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Plastiques agricoles : « Permettre aux agriculteurs de déposer leurs déchets sur un site dédié »

Unique en France et en Europe par son mode de fonctionnement, Récupagrie Comtat, plateforme associative de recyclage des plastiques agricoles usagés joue un rôle économique et environnemental. Son succès auprès des agriculteurs du Vaucluse l’a poussé à s’agrandir.

Croire que Récupagrie Comtat est une simple plateforme de recyclage permettant le regroupement des déchets plastiques agricoles, c’est voir uniquement la partie émergée de l’iceberg. Et c’est surtout ne pas avoir rencontré Michel Recordier, son président. « Récupagrie est une organisation sous la forme associative, unique en France et en Europe », assure avec une fierté légitime ce maraîcher à l’origine de l’association, dirigée uniquement par des agriculteurs et située à Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse.

Plus de 1 300 tonnes de plastiques usagés

« En 2006, nous avons commencé par une vingtaine d’agriculteurs de la communauté de communes de Sorgues du Comtat, trois bennes de 30 m3 et un terrain prêté par la commune de Monteux », relate celui qui est d’abord producteur de légumes sous abri à Carpentras. « Notre objectif était de permettre aux agriculteurs du territoire de déposer leurs déchets agricoles – sacs d’engrais, goutte à goutte, bâches pour serre, petites chenillettes, sacs pour paillage blancs ou de couleur… – sur un site, afin d’éviter que ces derniers ne finissent à l’enfouissement, ou pire dans la nature », explique-t-il.

Récupagrie Comtat a très rapidement suscité un intérêt auprès d’autres agriculteurs, d’autant que la réglementation a progressivement interdit la mise en décharge. « Pour avoir le droit d’apporter sur le site, chaque adhérent règle une cotisation d’adhésion annuelle de 100 euros pour financer le travail de secrétariat et d’agréage », explique le président. Aujourd’hui Récupagrie compte 400 agriculteurs adhérents et étend son action au-delà du département du Vaucluse.

« En 2023 dans le Vaucluse, 75 % des tonnages de plastiques agricoles usagés de maraîchage ont été collectés par Récupagrie Comtat, soit 25 % des tonnages de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur », assure Michel Recordier. Au total, ces volumes représentent plus de 1 300 tonnes de déchets et sont en croissance chaque année. Près de la moitié de ce tonnage (714 t) est composée de films de paillage (incolores et colorés) autrefois fois mis en décharge. Des films de serre (250 t) et des gaines souples d’irrigation (122 t) sont également collectés en grande quantité.

Gratuit si pas de coûts de recyclage

Aussi en 2020, Récupagrie Comtat a dû voir plus grand. D’autant que l'association a signé des conventions avec plusieurs collectivités locales pour mettre en avant l’existence du site avec interdiction de mise en déchet dans les déchetteries communales. L’association s’est alors installée sur un site de 6 000 m2 à Pernes-les-Fontaines. Facilement accessible, l’endroit dispose de box béton modulables pour accueillir chaque type de déchet, d’un pont-bascule pour les pesées et d’un local administratif.

« L’investissement représente 500 000 euros, dont une large partie vient de financement du département et de la région », mentionne le président. Le dépôt des déchets plastiques est gratuit pour ceux qui ne demandent pas de coûts de recyclage de la part d’Adivalor (voir encadré). Les producteurs peuvent apporter leurs plastiques tout au long de l’année : un jour par semaine de novembre à mai et deux jours par semaine de juin à octobre. « Nous proposons également des enlèvements à la ferme chez les gros producteurs du Vaucluse tout au long de l’année », précise Michel Recordier.

Il s’agit essentiellement de plastiques usagés facilement recyclables comme les bâches de serre, les films de petits tunnels, les gaines souples d’irrigation, les sacs d’engrais et les big-bags. Pour les autres, films de paillage, bâches de serre enterrées, gaines rigides, plaques de plants de fraisier… le tarif est de 186 euros ou 324 euros la tonne selon la nature du déchet plastique. « C’est ce que nous payons à Adivalor lors de leur enlèvement. Depuis 2019, nous demandons à nos adhérents de régler le jour même de leur apport sur le site afin d’éviter de fragiliser notre trésorerie », précise le président.

Offrir une nouvelle vie à ces plastiques

Lorsque l’agriculteur fait un apport de plastique, il reçoit une attestation lui mentionnant le volume du plastique livré. À la fin de sa saison, il peut ainsi connaître le volume total qu’il a déposé sur le site. Cela permet aussi de calculer sa cotisation pour l’année suivante. Les jours d’ouverture, un prestataire de services contrôle la quantité et la qualité des plastiques amenés.

Une fois le plastique déclaré propre au recyclage, celui-ci est parqué suivant sa classification (paillage, bâche de serre…). Puis le plastique est compacté et transporté dans les usines de recyclage. Au-delà de la lutte contre la pollution, la valorisation de ces déchets permet également d’économiser des ressources en offrant une nouvelle vie à ces plastiques ainsi transformés en sacs-poubelle, sacs de tri sélectif… « Récupagrie est une entreprise pionnière qui joue un rôle économique et environnemental important », conclut son président.

 

Plastiques agricoles collectés et recyclés

Adivalor agit auprès de l’ensemble des filières agricoles de production. L’organisation intervient sur la collecte et le traitement de trois grandes catégories de déchets de l’agrofourniture : les emballages vides (sacs, big-bags…), les plastiques usagés, notamment les films de maraîchage, les filets paragrêle ou les gaines souples d’irrigation, les déchets dangereux comme les PPNU (produits phytopharmaceutiques non utilisables).

Ainsi, 25 types de déchets sont triés, collectés et valorisés séparément. 300 000 utilisateurs professionnels, agriculteurs et professionnels des espaces verts, trient à la source, préparent et apportent chaque année leurs plastiques et emballages usagés dans l’un des 8 500 points d’apport mis à leur disposition par les 1 300 opérateurs de collecte partenaires d’Adivalor. Après regroupement, les déchets sont enlevés par les 110 entreprises de collecte de déchets référencées. Plus de 90 % des emballages et plastiques agricoles usagés collectés ont été recyclés en 2023. Un programme ambitieux de création d’unités de recyclage en France devrait permettre de recycler 40 000 tonnes d’emballages et plastiques usagés supplémentaires sur le territoire français d’ici fin 2024.

Le recyclage des films de paillage

Les films de paillage représentent plus de la moitié des tonnages collectés sur le site de Récupagrie. En France, ces films usagés représentaient plus de 10 000 tonnes collectées en 2023, soit 90 % du gisement. Près de 100 % des films de paillage collectés sont recyclés, la grande majorité l’est en France depuis l’ouverture récente de la nouvelle unité Plasticlean. Cette nouvelle unité aura à terme une capacité de traitement de 10 000 tonnes de films par an.

Plasticlean a mis au point un procédé innovant qui assure un nettoyage intensif et efficient des films de maraîchage les plus souillés. La ligne comprend des étapes de broyage, de lavage et de séchage, puis de conditionnement des flocons en balles filmées. Ces matières ainsi recyclées peuvent être directement compressées ou extrudées par des plasturgistes pour être incorporées dans de nouveaux films plastiques. Cette première unité française de recyclage spécifiquement conçue pour régénérer les films agricoles extrêmement souillés devrait être dupliquée dans d’autres pays européens.

En chiffres

400 adhérents

95 % de plastique agricole vauclusien recyclé

100 % des films de paillage collectés sont recyclés

7 millions de sacs-poubelle fabriqués

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