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Au Japon, les producteurs d'Okinawa jouent la carte des cultures tropicales

A l’extrémité sud de l’archipel japonais, les producteurs de fruits et légumes de la préfecture d’Okinawa ont une moyenne d’âge élevée et de petites exploitations. Ils tirent leur épingle du jeu en misant sur la carte des variétés tropicales et de la contre-saison, notamment de l’ananas.

1 500 km au sud de Tokyo, jouissant d’un climat subtropical, la préfecture d’Okinawa regroupe l’île du même nom et un chapelet d’îles plus petites qui s’étendent en direction de Taïwan. Si la vie y est plus décontractée que dans le reste du Japon, les grandes problématiques agricoles restent les mêmes. Comme ailleurs, la main-d’œuvre est onéreuse, et rares sont les jeunes intéressés par le métier. La moyenne d’âge des agriculteurs est donc très élevée et beaucoup ont plus de 70 ans. Dans les régions montagneuses, il existe aujourd’hui des terrains en friche. A l’inverse dans les plaines côtières, les terres manquent car elles sont grignotées par l’urbanisation et le tourisme. De plus, si les Américains ont rétrocédé Okinawa au Japon en 1972, ils ont conservé une trentaine de bases et de camps d’entraînement occupant plus de 20 000 ha dont une partie de terres propices à l’agriculture.

Un revenu décent avec de petites surfaces

La SAU se limite donc à 37 000 ha et elle est morcelée entre 20 000 exploitations. Cependant, les terres cultivées n’avoisinent que 20 000 ha dont 13 000 ha couverts par la canne à sucre. Viennent ensuite les productions fruitière, légumière et florale qui occupent aujourd’hui une place plus importante que le riz ou la patate douce, les cultures vivrières traditionnelles. Elles permettent en effet aux agriculteurs de dégager un revenu décent même avec de petites surfaces. Sur l’île d’Okinawa, la plus fraîche avec des températures oscillant entre 13°C et 20°C en hiver, le développement de serres non chauffées a permis de diversifier les cultures et de produire pratiquement tout au long de l’année. Il s’agit essentiellement de serres plastiques, le plus souvent basses et rapidement démontables en cas de cyclones, fréquents en août-septembre. Compte tenu du climat, la production fruitière est largement orientée sur les espèces tropicales. En particulier sur les îles méridionales où l’on trouve notamment fruit de la passion, fruit du dragon, papaye, ananas et mangue. Cette dernière est également cultivée sous serre sur l’île d’Okinawa où sont par ailleurs produits en plein champ des agrumes locaux (shekwasha et tankan hayata), des pastèques, des mini-bananes ainsi que des ananas plantés sur les terres ferrugineuses des hauteurs de la péninsule de Motobu. Jadis culture phare de la préfecture avec une production de 70 000 t dans les années 1960, les surfaces d'ananas ont chuté avec l’ouverture du pays aux importations, principalement en provenance des Philippines. A cela s'ajoute le manque de renouvellement des agriculteurs car sa culture est exigeante en main-d’œuvre, en particulier pour le désherbage et la récolte.

L’ananas d’Okinawa séduit par son goût

Renouvelées tous les quatre ans, les plantations donnent à partir de la seconde année et les fruits doivent être protégés des oiseaux par des filets lorsqu’ils commencent à mûrir. Si la production a encore reculé de 20,6 % sur les dix dernières années malgré une hausse des rendements de 19 t à 27 t/ha, un léger rebond est toutefois observable depuis 2011 et les surfaces sont aujourd’hui remontées à 316 ha. Peut-être le résultat des initiatives publiques et privées pour développer la notoriété de l’ananas d’Okinawa auprès des touristes nippons... D'ailleurs le balisage d’une route touristique permet de découvrir la région des plantations. L’ouverture d’un parc d’attractions dédié à l’ananas a aussi participé à la mise au point de nouvelles valorisations en lançant des bonbons et des vins élaborés à partir de ce fruit. Mais l’ananas d’Okinawa a également su séduire la clientèle japonaise par son goût très sucré et la facilité à le peler. Les scandales alimentaires récemment survenus en Chine ont par ailleurs amené une frange des consommateurs à revenir aux produits nationaux, quitte à payer plus cher.

Des variétés plus spécifiques à l’île

Cette évolution des mentalités profite aussi à certains légumes. En particulier la citrouille dont la culture est en plein renouveau depuis 2010 en production de contre saison. Profitant des hivers doux, les agriculteurs d’Okinawa jouent de plus en plus cette carte en l’étendant à de nouvelles variétés grâce à l’utilisation des serres. Mais cela reste des petits volumes car les surfaces légumières sont atomisées entre carotte, navet, laitue, pomme de terre, chou, oignon, ail, brocoli, poireau, échalote, tomate, concombre, haricots rouge et vert… Sans compter des variétés plus spécifiques à l’île comme gourde amère, margose, gombo, carotte noire et divers légumes à feuilles de la famille des brassicacées. Consommées fraîches par la population, ce sont pour les exploitants des productions sûres car peu concurrencées par les importations. Enfin, sont également cultivées un grand nombre d’herbes aromatiques et d’épices depuis toujours employées dans la cuisine locale qui est marquée par des influences chinoises et sud-est asiatique. L’île a en effet pendant des siècles eu plus d’échanges avec ces pays qu’avec le Japon qui ne l’a annexée qu’en 1879. Un régime alimentaire auquel les scientifiques attribuent en partie l’extraordinaire longévité des habitants, la population d’Okinawa comptant le plus fort pourcentage de centenaires au monde. Conséquence, ces plantes sont de plus en plus utilisées dans des compléments alimentaires ou des préparations médicinales. Un nouveau débouché minime mais rémunérateur. 90 % du curcuma vendu au Japon vient ainsi d’Okinawa qui produit aussi gingembre, citronnelle, basilic thaï et une myriade de variétés tels lis d’un jour, kwanso, getto, basilic thaïlandais, gymnema, oseille jamaïcaine, larme de Job et basilic sacré.

Des débouchés diversifiés

Si les fruits tropicaux, mangues et ananas en tête, ainsi que le curcuma sont largement expédiés dans le reste du pays, le reste de la production fruitière et légumière d’Okinawa est en quasi-totalité commercialisé localement. Principalement à travers la chaîne de magasins A Coop qui appartient à JA, l’Association des Coopératives Agricoles, et commercialise en priorité les productions de ses adhérents. Cette organisation a par ailleurs conclu un accord avec le croisiériste Genting qui lors de ses escales à Okinawa inclut désormais des fruits et légumes locaux dans ses menus. Il en fait également la promotion avant que les passagers descendent à terre. Des produits qui dans toute l’île sont mis en avant et vendus dans les points d’informations touristiques des zones rurales. De nombreux agriculteurs pratiquent également la vente directe sous une forme inimaginable en France. En plaçant en face de chez eux sur des présentoirs non surveillés des petits paquets de fruits et légumes accompagnés du prix qu’ils en veulent et les clients se servent eux-mêmes déposant l’argent dans une tirelire. Quant à l’armée américaine, elle s’approvisionne aux Etats-Unis mais une petite partie de son personnel et leur famille s’aventurent à acheter des produits locaux moins chers que dans les magasins des bases.

Des mangues qui rapportent

L’introduction de la mangue à Okinawa remonte au début du XXe siècle mais ce n’est pas avant les années 1980 et le début de sa culture sous serre, sur paillis de feuilles de canne à sucre, que sa production s’est développée. Afin d’avoir des fruits d’une apparence parfaite, ils sont durant leur croissance enveloppés d’un sac les préservant des piqûres d’insectes et de petits filets sont placés sous les branches pour qu’ils ne s’abîment pas en tombant une fois mûrs. Des précautions qui payent. Offrir de superbes fruits est une tradition au Japon et les mangues remplacent de plus en plus souvent le melon cantaloup, se vendant alors au minimum 17 € pièce et pour les plus belles et les plus grosses jusqu’à 60 € !

Chiffres

Principales productions 2016

Ananas : 316 ha, 7 770 t

Mangue : 253 ha, 2 035 t

Citrouille : 441 ha, 3 600 t

Margose : 294 ha, 7 876 t

Laitue : 263 ha, 5 390 t

Chou : 256 ha, 6 800 t

Source : MAFF (ministère japonais de l’Agriculture, de la Forêt et de la Pêche)

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