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LÉGUMES
Relever le défi technique de la bio

Prince de Bretagne fête cette année ses 20 ans d’engagement dans la production biologique. L’expérimentation et de nouveaux outils permettent de produire en bio un nombre croissant de légumes.

« Quand en 1997, quelques producteurs Prince de Bretagne ont décidé de se lancer dans la bio, le challenge était avant tout technique, rappelle Jean-Jacques Le Bris, président de la Commission Bio du Cerafel. Il a fallu revoir nos systèmes, expérimenter, innover ». Si certains légumes se cultivent assez facilement en bio, d’autres sont plus compliqués à produire comme la carotte, l’endive, la laitue iceberg... En plus des essais des producteurs, le Cerafel a donc décidé en 1998 de dédier la station Terre d’Essais à l’expérimentation en bio, d’abord en plein champ, puis sous abri à partir de 2013. S’y ajoute le travail de l’OBS, Organisation bretonne de sélection, qui sélectionne les variétés les plus adaptées à la production biologique bretonne. Enfin, les producteurs bénéficient du développement de la bio qui amène les fabricants à proposer des outils de plus en plus performants, larges et abordables.

  • Revoir son système

    « Quand on se lance dans la bio, il faut diversifier ses cultures et raisonner sur l’ensemble de la rotation et non par culture », insiste Georges Guezennoc, producteur à Kerlouan (29). Alors qu’il produisait surtout des échalotes et des endives, il a introduit dans ses rotations le chou-fleur, le brocoli, la carotte, la courgette, le potimarron, le maïs, le haricot vert, les petits pois. Tous les producteurs implantent aussi des engrais verts et des essais sont menés à Terre d’Essais sur de nouveaux mélanges et dates d’implantation.

  • Des variétés adaptées à la production

    Les variétés utilisées en bio sont en général différentes de celles du conventionnel. Les résistances et tolérances sont essentielles. Sous abri, les producteurs recherchent aussi des variétés adaptées à la production en sol, qui peuvent être moins ou pas chauffées. Ces dernières ont plus de goût et, en tomate, donnent des fruits généralement plus petits qu’en conventionnel pour répondre à la demande. Les variétés les plus utilisées sont Graziano et Bocati en tomate et Comète en concombre, toutes trois de Vitalis.

  • Protéger les cultures

    Sous abri, la protection des cultures repose surtout sur les résistances, les auxiliaires et l’observation. Producteur de tomate, concombre, pomme de terre et mâche à Plourivo (22), Gaëtan Dauphin bénéficie des auxiliaires naturels (syrphes, praons, aphidoletes...) et en apporte d’autres (aphidoletes, larves de coccinelle, macrolophus...), ce qui lui coûte 4 000 euros par an pour 7 000 m2 de serres. Il recourt aussi au bassinage pour faire tomber les pucerons, enlève les feuilles malades, fait des rotations et utilise des engrais verts mais pas de soufre, nocif pour les auxiliaires. En plein champ, les dégâts majeurs sont causés par les oiseaux et les lapins, contre lesquels les moyens de lutte sont limités (filets, effaroucheurs). Les producteurs utilisent parfois des produits naturels et aussi des filets contre les mouches, évitent certains engrais verts comme la phacélie, qui peut favoriser le botrytis. Les essais de Terre d’Essais ont ainsi permis de régler le problème des noctuelles sur brocoli avec l’application de Spinosad à un stade très précoce. La station travaille aussi sur la technique du pushpull contre la mouche du chou et sur la mise au point d’un outil d’aide à la décision contre les maladies de l’échalote.

  • Production en sol

    L’Agriculture Biologique implique un lien au sol également sous abri. Comme en plein champ, les producteurs font donc des rotations et engrais verts, pour notamment casser les cycles des parasites, ils apportent fumier et compost, travaillent le sol et utilisent des paillages. Terre d’Essais teste ici un paillage en paille, pour réduire la quantité de plastique utilisée et maintenir l’humidité du sol.

  • Préserver la vie des sols

    En bio, la préservation des sols est essentielle. Le labour n’est donc pas systématique et est remplacé souvent par un travail superficiel (fissurateur et herse rotative...). Les producteurs sont aussi opposés à la désinfection vapeur, qui détruit la vie du sol et consomme de l’énergie. Et ils évitent de tasser les sols. Jean-Jacques Le Bris, producteur à Pleumeur-Gauthier (22), a ainsi investi en 2017 dans des roues de tracteur supplémentaires pour répartir le poids du tracteur sur une plus grande surface.

  • De nouveaux outils de désherbage

    « En bio, le principal ennemi est la mauvaise herbe , souligne Jean-Jacques Le Bris. Une culture affaiblie par les adventices résiste moins bien aux parasites et maladies ». Les producteurs et Terre d’Essais ont travaillé les engrais verts, les faux-semis, les paillages et le désherbage mécanique. Et ils se servent des nouveaux outils proposés par les fabricants. « Beaucoup ont un guidage GPS pour le semis et tous les travaux, et on voit aujourd’hui apparaître le guidage par caméra ». Il est aujourd’hui possible de biner à 1 cm du rang, ce qui a permis de développer la carotte, l’endive, l’iceberg. Les outils sont aussi plus larges. Jean-Jacques Le Bris dispose d’une bineuse qui permet de biner 9 rangs de brocoli et 12 rangs de salade. Les producteurs utilisent aussi le désherbage thermique pour désherber sur le rang avec une consommation de 30 kg/ha de gaz. Cela est utilisé en carotte en pré-levée. Un désherbage manuel complémentaire reste toutefois nécessaire sur le rang. En carotte, les besoins peuvent varier de 80 à 500 h/ha.

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