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Auxiliaires : à la recherche de la recette efficace pour réduire la pression des ravageurs

Haies et bandes végétalisées de compositions diverses : sur un espace de 125 hectares de grandes cultures, des chercheurs d’Inrae expérimentent ces éléments du paysage. Objectif : mesurer le temps que prendra l’installation d’une population efficace d’auxiliaires.

Les bandes fleuries du dispositif CA-SyS comportent une grande diversité d'espèces pour favoriser les auxiliaires. Elles sont encadrées de bandes enherbées sur lesquelles grainent les plantes qui peuvent être des adventices. © Inrae
Les bandes fleuries du dispositif CA-SyS comportent une grande diversité d'espèces pour favoriser les auxiliaires. Elles sont encadrées de bandes enherbées sur lesquelles grainent les plantes qui peuvent être des adventices.
© Inrae

Plus le paysage agricole est diversifié, plus le développement des auxiliaires est favorisé. Ce postulat part d’observations in situ dans certaines régions avec un impact des pratiques agricoles. Sur 125 hectares de grandes cultures, Inrae a décidé « d’expérimenter du paysage », selon les mots de Stéphane Cordeau, chercheur à l’UMR agroécologie d’Inrae de Dijon. Bandes enherbées, bandes fleuries, haies… sont mises à l’essai depuis trois ans sur la plateforme CA-SyS (1) qui comporte des parcelles menées en agroécologie. « Nous nous autorisons l’apport d’engrais de synthèse mais nous avons proscrit les produits phytos et de biocontrôle pour que ceux-ci n’interfèrent pas avec le développement des ennemis des cultures. Ainsi, on mesurera le véritable effet des auxiliaires sur ces derniers », explique Stéphane Cordeau.

Placées en bordure de parcelles, les bandes végétalisées font l’objet d’un régime particulier : une bande fleurie de trois mètres, composée d’une grande diversité d’espèces locales et bordée de chaque côté de trois mètres de bande enherbée. « Ainsi, la bande fleurie graine à l’intérieur des neuf mètres de bandes mais pas dans la parcelle, explique le chercheur. Les mélanges fleuris comportent plus de trente espèces locales et sauvages dont certaines peuvent s’apparenter aux adventices comme le coquelicot, la véronique de Perse… »

Au moins trente espèces floricoles dans les bandes fleuries

Chercheur dans l’unité Agronomie d’Inrae de Grignon/AgroParisTech, Antoine Gardarin expérimente divers mélanges floraux. « Nous les diversifions en espèces de façon à apporter beaucoup de ressources aux insectes en nectar et pollen. Nous constatons que ce sont les mélanges les plus diversifiés qui restent le plus longtemps. Au bout de cinq ans, un mélange qui comportait quinze espèces a fini par s’appauvrir, relève-t-il. Il faut au moins trente espèces en tenant compte du fait que certaines d’entre elles peuvent ne pas se développer à cause du type de sol en présence. »

Car la mise en place d’une bande fleurie doit se faire pour plusieurs années sans devoir y retoucher. Les plantes sont choisies en conséquence, avec des espèces pérennes et non annuelles. « Nous mettons l’accent sur le choix d’espèces fleurissant du début du printemps jusqu’à l’automne : certaines fleurissent tôt et d’autres tard en saison… Nous recherchons aussi plusieurs familles botaniques apportant une diversité de formes de fleurs pour attirer une grande variété d’insectes avec du nectar facilement accessible. »

Avec des semences onéreuses, une implantation est faite pour durer au moins cinq ans. Pour leur entretien, le fauchage est préféré au broyage. « Ce dernier peut détruire 80 % de la biodiversité hébergée dans la bande », signale Stéphane Cordeau.

Des haies avec deux strates arborées et une bande enherbée

Les haies n’ont pas été oubliées sur la plateforme CA-SyS. Constituées d’une quinzaine d’essences locales, elles sont localisées sur le pourtour du dispositif avec une longueur totale de 3,4 kilomètres. Elles sont composées d’arbres de haut jet et d’arbustes pour constituer des strates différentes. Elles sont bordées d’une bande enherbée de trois mètres du côté de la parcelle. « Le pied enherbé de la haie est tout aussi intéressant pour la biodiversité que les arbres », souligne Stéphane Cordeau.

Le système mis en place par Inrae a été conçu en concertation avec des conseillers agricoles et des agriculteurs dont des membres du GIEE Tester (2) dans la plaine du Jura. « Outre les effets des infrastructures sur les ravageurs, nous voulons évaluer le temps que cela prend pour que les équilibres écologiques se déplacent au profit des auxiliaires », analyse Stéphane Cordeau. Les mesures sont réalisées en particulier sur blé et colza, sur leurs ravageurs mais aussi adventices avec des carabes connus pour en consommer les graines.

Les cultures sont menées en quatre systèmes culturaux avec 50 parcelles en tout. La plateforme est organisée en outre par bloc de chaque système de culture ou mélangeant les systèmes. « Le but de cette organisation est de vérifier si dans un territoire, il vaut mieux une diversité d’agricultures ou une unique forme de culture pour favoriser la régulation de ravageurs par des auxiliaires », explique Stéphane Cordeau. Cinq ans, voire dix ans : c’est la durée attendue pour obtenir de premières références tangibles sur la plateforme CA-SyS.

(1) Co-designed Agroecological System Experiment.
(2) GIEE Trouver un Équilibre dans nos SysTèmes par l’Expérimentation et les Réseaux.

Avis d’exploitant : Mathieu Barraux, agriculteur à Annoire (plaine du Jura)

 © M. Barraux

« J’ai ressemé des bords de chemins avec des mélanges floristiques »

« Sur mon parcellaire, j’ai ressemé deux bordures de chemin de 1,5 mètre de large sur plus d’un kilomètre avec un mélange d’espèces florales. Ce semis s’est fait dans le cadre d’un partenariat Agrifaune. Je suis membre du GIEE Tester dont une partie des agriculteurs réfléchit à la mise en place de pratiques devant favoriser les auxiliaires et la diversité floristique. Pour respecter la floraison et la montée à graines des plantes nourrissant la faune sauvage, je n’effectue aucun entretien entre le 15 avril et le 15 septembre. Des études menées par des chercheurs d’Inrae et la chambre d’agriculture du Jura sur ces bandes montrent une bonne abondance d’auxiliaires mais une diversité spécifique limitée. Les ravageurs ne sont pas trop présents sur mes parcelles. Je mets en place des couverts végétaux d’interculture en associant des espèces comme phacélie, trèfles, vesces, avoine toujours pour favoriser les auxiliaires. Enfin, aux abords d’habitations, j’ai mis deux petites parcelles de 30 et 60 ares en jachère complète avec un mélange mellifère. »

110 hectares de colza, blé, orges, maïs, soja dont une bonne partie en production de semences ; irrigation.

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