phénomène de production de N2O. « L’ensemble des sites d’expérimentation a présenté des réductions de N2O de 26 à 66 % avec l’apport de produit chaulant destiné à remonter le pH, avec une valeur médiane d’environ 50 %. »

Les plus lus

Moissonneuse batteuse en action dans une parcelle de blé tendre. Allier. 2024
Moisson 2026 : une qualité rassurante mais des rendements en retrait et localement catastrophiques

Au 16 juillet, la récolte française de blé tendre est achevée ou en passe de l’être dans la plupart des régions. Les…

<em class="placeholder">Thomas Charruault, multiplicateur de luzerne porte-graine dans les Deux-Sèvres (Airvault)</em>
Deux-Sèvres : « Dans mes terres séchantes, j’ai implanté de la luzerne porte-graine pour gérer une problématique de ray-grass résistant »

Depuis 2023, Thomas Charruault s’est lancé dans la multiplication de luzerne porte-graine à Airvault, dans les Deux-…

<em class="placeholder">Annie Genevard, ministre de l&#039;agriculture et Sébastien Martin, ministre délégué à l&#039;industrie,  </em>
Prix des engrais azotés : une aide de 50 euros par tonne « pour tous les agriculteurs »

Le gouvernement français a abondé l’aide européenne aux achats d’engrais azotés pour le monter à 145 millions d’euros au…

<em class="placeholder">Maxime Senet, céréalier à Sainte-Solange, dans le Cher, devant sa moissonneuse-batteuse</em>
Hausse des coûts d'intrants : « Je vais opérer des ajustements d’assolement pour réaliser des économies d’azote »

Maxime Senet est céréalier à Sainte-Solange, dans le Cher. Il cherche à adapter sa stratégie face à l’augmentation du…

<em class="placeholder">Alexis Bouchard, agriculteur à Digny (Eure-et-Loir),&quot;je privilégie l’utilisation d’engrais simples de type P38. Les apports sont quasi systématiques sur betterave, ...</em>
Phosphore : « Je privilégie l’utilisation d’engrais simples pour répondre au juste besoin de mes cultures en Eure-et-Loir »

Exploitant 200 hectares à Digny (Eure-et-Loir), Alexis Bouchard raisonne ses apports de phosphore sur ses cultures avec l'aide…

<em class="placeholder">Bennes arrivant à la coopérative.</em>
Canicule : une moisson des céréales en surchauffe du champ au silo

Les céréales continuent de rentrer dans les silos malgré des conditions caniculaires et des arrêtés préfectoraux réduisant les…

Publicité
Titre
OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
[OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB] : Profitez maintenant de -15% sur votre abonnement annuel*. Code promo SUMMER2026
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures