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Equateur : le tamarillo à la conquête du monde

Fruit andin, le tamarillo suscite un intérêt grandissant dans le monde. Les marchés internationaux peuvent-il faire de ce fruit ovoïde une poule aux œufs d’or ?

Le tamarillo ou tomate arbuste est vendu sur tous les marchés d’Equateur et est consommé dans toute l’Amérique latine. Ce fruit ressemblant à une tomate en forme de gros œuf de poule est plus souvent utilisé comme fruit pour une consommation en frais, en jus, etc. Il est aussi employé comme légume ou condiment pour préparer les sauces. Le tamarillo est originaire des régions andines aux microclimats tempérés mais s’est développé dans d’autres régions du monde et a fait son apparition sur les marchés d’exportation. La demande croissante du marché européen et nord-américain vaut que l’on s’y intéresse.

« Tomate arbuste » en langue quechua

Originaire des Andes tempérées (Colombie, Equateur, Pérou, Chili), Cyphomandra betacea ou Solanum betaceum qui appartient à la famille des solanacées comme la tomate, le piment, l’aubergine… est connu dans de nombreux pays tropicaux. Son nom de « tomate arbuste » vient de la traduction de sachatomate en langue quechua. Son adaptation aux climats subtropicaux lui a permis un développement sur tous les continents, et aussi dans les départements et territoires de l’outre-mer tropical. Connu aux Antilles, et surtout à La Réunion, il s'est aussi s’adapté à nos régions méditerranéennes (ainsi l’Espagne s’y intéresse sérieusement) tandis que la Nouvelle-Zélande est leader à l’export avec la Colombie.

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En Equateur, berceau botanique de la plante, on le cultive entre 1 000 et 3 000 m d’altitude. S’il craint les températures inférieures à 5°C, sa culture sous abris plastiques est très fréquente dans les régions fraîches et humides alors que son développement en plein champ est important dans les zones moins froides d’Amérique du Sud, sans pour autant s’étendre sous les climats trop chauds. Les fruits sont meilleurs si les températures nocturnes sont basses et l’hygrométrie élevée. Sa structure végétale le rend sensible aux vents et donc oblige à un palissage. Cette adaptation lui promet un bel avenir dans les régions subtropicales et notamment méditerranéennes.

Les plants de tamarillo sont greffés

Le fruit de tamarillo est ovoïde et sa peau en forme de coque permet de résister facilement au transport, ce qui lui ouvre l’accès à l’exportation en frais. Il pèse de 80 à 130 g. Cet arbuste semi-ligneux à feuilles pérennes (qui peuvent être consommées en légume) peut atteindre 4 m de hauteur. C’est une des cultures les plus lucratives pour les paysans des Andes équatoriennes. Les surfaces sont en plein développement et le marché local est rattrapé par le marché d’exportation (2,5 US dollars par kg bord champ).

Selon la FAO (2018), une augmentation de 70 % des surfaces a été observée entre 2015 et 2018 pour atteindre 7 600 ha. Les plants de tamarillo sont greffés sur le Palo Bobo ou Nicotiana glauca (voir les travaux de l’Université de Ambato et de l’Institut national autonome de recherche agronomique de Quito) et les densités de plantation varient de 1 000 à 3 000 pieds à l’hectare.

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La densité de 2 500 pieds/ha est la plus commune (2 m x 2 m). Les parcelles sont souvent petites, parfois en terrasse et parfois sous abris plastiques. La mise à fruits est rapide (15 mois pour un plant franc de semis et 8 mois pour un scion). Les arbres sont en production une quinzaine d’années. Un plant peut produire jusqu’à 20 kg de fruit. Les fruits récoltés peuvent se conserver deux mois en chambre froide.

En Equateur, les grandes cultures (la banane, l’hévéa, le cacao, le riz...) sont développées dans les plaines très fertiles où les domaines fonciers sont issus d’une histoire coloniale. Les meilleures terres ont été prises aux natifs par les conquistadors et ensuite repris par de grandes sociétés (les surfaces varient de quelques centaines à quelques milliers d’hectares).

Naturalisé aussi en Afrique ou en Océanie

Il n’en est pas de même pour l’agriculture andine développée par les communautés amérindiennes. Ces dernières ayant dû céder leurs meilleures terres vivent ou survivent dans un environnement pédoclimatique plus difficile. Le relief très tourmenté et le climat plus hostile imposent des productions sur de plus petites surfaces et dans des conditions moins évidentes. C’est à ce type d’agriculture qu’appartient le tamarillo. Petites exploitations familiales ou communautaires en polyculture ou polyculture-élevage, dont le tamarillo représente une rentabilité importante.

Si ce fruit est présent sur tous les étals des marchés des pays andins et de leurs voisins, d’autres pays l’ont naturalisé depuis le début du 19e siècle pour en faire une culture reconnue et aussi un produit d’exportation, que ce soit en Amérique du Sud, en Afrique ou en Océanie. Ainsi, les principaux pays producteurs de tamarillos sont : La Colombie, le Pérou, l’Equateur, le Brésil, le Costa Rica, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, le Kenya, les USA (Californie), l’Inde et le Sri Lanka. Les principaux exportateurs sont la Nouvelle-Zélande, la Colombie, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Pérou et l’Equateur. Les principaux importateurs sont la Chine, Hong Kong, l’Indonésie, la Russie, les Pays-Bas, la France et l'Allemagne. Les quantités importées par les différents pays correspondent à des marchés de niche et par conséquent les statistiques sont regroupées avec d’autres fruits tropicaux.

 

 

 

Répéter la success story du kiwi ?

Dans les années 1970 l’agriculture néo-zélandaise se diversifiait grâce l’Actinidia chinensis rebaptisé kiwi du nom d’un de ses oiseaux endémiques. Certains agriculteurs français du Sud-ouest et de Haute-Corse ont repéré le filon et ont surfé sur la vague commerciale déclenchée par ce petit pays du bout du monde, dans l’Hémisphère Sud et loin de tout.

La rentabilité a été à son maximum et nulle autre culture fruitière n’a autant rapporté à l’époque à ses pionniers de l’arboriculture fruitière. Un cas d’école gardé dans les annales. Aujourd’hui, la tomate arbuste rebaptisée tamarillo en 1967 par la Nouvelle-Zélande pourrait-elle suivre ce chemin de la réussite… Tamarillo vient du mot maori de Nouvelle-Zélande, tama qui veut dire leadership, et de amarillo qui veut dire jaune dans la langue de Cervantes. Qu'en sera-t-il de cette culture en France ou en Europe si son marché et sa consommation se développent ? Affaire à suivre…

Une culture de diversification

Peu présente aux Antilles mais beaucoup plus connue à l’Ile de La Réunion, la culture du tamarillo gagne à y être développée comme culture de diversification. Les prix pratiqués sur les marchés réunionnais sont élevés : 5 euros du kg quand il y en a... alors que le fruit peut être produit tout au long de l’année ! Malheureusement, les producteurs rencontrent de fortes pertes à la plantation par manque d’appui technique notamment lors de la multiplication du matériel végétal. Les attaques de phytophtora et de fusarium sont la principale cause de mortalité dans les parcelles.

Le semis (intéressant pour lutter contre le virus TaMV, Tamarillo mosaïc virus) et le bouturage doivent faire place au greffage pour faire front contre ces pathogènes du sol. C’est la seule solution pour protéger les plants. Ce fruit fait partie de l’art culinaire créole. La demande locale existe mais la production fait défaut. Les zones de production sont localisées entre 500 et 1 200 m d’altitude, notamment dans les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie. En zone métropolitaine de climat doux, la culture sous abris s’impose. Elle peut répondre à des objectifs de diversification. Pour ce fruit tropical, les marchés européens sont pour l’heure des débouchés de niche. Qui sait si ce marché prendra de l'ampleur à l’avenir…

En chiffres : l'Equateur

283 520 km² de superficie

17 millions d’habitants

108,39 milliards US dolars de PIB dont 6,8 % pour l’agriculture

1er exportateur mondial de banane (1/4 de la production mondiale)

3e exportateur de fleurs coupées (dont 2/3 de roses)

4e exportateur mondial de cacao

Hommage

Cette rubrique est une fenêtre sur le monde. Thierry Joly l’a régulièrement ouverte en nous faisant partager sa passion pour le voyage, l’agriculture et le journalisme au travers de nombreux articles. Son décès brutal a bouleversé notre rédaction. Notre revue adresse ses condoléances à sa famille et ses proches.

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