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Cameline : une interculture pour faire voler les avions de demain

Depuis 2024, Saipol rémunère des agriculteurs pour cultiver de la cameline en interculture. L’objectif est de démocratiser la plante qui peut répondre en partie à une demande croissante en carburant durable pour les avions.

<em class="placeholder">Parcelle expérimentale de cameline en interculture d&#039;hiver au mois de mars en Haute-Garonne.</em>
Camelina sativa est une Brassicaceae cultivée en Europe depuis plus de 3 000 ans pour la production d'huile végétale et de fourrage.
© M.-C. Bidault

La cameline sera-t-elle le carburant du futur ? La réglementation européenne oblige, depuis le 1er janvier 2025, les compagnies aériennes à utiliser des carburants d’aviation durable (CAD). Les objectifs d’incorporation sont de 2 % en 2025, de 20 % en 2035 et de 63 % en 2050. Pour élaborer ces carburants décarbonés, l’Europe a fixé un certain nombre de règles, comme l’utilisation de matières premières (huiles végétales, graisses animales, huiles de cuisson usagées, sucre…), issues de cultures ne concurrençant pas l’alimentation humaine et qui sont peu consommatrices de ressources. Il faut donc trouver des plantes répondant à ces critères, dont on peut extraire de l’huile, et que les pétroliers peuvent ensuite raffiner en les mélangeant au pétrole.

Il existe une plante oléagineuse qui semble cocher toutes les cases. La cameline permet une extraction jusqu’à 36 % d’huile à partir des graines produites. Avec un cycle d’environ 100 jours, elle peut être cultivée en interculture, et consomme peu d’intrants. Enfin, le CO2 capturé par la cameline au cours de sa croissance et quasiment égal au CO2 rejeté lors de la combustion du biocarburant. Cédric Dufour, agronome chez Saipol, explique que « c’est pour toutes ces raisons que la filiale d’Avril travaille depuis plusieurs années à développer une filière cameline en interculture ».

Une interculture rémunérée à 600 euros la tonne

Pour proposer aux futurs producteurs un itinéraire technique robuste, limitant au maximum le risque d’échec, Saipol mène depuis six ans des essais avec Arvalis, Terres Inovia et des coopératives, qui sont équipés pour trier, nettoyer et sécher la graine de cameline. En 2024, les premiers contrats de production ont été proposés à des agriculteurs, avec l’objectif d’implanter 2 000 hectares et de récolter 2 000 tonnes de graines, mais les conditions climatiques sont venues perturber les prévisions. La production n’a été que de 500 tonnes.

Pour 2025, Saipol offre les mêmes conditions, à savoir un prix de 600 €/t pour une graine propre (2 % d’impuretés maxi) et sèche (9 % d’humidité). Si le producteur ne peut pas récolter de graine, « Saipol apporte une garantie commerciale sur le risque météo de 100 €/ha si le cahier des charges a été respecté (variété adaptée, date de semis…) », indique Cédric Dufour. Petit changement cette année, les producteurs doivent passer contrat avec un organisme stockeur et non travailler directement avec Saipol comme l’an dernier.

Un besoin européen en carburants décarbonés de 3 Mt en 2030

La cameline est donc une culture qui peut répondre à la fois à des objectifs économiques, agronomiques (intérêts d’une interculture) et environnementaux, car seulement 25 % de la biomasse aérienne est récoltée, les 75 % restants sont restitués au sol sous forme de matière organique. « Nous visons une production française de cameline de plusieurs dizaines de milliers de tonnes dans les années à venir », indique Loïc Godnair, responsable filière de Saipol. La filiale d’Avril est par ailleurs en discussion avec les pétroliers afin de trouver le prix le plus rémunérateur possible, « pour inciter à la production ». La demande en carburant durable est estimée à plus de 3 millions de tonnes (Mt) en Europe à l’horizon 2030, 14 Mt en 2040 et 20 Mt en 2050. La demande française serait, elle, de 0,4 Mt en 2030 et 2,6 Mt en 2050.

Quelle rentabilité économique pour la cameline ?

Sur la campagne 2024 en interculture d’été (après un pois ou une orge d’hiver), Vincent Lecomte, chargé d’études technico-économiques chez Terres Inovia, indique que, pour un rendement de 6 q/ha et un prix de 600 €/t, la marge brute moyenne de la cameline (intégrant des frais de semences, engrais et herbicides, compris entre 100 et 150 €/ha) est de 235 €/ha avec une implantation en semis direct et sans irrigation. La marge directe, qui intègre des charges de mécanisation et de main-d’œuvre (entre 290 et 340 €/ha), est, elle, de 45 €/ha. En interculture d’hiver, sur une cameline suivie d’un tournesol, les charges d’intrants s’élèvent à 184 €/ha, les charges de mécanisation à 332 €/ha pour un rendement compris entre 5 et 20 q/ha. Le tournesol perd environ 30 % de son rendement comparé à un tournesol de référence en raison notamment du retard de semis et du changement de variété même si les causes sont multifactorielles, précise Vincent Lecomte. Dans les deux cas (été et hiver), le complément de marge généré par la cameline peut être significatif à certaines conditions de pourcentage récolté, de rendement, de maîtrise des charges et de prix de vente. L’assurance activée en absence de récolte est un fort levier de sécurisation.

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