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AVIS D’EXPERT
Apporter de la régularité au rendement du pois

Le pois se montre sensible aux aléas climatiques, d’où de fortes variations de rendements entre régions et années. Conseils de culture pour minimiser ce risque.

La sole française de pois protéagineux est en baisse régulière depuis 20 ans.
© Markus Hagenlocher

Le pois doit arrêter de faire le yoyo sur ses rendements. Le protéagineux se caractérise par une grande variation de production entre années. « Ce rendement varie du simple au double quasiment alors que pour d’autres cultures, la variation est de 10 à 12 %, remarque Fabienne Boizet, Terres Inovia. C’est cette instabilité qui constitue le principal frein au développement du pois en France. Le rendement moyen a été de 26 quintaux/hectare (q/ha) en 2016 selon la source Agreste du ministère de l’Agriculture mais nous pensons que la réalité était un peu au-dessus, de l’ordre de 35 q/ha. Le pois a pâti des aléas climatiques de 2016 comme d’autres productions. » Il faut remonter à 1999 pour trouver le rendement maximum du pois en France, de l’ordre de 56 q/ha. La surface en pois était triple dans les années 90 de ce que l’on connaît ces dernières années et avait atteint un plafond de 740 000 ha en 1993. En 2016, elle a été de 185 000 ha (dont environ 20 % de variétés d’hiver).

« Le pois est beaucoup plus sensible que les autres cultures aux variations du climat avec des stress thermiques et hydriques qui pèsent beaucoup sur sa production. Or, dans les années 90, la météo était plus stable, observe Fabienne Boizet. En outre, le parasite du sol Aphanomyces a eu comme répercussion une diminution importante du pois à la fin des années 90 dans des régions comme la Picardie ou le Centre. »

Plusieurs semenciers et un projet de recherche

Agri-Obtentions, Momont-KWS, LG (Limagrain), RAGT Semences, Unisigma, Florimond-Desprez (variétés d’hiver) : ils sont encore plusieurs semenciers en France à avoir conservé un programme de sélection spécifique au pois protéagineux. Le projet PeaMust(1) associe acteurs de la recherche publique et privée pour mettre au point des variétés qui pourront tolérer des sols où subsistent de l’Aphanomyces et qui présenteront un rendement stable sur plusieurs scénarios climatiques. Le travail des sélectionneurs se traduit par un nombre d’inscriptions aux alentours de cinq par an au Catalogue officiel français des variétés. Ce flux variétal va-t-il continuer ? Pour les semenciers, le marché des semences de pois protéagineux en Europe peut paraître trop limité, la France étant de loin le premier producteur devant l’Allemagne et la Grande-Bretagne. En outre, la part de semences de ferme n’est pas négligeable pour cette espèce.

Dans la gamme de variétés, Kayanne reste la référence sur le pois de printemps depuis des années. Fabienne Boizet énumère ses atouts : « Kayanne montre une bonne régularité de rendement sur plusieurs années climatiques différentes ; elle a une bonne tenue de tige ; elle fait partie des premières variétés à fleurir ; elle est adaptée à l’ensemble de la France…" Des nouveautés seraient prometteuses mais elles devront présenter les mêmes qualités avec un surplus de rendement.

Soigner la culture du pois dès la préparation du sol

Une bonne production ne repose pas que sur le potentiel génétique, mais aussi sur le mode de culture. Le pois est exigeant en termes de qualité de préparation du sol. « Le semis devra être réalisé à 4-5 cm de profondeur sur un sol bien aéré et sans obstacle sur 15-20 cm, précise Fabienne Boizet. Dans le cas contraire d’un sol tassé, le pois produira moins de nodosités au niveau de ses racines et sera moins bien alimenté. » La remarque est d’autant plus importante que le pois présente un système racinaire relativement peu développé. L’enracinement est peu profond et faiblement ramifié, ce qui peut expliquer sa sensibilité à tout stress hydrique.

La date de semis est cruciale également dans la réussite de son pois. Tout retard est proscrit. « Plus on tarde, plus on décale la floraison, celle-ci devant se faire de mai à début juin. Au-delà, le risque de stress hydrique deviendra important pour le pois et affectera son rendement, souligne la spécialiste de Terres Inovia. Enfin, il faut veiller à ne pas semer trop dense de façon à ne pas favoriser les maladies. » Des dates et densités de semis sont définies selon les secteurs de production et les types de sols.

(1) https ://peamust-project.fr/ (travaux également sur la féverole).

Un atout agronomique à faire valoir

« Le pois est un excellent précédent à blé », entend-on souvent. Selon Fabienne Boizet, l’effet bénéfique du pois du blé qui suit se traduit par + 3 q/ha à + 7 q/ha de rendement. « La légumineuse apporte de l’ordre de 20 à 30 unités d’azote à la culture suivante et elle laisse peu de résidus de culture après sa récolte. » L’introduction d’un pois de printemps dans la rotation permet de recourir à des herbicides originaux autres que ceux utilisés sur céréales, ce qui permet une meilleure gestion des mauvaises herbes sur la rotation. Enfin, selon la spécialiste de Terres Inovia, le pois est une culture qui nécessite moins de temps et de charges (il ne nécessite pas d’azote en particulier) que beaucoup d’autres espèces végétales.

Nous travaillons beaucoup sur la tolérance à l’Aphanomyces

« Nous détenons 55 % de part de marché du pois protéagineux de printemps, avec la variété Kayanne principalement. C’est une variété qui a été inscrite en 2008 et qui présente l’avantage d’être stable d’une année sur l’autre en termes de rendement contrairement à des nouveautés. Mais depuis deux ou trois ans, de nouvelles inscriptions commencent à tenir la route. Notre programme protéagineux a été créé en 1986. Il est basé sur les croisements et la technique du SSD (Single seed descent) qui permet d’obtenir des variétés plus rapidement avec deux générations par an. On ne compte pas plus de cinq ans entre les premiers croisements et l’arrivée d’inscriptions sur le marché. Pour améliorer sa tenue de tige et sa récoltabilité, le pois a été croisé avec des fonds génétiques faits de matériel monotige. Malheureusement, l’utilisation de ce matériel s’est répercutée par une perte de potentiel de production, ce qui explique en partie les niveaux de rendement actuels. On peut en déduire la même chose de la recherche de PMG moins élevé qui visait à réduire le coût de la semence à l’hectare. Nous travaillons beaucoup la tolérance à l’Aphanomyces. Aujourd’hui, il y a des variétés qui peuvent être amenées dans les essais officiels : pas pour être destinées à être cultivées dans des champs fortement infestés mais plutôt pour aider à la stabilité des rendements dans des parcelles avec une infestation légère ou par foyers. »

(1) Responsable pois protéagineux de printemps et orges brassicoles chez KWS Momont.

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