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Assolement en commun dans l'Yonne  : « Notre organisation mutualisée du travail est un catalyseur de nouveaux projets »

Dans l’Yonne, les associés de la SEP de Bord ont mis en place une organisation du travail bien huilée, qui permet de gagner en efficacité et de mener de nombreux projets en collectif.

<em class="placeholder">Les cinq associés de la SEP de Bord Brienon-sur-Armançon, dans l&#039;Yonne</em>
Les associés de la SEP de Bord n'hésitent pas consacrer un temps important aux échanges pour préserver les relations et garantir le bon fonctionnement de la structure.
© V. Charpenet

« Toutes les décisions que nous prenons doivent être le fruit d’un consensus », assure Benoît Leprun, associé de la SEP (société en participation) de Bord qui exploite 825 hectares de terres dans le cadre d’un assolement en commun avec Clément Desvaux, Stéphane Bézine, Jean et Pierre Butin. Cette phrase résume bien l’état d’esprit du groupe. La SEP de Bord regroupe quatre exploitations et cinq associés dans une aventure collective qui a commencé en 2009 à Brienon-sur-Armançon, dans l’Yonne. La mutualisation a permis d’optimiser les chantiers, de répartir intelligemment le travail en fonction des compétences de chacun et de lancer des projets d’envergure.

S’appuyer sur les compétences de chacun

L’organisation du travail se fait dans la mesure du possible en fonction des affinités et des compétences de chaque associé. Choix des itinéraires techniques, suivi des cultures, travaux des champs, atelier, bureau… pour chaque poste un référent est désigné. Il travaille systématiquement en binôme, avec un partage d’infos, pour sécuriser la bonne marche de la structure en cas d’absence du référent. « Cette façon de fonctionner allège beaucoup notre charge mentale, nous pouvons partager à tout moment nos problématiques », apprécie Benoît Leprun. Le fait de pouvoir compter les uns sur les autres offre aussi la possibilité aux agriculteurs d’avoir du temps pour eux ou d’être relayés en cas d’imprévu.

La clé de répartition de la SEP de Bord se fait au prorata des hectares apportés, que ce soit pour les achats d’intrants, la vente des céréales ou encore les heures de travail. Une banque de travail permet de rééquilibrer les heures de travail selon un taux horaire basé sur le barème d’entraide du département. Elle a été mise en place, car certains associés, éleveurs par ailleurs, qui ne peuvent pas fournir le nombre d’heures à la SEP à la hauteur de leur surface. C’est le cas de Jean et Pierre Butin (élevage porcin) et de Benoît Leprun (élevage de bovins viande).

Des décisions prises à l’unanimité

Respecter les envies et possibilités de chacun est un des leitmotivs des cinq associés qui consacrent un temps important aux échanges et à la communication pour prendre les bonnes décisions. Pour se réunir, les associés disposent d’un local au siège de la SEP (un ancien poulailler réaménagé), avec une grande de table de réunion, un vidéoprojecteur, des espaces de travail individuels ainsi qu’une kitchenette et des sanitaires. Chaque lundi à 13 h 30, les agriculteurs se réunissent pour faire le point. La réunion peut être rapide en période de pics d’activité, mais elle permet d’organiser le travail et de partager des points de blocage… Dans l’année, des réunions plus longues sont consacrées à l’assolement, aux résultats comptables, au lancement de projets… Pour faciliter la communication, un cahier de suivi des travaux accessible à tous permet de noter les différentes interventions réalisées avec les dates.

Un parcellaire regroupé qui fait gagner du temps

Autre source d’efficacité, la SEP de Bord se caractérise par un parcellaire très regroupé avec 550 hectares presque d’un seul tenant, situés autour des communes de Brienon-sur-Armançon et Paroy-en-Othe, le long de la ligne TGV Paris-Lyon-Marseille. Les parcelles apportées par Benoît Leprun sont, elles, situées sur la commune de Mercy, à trois kilomètres. À la moisson, le travail peut se faire à deux chauffeurs pour la moissonneuse et la remorque. « L’aller-retour jusqu’aux cellules de stockage est très rapide, explique Benoît Leprun. Il faut compter une vingtaine de minutes. Cela nous permet de faire des équipes et de tourner la nuit si nécessaire. » Dans un souci d’optimisation du matériel et de maîtrise des coûts, la moissonneuse-batteuse est légèrement sous-dimensionnée par rapport à la surface. « Il ne faut pas louper les créneaux d’intervention », souligne l’agriculteur.

Pour le reste du matériel, les agriculteurs jouent la sécurité. Ils disposent d’un pulvérisateur (36 m), de deux tracteurs de tête, de trois tracteurs de 160 ch, d’un télescopique, de deux semoirs (à disques et à dents) et de deux bennes de 20 tonnes. Pour le travail du sol, un chisel, un vibroculteur et un Compil complètent le parc. Les charges de mécanisation s’élèvent à 485 euros par hectare en 2025.

Sur le volet trésorerie et charges opérationnelles, la SEP a aussi une organisation bien rodée. Les agriculteurs établissent un budget de trésorerie sur un an et les achats d’intrants se font au maximum en morte-saison (appels d’offres). « Dès le mois de février, nous savons à quel prix il faut vendre le blé pour couvrir les charges », indique Benoît Leprun, qui ne cache pas que ces deux dernières années, les associés doivent faire le dos rond.

Des projets et des investissements grâce à la mutualisation

« La mise en commun des surfaces cultivées est aussi un catalyseur pour mener de nouveaux projets », avance Benoît Leprun qui a rejoint la SEP en 2019. Une des motivations de départ des agriculteurs à l’origine de la SEP est la conversion à l’agriculture de conservation des sols. « Dans l’ADN de la SEP, il y a une sensibilité à l’agroécologie, explique l’agriculteur. L’organisation commune a permis de mutualiser les risques de la transition vers le semis direct. »

Le regroupement a permis d’investir dans un outil de stockage des récoltes de 4 000 tonnes composé de 6 cellules ou de se lancer dans la culture du chanvre (65 ha). Les associés ont également construit un hangar de 1 800 m2 pour stocker le matériel et le chanvre. Il abrite un atelier pour la réparation du matériel.

Les cinq associés prennent le temps d’accueillir des groupes d’élèves en formation agricole ou des agriculteurs qui viennent s’informer sur les pratiques agronomiques en ACS ou le fonctionnement d’un collectif.

L’histoire de la SEP de Bord

L’idée de l’assolement en commun germe en 2009 dans la tête de trois exploitants qui travaillent ensemble pour l’épandage des lisiers : Thierry Desvaux, céréalier, aujourd’hui retraité, et Jean et Pierre Butin, deux frères, éleveurs porcins installés en Gaec. Ils souhaitent aller plus loin dans la mutualisation et lancent un appel aux exploitations voisines dans un rayon de 10 kilomètres autour des communes de Brienon-sur-Armançon et Paroy-en-Othe. Yves Bezine et son fils Stéphane rejoignent alors l’aventure. 300 heures de travail vont être nécessaires pour construire le projet commun. En 2010, les cinq exploitants créent la SEP de Bord, du nom du cours d’eau qui traverse le parcellaire de l’assolement en commun.

Des sociétés commerciales pour les travaux et les bâtiments

La SEP permet d’organiser les achats d’intrants, la vente de la récolte, la conduite des cultures, ou encore la comptabilité. Cette forme sociétaire ne peut pas avoir d’immobilisation, elle est complétée par deux SNC : une ETA qui supporte les investissements matériels et une société pour les bâtiments de stockage du grain et du matériel. Ces deux structures facturent des prestations à la SEP de Bord.

Après le départ en retraite de Thierry Desvaux (installation de son fils Clément) et d'Yves Bezine, le challenge des années à venir pour la structure va être de poursuivre la transition des générations. D’ici à trois ans, Jean et Pierre Butin, âgés de 60 ans, vont partir en retraite et n’ont pas de repreneur. Les membres actuels de la SEP de Bord espèrent bien faire perdurer l’aventure.

Fiche d’identité de la SEP de Bord

825 ha de grandes cultures menées en ACS

4 exploitations : EARL des Ormes (Benoît Leprun), EARL des Racines et Desvaux (Clément Desvaux), EARL Bezine (Stéphane Bezine), Gaec Butin (Pierre et Jean Butin)

Assolement en commun : 230 ha de blé tendre, 200 ha de colza, 170 ha d’orge d’hiver, 65 ha de chanvre, 54 ha de tournesol, 25 ha de pois, 18 ha de maïs, jachère

4000 t de stockage en cellules

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