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La robotique, innovation de rupture dans le secteur des fruits et légumes ?

La robotique arrive pas à pas dans le secteur agricole. Celui des fruits et légumes est principalement concerné par la substitution potentielle des robots au travail humain, tant pour pallier le manque de main-d’œuvre que pour réduire la pénibilité. La robotisation sera-t-elle l’innovation de rupture annoncée ?

La robotique en démonstration
Les robots font partie des nouveaux pôles d'intérêt des professionnels comme ici les robots de désherbage en démonstration à Mecafel.
© RFL

« Pourquoi la robotique ? », s’est interrogé Roland Lenain, directeur de recherche d’INRAE, lors de la journée Mecafel organisée le CTIFL sur son centre de Lanxade (Dordogne), consacrée aux solutions robotiques et automatisées pour les fruits et légumes. Egalement président de CST RobAgri, le chercheur apporte trois niveaux de réponses. En premier, la robotique permet de faire face à des challenges agroécologiques notamment dans l’objectif, volontaire ou contraint, de réduire l’usage des phytosanitaires. En second, les robots ont à prendre en compte le travail humain, avec d’une part la réduction de sa pénibilité et la limitation des risques mais surtout la substitution face au manque de main-d’œuvre, notamment pour la récolte. Enfin, la robotique peut apporter des gains de productivité nécessaires aux enjeux alimentaires à venir.

Est-ce le robot qui doit s’adapter aux pratiques agricoles ?

Si Magali, premier prototype de récolte de pomme et agrumes a été conçu fin des années 1980, d’autres concepts de robotisation ont été développés par la suite, et les choses s’accélèrent aujourd’hui. « Des réponses concrètes existent. Certaines sont commercialisées comme les tracteurs à navigation autonome effectifs en grandes cultures et les très nombreux robots de désherbage en activité ou en développement », mentionne le chercheur. Mais les attentes diffèrent en fonction des filières. Selon le rapport SolRob qui résulte de consultations auprès de professionnels, la préoccupation principale des arboriculteurs concerne la récolte à près de 90 %, le désherbage, la taille et l’observation représentent 75 % des attentes. Pour les maraîchers, c’est le désherbage qui suscite le plus d’intérêt dans la robotique (75 %), suivi de la protection contre les maladies (70 %) puis de la récolte (60 %).

Roland Lenain a également identifié des verrous pour la démocratisation des outils robotiques. Ils sont d’ordres technologiques, législatifs et sociétaux. Appréhender la diversité des contextes, percevoir l’environnement, garantir le répétabilité, maintenir la sécurité, assurer l’interaction robots-homme sont autant de problématiques scientifiques qui au final se résument en « est-ce le robot qui doit s’adapter aux pratiques agricoles ou celles-ci qui doivent évoluer pour faciliter la robotisation ? ». Un questionnement se pose aussi sur l’usage des robots. L’applicabilité de la robotique se compose de notions de performance, de coût, de maintenance, d’acceptabilité mais aussi des conditions de commercialisation des engins (garantie de sécurité, mise à jour…). « Ces différents points sont à des niveaux de maturité disparates. Certains sont déjà efficients comme la localisation, d’autres ont des échéances à moyen échange et à long terme. »

Définir le statut de « superviseur de robot »

Il y a aussi des trous dans la raquette. « C’est pour cela que le CTIFL a investi de manière forte dans la robotique avec notamment la plateforme Titec basée sur le site de Lanxade afin d’accueillir de nombreuses initiatives pour développer du matériel à l’état de prototype », mentionne Ludovic Guinard, directeur du CTIFL. « Face à la forte diversité des cultures et des modes de production, il faut penser en briques technologiques assemblables et ré-assemblables selon les besoins », commente-t-il. Dans son état des lieux de la robotisation des fruits et légumes, Florentin Kaçar, CTIFL, a essentiellement mentionné les différentes solutions de binage et désherbage mécanique, de plus en plus nombreuses et en démonstration sur le terrain lors de la journée Mecafel. Ainsi que le nombre grandissant de robots prototypes ou de solutions d’assistance à la récolte de nombreux fruits et légumes.

Le secteur de la serre fait également figure de locomotive dans ce secteur, avec une offre plus diversifiée des tâches réalisées (effeuillage, récolte, protection…) et très visibles lors du dernier salon Greentech aux Pays-Bas . Outre les robots de récolte, l’arboriculture voit également apparaître des robots de taille. Le projet Next Fruit 4.0 conduit par l’université de Wageningen envisage même d’associer les deux opérations en développant des logiciels de reconnaissance d’images et de bras articulés multifonctions, capables de tailler et de cueillir.

Des transferts de briques technologiques sont possibles

L’arrivée des robots dans le paysage agricole soulève des questions de réglementation. « Dans la directive Machine actuelle, la mise en œuvre d’un robot repose sur une analyse des risques et le dépôt d’un dossier pour obtenir un certificat CE », mentionne Stéphane Duran, RobAgri. Selon le spécialiste, une nouvelle directive Machine, à venir en 2023, devrait définir le statut de « superviseur de robot », soit au champ, soit à distance. « Cette directive intègre également l’intelligence artificielle mais la sûreté ne doit pas dépendre de l’IA et plutôt de capteurs et palpeurs », précise-t-il. Parmi les freins au développement, Florentin Kaçar a cité la faible valeur ajoutée de la robotique dans la filière fruits et légumes par rapport à d’autres filières, ainsi que le manque d’attractivité de la recherche et de la conception pour le secteur des fruits et légumes. Toutefois, selon Roagri, « il existe des transferts possibles de briques technologiques notamment celles des véhicules autonomes même si les énormes enjeux financiers limitent les échanges ». Ceux concernant l’utilisation des drones semblent plus accessibles.

"Il faut penser en briques technologiques assemblables et ré-assemblables selon les besoins" Ludovic Guinard, directeur du CTIFL

En pratique

Faut-il assurer un robot ?

Lors de la table ronde de Mecafel concernant la réglementation et la sécurité, le représentant de Groupama a précisé qu’il n’y avait pas de réglementation précise en matière d’assurance. Toutefois si le robot peut transporter une personne, il peut être assimilé à « un véhicule terrestre à moteur » et doit donc être assuré. Il convient également de s’assurer contre le vol ou des préjudices que l’engin pourrait causer.

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