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Pérou : la pomme de terre, un espoir pour lutter contre l’anémie des populations ?

Le Pérou, berceau de la pomme de terre, et le Centre international de la Pomme de Terre, ont engagé des travaux de recherche pour sélectionner une variété de pomme de terre biofortifiée en fer. Consommé comme aliment de base, ce type de pomme de terre permettrait de lutter contre l’anémie dont souffrent les populations pauvres péruviennes.

André Devaux, agronome, chercheur pour le Centre International de la Pomme de Terre (CIP) et membre du conseil d’administration du World Potato Congress (WPC), présente, à l’occasion de l’assemblée générale du CNIPT du 10 janvier, un programme de recherche variétal du CIP et du Pérou pour des pommes de terre biofortifiées en fer.
© Julia Commandeur

Au Pérou, l’anémie affecte près de 40 % de la population. Cette affection, due à un manque en fer, est très liée à la pauvreté et au manque de diversité dans les régimes alimentaires, ainsi qu’à la faible consommation d’aliments riches en fer et à une faible éducation alimentaire. 

Le gouvernement péruvien soutient des programmes de protection sociale afin de suppléer la population en fer. « Mais les dispensaires sont loin des populations qui en ont besoin, les compléments en fer n’ont pas bon goût… bref, il n’y a pas d’efficacité à ces programmes », témoigne André Devaux, agronome, chercheur pour le Centre International de la Pomme de Terre (CIP) et membre du conseil d’administration du World Potato Congress (WPC).

Lire aussi : La pomme de terre serait-elle la solution aux défis que l’agriculture mondiale doit relever ?

 

Le Pérou, berceau d’une diversité génétique pour la pomme de terre

En parallèle, le gouvernement péruvien soutient depuis toujours la production de pomme de terre, étant le berceau de ce tubercule. Le Pérou est d’ailleurs le pays andin où la production de pommes de terre depuis 1990 a le plus progressé. On y note aussi une forte diversité génétique de la pomme de terre [lire l’encadré ci-dessous].

Le Pérou, avec le Centre international de la Pomme de Terre (dont le siège est à Lima) a donc lancé des recherches sur le potentiel de pommes de terre génétiquement fortifiées en fer (par sélection génétique classique)*, pour améliorer la quantité de fer absorbé par les populations grâce à la pomme de terre dont elle est l’aliment de base dans les zones rurales andines. Ce sont 300 g à 800 g de pommes de terre qui peuvent ainsi être consommés par jour et par personne.

*ce programme a été inspiré par les recherches du CIP sur la patate douce et le programme en Afrique pour obtenir des patates douces riches en vitamine A.

 

Des variétés de pomme de terre biofortifées pour les femmes anémiées

Certes, la pomme de terre présente un faible niveau de fer comparée aux autres légumes et aux céréales. Mais elle contient peu de phytates (qui inhibent l’absorption de fer) et au contraire a beaucoup de vitamine C (qui est un promoteur de l’absorption de fer). La pomme de terre a donc une bonne bioaccessibilité pour le fer.

Lire aussi : les atouts nutritionnels de la pomme de terre soulignés par Dr Jean-Michel Lecerf

« Les variétés de pomme de terre biofortifiées présentent en moyenne un contenu en fer 50 % plus élevé que les variétés commerciales. Et la consommation de 500 g de ces pommes de terre fortifiées en fer apporterait 27 % du fer requis chez les femmes vivant dans ces zones rurales andines avec une réserve modérée de fer dans le sang (taux de ferritine autour de 20 µg/L). Elle pourrait même fournir plus de la moitié des besoins des femmes ayant une faible réserve de fer dans le sang (ferritine autour de 10 µg/L). La fortification en fer de pommes de terre par sélection génétique conventionnelle est donc une approche prometteuse ! », conclut André Devaux.

 

La diversité génétique de la pomme de terre

La pomme de terre est originaire des Andes, autour du lac Titicaca. Le tubercule s’y distingue par une énorme diversité avec une variation génétique. Dans les Andes, sont encore cultivées plus de 4 000 variétés natives. Le CIP -le Centre international de la Pomme de Terre- conserve dans une banque de germoplasme plus de 9 100 accessions* et 152 espèces**, in vitro dans ses laboratoires mais aussi sous forme de graines.

*4 894 accessions de pommes de terre cultivées et natives, 2 596 accessions de pommes de terre sauvages et 1 610 clones améliorés.

** 7 espèces de pommes de terre cultivées et native, et 145 espèces sauvages.

 

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