Serres chauffées : « Il faudra de plus en plus être multi-énergie pour équilibrer les coûts »
Les enjeux énergétiques des serres chauffées se complexifient. Le point avec Vincent Stauffer, fondateur du bureau d’études Agrithermic, spécialiste de l’optimisation énergétique des serres.
Les enjeux énergétiques des serres chauffées se complexifient. Le point avec Vincent Stauffer, fondateur du bureau d’études Agrithermic, spécialiste de l’optimisation énergétique des serres.
Comment faire évoluer la gestion de l’énergie pour ses serres ?
Vincent Stauffer : L’arrêt de la cogénération renforce les objectifs de sobriété et d’efficacité énergétique ainsi que le souhait de recourir à d’autres sources d’énergie, renouvelables ou récupérées. Cette réflexion est indispensable pour préserver les performances économiques des serres. Plus les coûts de l’énergie sont volatils, plus il faudra être multi-énergie pour équilibrer les dépenses. Le développement des énergies renouvelables est aussi envisagé dans un objectif de décarbonation. Il y a désormais une pluralité d’objectifs et chaque entreprise a sa vision des priorités.
Quels leviers d’énergie émergent pour alimenter les serres chauffées ?
V. S. : Aujourd’hui, il y a vingt mégawattheures de chaudières électriques installées, il y a quatre mois, il n’y avait rien ! Cet équipement est à étudier rapidement car d'ici 2 ans, les conditions seront sans doute moins intéressantes, donc l'amortissement plus long.
S’équiper d’une pompe à chaleur peut aussi être une vraie stratégie. En région Paca, il y a 70 % de subventions sur la géothermie. Les modèles économiques de récupération d’énergie fatale via les data centers se diversifient. Certaines entreprises proposent d’investir dans des unités, qui ont la taille d’un conteneur, d’avoir une rémunération via la vente de calculs et de bénéficier de la chaleur produite gratuitement, d’autres ne font que vendre de la chaleur. Ce sont des pistes à étudier.
En quoi consiste l’obligation d’audit énergétique ?
V. S. : D’ici le 11 octobre 2026, les exploitations dont la consommation annuelle se situe entre 2,75 et 23,6 gigawattheures doivent avoir réalisé un audit énergétique réglementaire. L’audit additionne toutes les énergies quels que soit l’usage, le gaz pour la serre mais aussi le carburant des tracteurs, au niveau du Siren.
La production photovoltaïque en fait partie, après déduction de la partie revendue. Il semble que les sociétés productrices d’énergie comme les cogénérations ne soient pas concernées. Au-delà de 23,6 gigawattheures, un système de management de l’énergie est à mettre en place. Il doit être conforme à des référentiels comme l’ISO 50001.
Un audit peut-il aider à faire évoluer son mix énergétique ?
V. S. : L’objectif de l’audit réglementaire est d’inciter à réduire la consommation mais sans vraiment analyser les moyens. La décarbonation via le recours à des énergies renouvelables n’est pas non plus prise en compte. Nous proposons d’aller plus loin avec un audit qui intègre un diagnostic pour transformer l’obligation en un outil pour optimiser le pilotage énergétique et économique de la serre. Il est impossible d’avoir une approche standardisée tant les paramètres varient d’une serre à l’autre. Prendre le temps de bien cadrer les objectifs est essentiel. Certains veulent maintenir la performance pour mieux transmettre d’ici 3 ou 5 ans, d’autres se projettent dans le futur à dix ou quinze ans. On ne donnera pas les mêmes conseils.
Quels sont les points de vigilance ?
V. S. : Pas moins de neuf critères sont à considérer pour évaluer l’efficacité énergétique d’une serre. Il faut donc réfléchir globalement. Ainsi, par exemple, si on recourt à une pompe à chaleur, ça ne chauffera pas l’eau aussi fort qu’une chaudière gaz. Donc il faudra augmenter les tubes de croissance ou compléter par un écran. Au centre CTIFL de Balandran par exemple, la pompe à chaleur assure une eau à 45 °C. Deux écrans thermiques complètent l’équipement. Ils chauffent la serre ainsi et ça marche.