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Aux petits soins pour les bords de chemins

Refuge pour toute une flore et une faune qui ne porte pas préjudice aux cultures, les bords de champs méritent d’être préservés. Voire d'y réaliser des semis spécifiques.

Un refuge de biodiversité sans la vermine. Dans les contextes de grandes cultures, les bords de champs peuvent remplir ce rôle s’ils sont bien gérés. Ils hébergent une faune auxiliaire utile pour lutter contre les ravageurs des cultures et pour la pollinisation des végétaux. Pour plusieurs espèces d’oiseaux, dont celles de petit gibier, c’est une zone privilégiée pour la nidification et la nourriture des jeunes.

Ces bordures de champs sont-elles des nids à mauvaises herbes ? « Nous avons étudié l’effet de différentes périodes de broyage, avec douze parcelles suivies durant cinq ans dans trois départements, présente Caroline Le Bris, de l’association Hommes et territoires. La pratique courante est de les broyer en juin, ce qui n’est pas favorable à la biodiversité en place : insectes auxiliaires et pollinisateurs, perdrix grises en train de nicher… En décalant le broyage en avril et en septembre, on augmente la diversité d’espèces végétales sur la bordure tout en diminuant la présence des mauvaises herbes. On favorise les espèces non adventices. » En outre, un broyage en juin a un impact très négatif sur les insectes pollinisateurs, au contraire de celui effectué en avril ou en septembre.

Pas de salissement des parcelles

Des suivis de flore adventice ont été réalisés sur les parcelles agricoles adjacentes à ces bordures. « Aucun impact des broyages précoces ou tardifs n’a été observé sur la flore adventice. Autrement dit, il n’y a pas de dissémination des espèces des bordures à l’intérieur des champs », souligne Caroline Le Bris. Les espèces présentes en bord de champ ne montrent pas la même écologie que les adventices. Elles sont vulnérables aux pratiques agricoles tels que les traitements herbicides ou le travail du sol.

Pour autant, il peut exister des situations où les adventices sont en nombre sur les bords de champs. « Il faut absolument éviter une mise à nu d’un bord de champ, obtenue par exemple après le traitement avec un désherbant total ou à cause de la dérive d’un produit herbicide, prévient Thomas Gaujard, conseiller environnement de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir. Une telle pratique laisse la place libre aux adventices. Le traitement herbicide doit être effectué dans le champ et non sur le chemin et la bordure. »

Un semoir prototype de bords de champs

Si les adventices sont présentes en quantité sur un bord de chemin, il est nécessaire de le ressemer, avec un mélange de plantes à fleurs favorables aux auxiliaires. À l’occasion d’une journée de présentation des actions Agrifaune, en mai, un équipement original a été présenté : un semoir de bords de champs. « Le semoir, que l’on a baptisé Sem’Obord, se compose d’un rotavator avec un rouleau pour appuyer le semis, ainsi que d’un semoir à petites graines avec régulation de débit proportionnel à l’avancement. Le tout est placé au bout d’un bras d’élagueuse, ce qui permet de semer dans les endroits difficiles d’accès pour un semoir classique », présente Bruno Heckenbenner, chargé de mission Agrifaune et mécanisation à la chambre d’agriculture de la Meuse. L’engin permet une préparation de sol et un semis sur une faible largeur (un peu moins d’un mètre).

Ce prototype a été conçu dans le cadre d’un projet de licence professionnelle avec trois étudiants de l’université de Reims, et il a été construit au sein du lycée agricole de Somme-Suippes (Marne). « Le matériel va être présenté au prochain Sima, et nous espérons que des constructeurs s’empareront de l’outil dans la perspective de le développer ", souhaite Bruno Heckenbenner. Les trois éléments (semoir, rotavator, bras d’élagage) ont été achetés 18 000 euros pour la conception du Sem’Obord. Un tel type d’équipement ne pourrait être acquis qu’au travers d’un groupement d’utilisateurs. Il peut intéresser des sociétés d’entretiens de bords de route ou des fédérations de chasse pour une mise à disposition aux agriculteurs chasseurs.

En savoir plus

Association Hommes et territoires (www.hommes-et-territoires.asso.fr) : divers documents et des informations pour « valoriser ses espaces non cultivés en plaine céréalière »

Comment concilier agronomie et biodiversité des bordures de champs en plaine céréalière ? Article dans la revue Faune Sauvage (ONCFS) n° 305, 4e trimestre 2014

Le Sem’Obord est en vidéo et en photos sur notre site internet : grandes-cultures.reussir.fr

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