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Vu par le spécialiste
Pomme : "les bâches anti-pluie sont efficaces mais pas assez durables"

Les bâches anti-pluie combinées au filet paragrêle protègent les pommiers de la tavelure mais favorisent la maladie de la suie.
© V. Bargain

Témoignage de Nicolas Drouzy, conseiller arboriculture à la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc.

Nous avons testé les bâches anti-pluie pour protéger un verger de pommier de Golden contre la tavelure pendant deux ans au verger de Poisy. Les deux systèmes de bâche, déployés après la floraison, ont été aussi efficaces que la référence traitée et aucun symptôme de tavelure n’a été observé à la récolte. Sur le témoin hors bâche avec arrêt des traitements à la fermeture des bâches, des dégâts de tavelure ont été observés sur 27 % des fruits en 2016 et 4,8 % en 2017. L’IFT (Indice de fréquence de traitement) total a ainsi pu être réduit de 40 à 60 % selon les années. Les rangs sous bâche ont aussi eu de meilleurs résultats que les rangs témoin non traités sur tavelure tardive et sur gloeosporiose. En revanche, les pressions d’oïdium et de maladie de la suie sont beaucoup plus importantes sous bâche. Près de 50 % des fruits étaient atteints par la suie les deux années d’essai sous la bâche combinée. La modalité bâche combinée était constituée de deux demi-bâches de 1,70 m qui se poursuivent avec du filet paragrêle pour couvrir l’inter-rang. Ce système maintient l’hygrométrie jusqu’à la récolte d’où ces résultats sur suie. La version filet superposé à deux demi-bâches de 1,40 m ne pose ce problème. Le premier frein de ces systèmes est leur coût. Nous avons évalué le coût d’équipement par hectare à 42 000 € pour le système bâche + filet superposé et à 32 000 € pour le système bâche/filet combiné, contre 13 000 € pour un système de filet paragrêle croisé. De plus, ces investissements n’ont pu être amortis que sur trois ans dans l’essai au verger de Poisy. Les bâches se sont en effet déchirées à cause des orages ou se sont usées au niveau des poteaux. Et c’est sans compter le temps de main-d’œuvre pour l’installation 1,5 à 2,5 fois plus élevé par rapport au système filet seul. Il faut aussi compter sur des irrigations plus fréquentes durant la durée de couverture des bâches. Malgré une réduction du coût de la protection phytosanitaire, l’irrigation entraîne un surcoût par hectare sur les deux ans d’essais de 1 000 € pour la modalité « superposé » et de 2 500 €/ha pour la modalité « combiné » par rapport à la modalité « témoin » sous filet uniquement. Les bâches ne sont pas à exclure des techniques alternatives à la réduction des produits phytosanitaires, mais celles disponibles actuellement ne sont pas adaptées à cette utilisation dans nos vergers actuels.

A lire aussi : cerise - des bâches anti-pluie comme assurance récolte

 

Rédaction Réussir

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