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3 questions à
Administrateur, un métier qui s’apprend

Entrer dans un conseil d’administration, c’est découvrir un monde encore différent de celui de l’exploitation. La formation est l’une des clés pour s’approprier le fonctionnement de la coopérative.

Être administrateur demande de comprendre la stratégie globale de la coopérative afin de prendre des décisions en toute connaissance de cause », estime Annick Brunier, administratrice chez Limagrain depuis décembre 2012. Dans le groupe auvergnat comme dans bon nombre de coopératives, les membres du conseil d’administration ont accès à des formations afin d’acquérir de nouvelles compétences. « Même si elles nous demandent du temps, elles sont nécessaires. Ça donne du sens à nos fonctions et ça fait partie de notre engagement », explique l’administratrice, qui n’y voit que des avantages. La plupart des formations proposées sont plutôt bien perçues. « Tous ne sont pas impliqués de la même manière, mais en général, ces temps rapprochent les agriculteurs entre eux », observe Charlotte De Colonge, responsable communication métiers du grain chez Axéréal. Quant à la coopérative, elle a tout à gagner à transmettre les places d’administrateur à des personnes formées. « Nous voulons augmenter le niveau des formations des cadres pour qu’ils puissent prendre les rênes de la coopérative », expose Régis Serres, président d’Arterris.

Intervenants extérieurs et ouverture sur le monde

Depuis deux ans, chaque administrateur nouvellement arrivé au conseil d’administration d’Arterris suit une formation donnée par la fédération régionale de la coopération agricole. « Elle est composée de trois parties, une sur les outils de gestion avec la lecture d’un bilan, une autre sur la macro-économie avec la connaissance des marchés internationaux et une dernière partie pour apprendre à s’exprimer en public et connaître les bases de la communication, détaille Régis Serres. L’objectif est de mettre à niveau toute l’équipe. Cette formation est également conseillée à ceux qui ne l’ont pas faite auparavant. »
Chez Limagrain, outre les formations sur des sujets précis délivrées à l’occasion des conseils d’administration, une formation d’une semaine est suivie chaque année par tous les administrateurs à l’Ifocap (institut de formation des acteurs du monde agricole et rural). « Là, nous avons des formations d’ordre technique, sociologique, sur la macro-économie ou encore sur la finance », explique Annick Brunier. À cela s’ajoute un séminaire d’une semaine où les administrateurs alimenteront leurs réflexions sur la stratégie de la coopérative à moyen et long terme grâce à des intervenants extérieurs. D’autres formations sont proposées par Coop de France tout au long de l’année. « La dernière que j’ai suivie portait sur le numérique. Je suis également une formation linguistique », illustre l’administratrice.

Des formations qui peuvent aller au-delà du conseil d’administration

Chez Arterris, tous les membres du bureau suivent la formation Sénèque, proposée par Coop de France et l’Essec. « Pendant 15 à 20 jours par an, nous allons nous former sur nos responsabilités spécifiques, présidence, trésorerie, secrétariat, avec une initiation aux marchés mondiaux et des voyages d’étude. C’est aussi l’occasion de se faire un réseau, ce qui est important dans une coopérative », déclare Régis Serres. Chez Axéréal, outre le conseil d’administration, la coopérative dispose dans chaque territoire d’un conseil de région qui représente les adhérents. Chaque année, ces derniers élisent 10 à 20 conseillers. « Ils sont le pouvoir consultatif de la coopérative. En se réunissant trois à quatre fois dans l’année, ils remontent les informations terrain au président du conseil de région », expose Charlotte De Colonge. Depuis un an, la coopérative prépare un espace qui leur est dédié sur l’extranet du site. « Nous comptons ouvrir cet espace début 2017. Les conseillers de région pourront retrouver les comptes rendus de réunion, certaines vidéos de Coop de France sur la prise de décision dans une coopérative par exemple, une foire aux questions, des indicateurs et des chiffres-clés afin de pouvoir répondre aux questions posées par des adhérents. Notre objectif est de leur donner petit à petit toutes les clés pour qu’ils soient des ambassadeurs d’Axéréal », poursuit Charlotte De Colonge. Elle ajoute qu’une formation externe en média training est prévue dans le but de les familiariser avec la communication externe. Et les enseignements ne s’arrêtent pas là. « À chaque conseil de région, un membre du comité de direction métiers du grain vient échanger et former les membres du conseil sur un sujet spécifique. C’est aussi une manière de comprendre l’environnement de la coopérative », ajoute-t-elle.

Des visites de terrain pour connaître les outils de transformation

Autre formation toute aussi importante, celle effectuée sur le terrain, proposée par Axéréal depuis plusieurs années à certains conseils de région. La coopérative a généralisé le concept à tous les conseils il y a un an. « Une fois par an, nous proposons des visites de nos différents outils : fabricants d’aliments, meunerie, malterie… Ce n’est que du positif », raconte Charlotte De Colonge. Axéréal n’est pas un cas unique. De nombreuses coopératives sont attachées aux visites terrain indispensables pour comprendre leur fonctionnement.

"Atout jeune" pour préparer la relève

Présente dans plusieurs coopératives, et notamment chez Arterris, la formation « atout jeune » à destination des nouveaux installés, existe depuis quatre ans. « Le parcours comporte 5 à 6 jours de formation pendant lesquels les sujets sont choisis parmi 20 thématiques, ainsi qu’un voyage d’étude. Cela permet aux jeunes de se retrouver entre eux, d’effectuer du benchmarking en se comparant et de se confronter à la macro-économie, précise Régis Serres, président d’Arterris. À l’issue de ce parcours, nous pouvons proposer à certains jeunes de rejoindre notre conseil d’administration en tant que stagiaire d’abord, sans avoir le droit de vote, puis en tant qu’administrateur. »

« Former les administrateurs pour garder la gouvernance »

Professeur de stratégie et d’entreprenariat à la Kedge Business School, école de commerce et de management basée à Marseille, Xavier Hollandts est co-auteur avec Bertrand Valiorgue, d’un Référentiel pour une gouvernance stratégique des coopératives agricoles.

Selon vous, comment doivent être accueillis les « nouveaux » administrateurs ?

À son arrivée, le nouvel administrateur bascule dans un autre monde avec d’autres enjeux. Il est donc important de prévoir un processus d’accueil pour mieux l’intégrer au groupe. Je pense qu’un parcours doit être proposé afin de lui donner une base commune pour connaître le jargon, comprendre rapidement les enjeux et avoir un bon dialogue avec la direction. L’intégration passe aussi par l’autoformation et la transmission des compétences au sein du groupe. Ensuite, l’administrateur doit continuer à se former tout le long de son mandat. C’est à la coopérative d’être à l’écoute et de proposer des formations qui l’intéresseront.

Pourquoi est-ce si important de former ses administrateurs ?

L’arrivée dans un conseil d’administration demande une montée en compétences de l’agriculteur, notamment en technique de gestion ou en management. C’est un cran supérieur à ce dont il a l’habitude puisqu’on lui demande de répondre à des enjeux mondiaux. Or, l’administrateur a pour rôle de valider des décisions. S’il n’a pas les compétences pour s’approprier la stratégie de la coopérative, les dirigeants salariés auront les mains libres. Et c’est dangereux, puisque la direction se couperait du principe coopératif. Les adhérents, via leurs administrateurs doivent continuer à avoir le pouvoir. C’est un enjeu important.

Comment faut-il les recruter ?

Une bonne gouvernance commence par un vrai recrutement. Il faut avant tout anticiper le remplacement et jouer la complémentarité des compétences pour garder des visions différentes de la stratégie. Il est important pour les coopératives de garder un vivier de jeunes administrateurs ou de mettre en place un processus pour repérer les talents de demain. Les coopératives sont face à deux enjeux : féminiser et rajeunir leur conseil d’administration. Si l’élection des administrateurs se fait sans choix, ce n’est pas un signe de santé pour la coopérative ni de bon sens. L’adhérent doit se sentir impliqué en choisissant l’administrateur qui le représente.

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