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Biodiversité : les bénéfices des auxiliaires encore difficiles à mesurer

Bandes fleuries, haies, jachères… ces espaces amènent de la biodiversité animale participant à la régulation des ravageurs. Mais pas toujours au point de remplacer l’efficacité des insecticides.

Les bandes fleuries complètent d'autres aménagements paysagers en nourrissant les auxiliaires lorsqu'il n'y a plus beaucoup de fleurs, comme en été.
Les bandes fleuries complètent d'autres aménagements paysagers en nourrissant les auxiliaires lorsqu'il n'y a plus beaucoup de fleurs, comme en été.
© A. Pelletier

Accroître le parasitisme des ravageurs grâce aux auxiliaires : c’est l’un des objectifs des pratiques favorisant la biodiversité dite « fonctionnelle ». Le programme de recherche à large échelle R2D2 montre l’importante marge de progrès dans ce domaine. Dans des parcelles d’essai de l’Yonne, où les insecticides ne sont plus efficaces sur les ravageurs majeurs du colza, « le diagnostic initial en 2020 et 2021 fait état d’un taux de parasitisme des auxiliaires autour de 25 % sur altise d’hiver, charançon du bourgeon terminal, méligèthe et de 10 % sur bruche du pois », rapporte Céline Robert, spécialiste des ravageurs chez Terres Inovia. Or, « des taux de parasitismes ont été mesurés à plus de 65 % sur l’altise d’hiver du colza, le charançon du bourgeon terminal, la bruche du pois et même à plus de 90 % sur les méligèthes dans certains secteurs en France ».

Quelles pratiques mettre en œuvre pour atteindre un optimum de parasitisme supérieur à 60 % ? Des aménagements paysagers ont été créés dans le cadre de R2D2. « Sur la base d’une première année d’essais sur quatre parcelles, on remarque une différence significative d’abondance d’auxiliaires (mesurée sur épis de blé) en faveur de l’impact d’une bande fleurie associée à une haie comparée à une simple bande enherbée. Une bande fleurie seule ou une haie seule montre des résultats intermédiaires, présente Céline Robert. Mais l’effet sur les ravageurs n’est pas perceptible. On voit seulement des tendances en faveur par exemple d’une haie + bande fleurie sur le taux de parasitisme des bruches du pois. »

Chercheur à l’UMR agronomie de l’Inrae à Thiverval-Grignon, Antoine Gardarin expose des résultats de comptage précis sur 25 parcelles, avec insecticide au printemps et bordure spontanée (classique) comparées à des parcelles sans insecticide et bordure fleurie (eco-friendly). « Les larves de grosse altise ont été un peu plus parasitées sur les parcelles eco-friendly (32 % contre 27 % en moyenne). En revanche, le taux de parasitisme des méligèthes a été doublé sur la stratégie eco-friendly (18 %) par rapport à la stratégie classique (9 %). » Un plus pour les bandes fleuries ? « Nous n’avons pas vu d’effet de ces bandes fleuries sur les parasitoïdes mais un effet positif des ressources en nectar fournies par les adventices, notamment les véroniques. Peut-être que les micro-guêpes parasitoïdes ont besoin de ressources à l’intérieur de la parcelle. C’est surtout la ressource en nectar dans celle-ci combinée à l’absence d’insecticide qui a produit cette différence de parasitisme sur les méligèthes. »

Ces résultats récents illustrent la grande complexité de l’impact de la biodiversité apportée par certains aménagements sur la régulation des ravageurs. « Les bandes fleuries ne suffisent pas pour la régulation des ravageurs par les auxiliaires, indique Céline Robert. Des espaces pérennes comme les haies, les jachères et les prairies naturelles permettent davantage l’installation des auxiliaires de façon durable dans le paysage. Les bandes fleuries sont un complément pour assurer la nutrition sur une période de l’année comme en été où il n’y a parfois plus beaucoup de fleurs»

En région Centre, l’association Hommes et Territoires a transposé la stratégie des bandes fleuries aux bords de champs. « Ce sont des espaces semi-naturels importants en plaine céréalière. On a quantifié qu’une exploitation de 120 hectares en Beauce comptait 2 hectares de surface de ces bords extérieurs de champ, avec des problèmes d’adventices à gérer parfois plusieurs fois par an, expose Chloé Swiderski, chargée de mission à l’association Hommes et Territoires. Au travers du programme Agrifaune, des bandes fleuries ont été installées. Elles apportent un cortège végétal fournissant pollen et nectar et pouvant rester durablement dans le paysage avec des espèces vivaces qui ne pourront pas se retrouver en parcelle cultivée. L'outil de diagnostic "Typologie des bords extérieurs de champs adaptée aux plaines céréalières" apporte des informations utiles sur ce type d'ménagement. »

Une fréquentation importante en abondance et diversité de pollinisateurs a été notée en lien avec le niveau de floraison des bandes. Elle s’améliore avec la durée d’implantation. « La bande fournit beaucoup plus de ressources à tous les auxiliaires dès la deuxième année après implantation, avec une récolte de parasitoïdes de ravageurs nettement plus importante en 2020 qu’en 2019. La majeure partie des auxiliaires récoltés dans les bandes fleuries sont des consommateurs de pucerons. »

De la biodiversité piège à altises en interculture

 

 
Le radis chinois peut être utilisé en interculture comme piège à altises. © C. Gloria
On peut tirer profit de la biodiversité apportée par les couverts d’interculture contre des ravageurs. Une piste voit le jour contre les grosses altises du colza : des couverts pièges à altises. « Le principe est de semer une composition avec du radis chinois et de la navette, à proximité de parcelles de colza, présente Michael Geloën, Terres Inovia. Ce couvert est très attractif pour les grosses altises lorsque le colza est au stade le plus vulnérable à leurs attaques. Il détourne les ravageurs de la culture. Dans deux sites du dispositif d’essais R2D2 en 2021-2022 dans l’Yonne, des parcelles de colza présentaient de 0 à 5 larves d’altises par plante alors que les intercultures pièges à proximité en montraient beaucoup plus, entre 5 et 17 larves par pied. » L’expérimentation se poursuit.

 

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