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Asperge : contre le criocère, tous les leviers sont à mobiliser

L’AOP Asperges de France a organisé une journée technique sur le criocère de l’asperge, ravageur qui menace la production d’asperge en France. Tous les leviers doivent être mobilisés.

Depuis quelques années, le criocère cause de plus en plus de dégâts en production d’asperge. « Il est désormais présent dans toutes les régions de production, particulièrement depuis le retrait des néonicotinoïdes, souligne Christophe Paillaugue, président de l’AOP Asperges de France, qui réunit 7 structures pour 150 producteurs, 1 300 hectares d’asperge et 6 000 tonnes commercialisées, soit 30 % de la production française. La pression est forte en Nouvelle-Aquitaine depuis cinq ans, modérée en Pays de la Loire et Centre et elle augmente dans le Sud-Est et le Nord-Est. »

Les dégâts sont liés à l’alimentation des adultes et des larves. Le ravageur s’attaque d’abord aux turions au printemps, perturbant la commercialisation des asperges vertes. Puis, en été, il s’attaque à l’ensemble de la partie aérienne de la plante, réduisant sa capacité photosynthétique. La plante jaunit, se dessèche et dépérit. Les asperges ne peuvent plus faire de réserves, ce qui affecte le rendement des années suivantes. Toutes les plantations peuvent être affectées, le criocère étant vraisemblablement attiré par l’odeur des aspergeraies. « Les plus impactées sont les plantations de l’année et celles de 2 ans », constate Christophe Labrouche, producteur d’asperge dans les Landes.

Favoriser les auxiliaires naturels

De nombreux ennemis naturels des criocères de l’asperge existent, même si aucun inventaire exhaustif n’a été réalisé en Europe. Plusieurs prédateurs s’attaquent au criocère : les chrysopes, qui en mangent les œufs et les larves, les punaises prédatrices, notamment Nabidae et Asopinae (sous-famille des Pentatomidae), spécifique des Chrysomelidae, de nombreuses araignées, des mouches, des guêpes… « Les araignées ont notamment un rôle prépondérant dans la régulation des ravageurs », souligne Raphaël Rouzes, entomologiste à Entomo-Remedium. Des hyménoptères parasitoïdes, qui font leur cycle aux dépens du criocère, peuvent également y participer. Tetrastichus coeruleus est notamment spécifique du criocère de l’asperge, à la fois prédateur des œufs et parasitoïde des œufs et des larves.

« Il est très bien synchronisé avec le criocère de l’asperge, précise l’entomologiste. Mais il n’est pas présent dans le Sud-Ouest. » Des mouches parasitoïdes peuvent également pondre sur les larves de criocère. Et dans la littérature, un champignon, Impudentia crioceris Vujanovic, présent dans les champs d’asperge du Québec, peut également tuer le criocère de l’asperge. « Les auxiliaires naturels peuvent permettre de limiter les populations de criocère, estime Raphaël Rouzes. L’élevage et les lâchers en plein champ ne donnent pas de bons résultats. Il faut aménager l’environnement pour que les auxiliaires présents naturellement se développent davantage. Et cela implique très souvent d’avoir du pollen et du nectar pour les adultes et donc une diversité floristique. »

Pas de solution de biocontrôle pour l’instant

Depuis le retrait des néonicotinoïdes en 2018, seules deux matières actives sont homologuées contre le criocère de l’asperge, la deltaméthrine et la lambda-cyhalothrine. S’y ajoute le produit de biocontrôle Success 4 (Spinosad), en dérogation 120 jours chaque année depuis 2018, utilisable en bio et qui montre une bonne efficacité vis-à-vis du ravageur. « Au vu de sa toxicité et de sa persistance, il ne faut toutefois pas compter sur son homologation », indique Romain Warneys, responsable du groupe Légumes plein champ à Invenio. La menace étant particulièrement importante, Invenio a évalué les leviers mobilisables contre le criocère. Des essais ont été réalisés avec la deltaméthrine et la lambda-cyhalothrine.

« Sur adultes, la mortalité n’est que de 20 % pour la deltaméthrine et 15 % pour la lambda-cyhalothrine, rapporte Romain Warneys. Sur larves, la mortalité est de 50 % pour la deltaméthrine et 40 % pour la lambda-cyhalothrine. Les pyréthrinoïdes ne sont donc pas une solution. » Des essais ont également été menés avec des substances naturelles aux modes d’action variés. « Il n’y a eu aucune différence significative entre le témoin et les produits de biocontrôle, ni sur les larves ni sur les œufs », indique le spécialiste. L’évaluation de quatre produits de biocontrôle basés sur des microorganismes n’a pas eu non plus d’effet significatif. Enfin, des lâchers de chrysopes pendant la récolte des asperges vertes n’ont pas montré d’efficacité. « Les insectes élevés ne sont pas assez rustiques », constate Romain Warneys.

La piste des médiateurs chimiques

Un autre levier en cours d’évaluation à Invenio, en partenariat avec AgriOdor, spécialisé en écologie chimique, est celui des médiateurs chimiques. « L’idée serait d’utiliser ces médiateurs pour attirer et piéger les criocères ou pour les repousser », explique l’expérimentateur d’Invenio. Une méthode de prélèvement des composés organiques volatils de l’asperge a été mise au point. Elle a montré que la partie aérienne de l’asperge contient un composé majoritaire. « Mais ce n’est pas parce qu’il représente 92 % des composés organiques volatils de l’asperge que cela explique tout. Les 8 % restants peuvent avoir un rôle important. » Les analyses se poursuivent. Des travaux ont été engagés aussi sur l’insecte.

« En général, les criocères ne sont pas répartis de façon homogène sur la parcelle, mais par îlots, ce qui pourrait suggérer l’idée d’une phéromone d’agrégation », précise Romain Warneys. Les analyses sont en cours. Et d’autres techniques sont testées par des producteurs ou dans d’autres pays, comme le brûlage avec un désherbeur thermique, l’aspiration ou le soufflage, les nématodes, la terre de diatomée… La piste variétale est également examinée, certaines variétés s’avérant davantage attractives que d’autres pour le criocère. « Tous les leviers doivent être mobilisés contre le criocère », estime Christophe Paillaugue.

Avis de producteur : Christophe Paillaugue, président de l'AOP Asperges de France

« Le criocère est aujourd’hui le problème n° 1 en asperge »

Christophe Paillaugue, président de l'AOP Asperges de France.
Christophe Paillaugue, président de l'AOP Asperges de France.
© V. Bargain

« Le problème du criocère s’intensifie en Nouvelle-Aquitaine et augmente dans les autres régions et je suis très inquiet pour la production d’asperge en France. L'année 2022 a été particulièrement compliquée du fait des conditions climatiques. Le changement climatique multiplie les générations, ce qui génère encore plus de dégâts. Cela pose des problèmes en asperge verte, mais aussi en asperge blanche, car les attaques de criocère épuisent les plantes. Depuis la fin des néonicotinoïdes, il n’y a plus assez de molécules contre ce ravageur, ce qui entraîne des résistances. Nous devons trouver d’autres solutions que chimiques, travailler la biodiversité, les couverts entre rangs et cela implique des recherches pour affiner les espèces à utiliser, pour qu’il n’y ait pas de compétition avec les asperges. »

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