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« Je voudrais être le producteur de poires belge le plus “vert” »

Mark Nickmans vit et respire pour ses poires, comme ses parents avant eux et comme désormais sa fille Marit. Spécialiste de ce fruit leader en Belgique, l’arboriculteur cherche à tendre vers la neutralité carbone [rédaction : Yanne Boloh].

À Halen, dans la province belge du Limbourg, le père de Mark et Erik Nickmans a progressivement fait passer la ferme de polyculture élevage héritée de ses beaux-parents en une exploitation spécialisée dans la production de poires. Passée entre les mains de ses deux fils, en 1993, elle produit désormais 1 350 tonnes par an, principalement Conférence. Les premiers poiriers ont été plantés en 1955 sur une parcelle d’un hectare. Plusieurs lignes de ces arbres historiques contribuent toujours à la production. « Cette année a été tellement pluvieuse que, pour la première fois, nous n’avons pas pu enlever le bois de taille au pied des arbres », constate toutefois Mark Nickmans.

 
Mark Nickmans - Belgique - poire
Début avril, Mark Nickmans notait la précocité de la floraison, de plus de trois semaines en avance, et s’inquiétait d’un possible gel. © Y. Boloh

La famille a toujours eu des poiriers

À 55 ans, il est désormais à la tête de l’exploitation avec Erik, de deux ans son aîné, qui se concentre davantage sur la production. Ils ont appris le métier très tôt du fait de l’hospitalisation de leur père pendant près de deux ans. « Nous travaillions alors avant et après l’école, et bien sûr les week-ends et les vacances. Je crois bien que mon frère avait neuf ans quand il a conduit le tracteur sur la route, avant que notre père n’ait pu reprendre ses activités. Mais, à plus de 80 ans, il est toujours l’un des plus passionné d’entre nous. Pour faire ce métier, il faut de toute façon être passionné car vous devez toujours être attentif aux arbres. »

L’une des grandes fiertés de Mark est la décision de sa fille Marit, qui à 21 ans va les rejoindre dès l’été prochain, à l’issue de ses études. « Elle travaille déjà pas mal avec nous », sourit-il. Pour assurer un revenu supplémentaire, l’exploitation va planter deux hectares de plus l’an prochain. L’essentiel des parcelles se trouve à proximité immédiate des bâtiments de l’exploitation, les plus lointaines à 3 km. Si la famille a toujours eu quelques poiriers. « Nous cultivons désormais 27 hectares, dont 4 hectares de jeune plantation », précise l’arboriculteur. Mark et Nick emploient un salarié permanent ainsi qu’une équipe de salariés roumains. Ces derniers viennent s’installer chaque année pour deux périodes de trois mois, dans le logement mis à disposition sur la ferme.

2 300 tonnes de capacité de stockage

La capacité de stockage s’est fortement agrandie depuis le premier frigo, construit en 1984, pour atteindre 21 cellules dont 14 de stockage longue durée (ULO cells). « Nous pouvons stocker jusqu’à 2 300 tonnes », estime Mark Nickmans. En plus de leur propre production, les deux frères stockent et emballent un volume quasi équivalent pour des partenaires (1 200 t issues de vergers voisins). Sept camions par semaine en pleine saison et cinq camions hebdomadaires plus régulièrement partent pour le distributeur Vergros, qui exporte ensuite quasiment l’intégralité de ses volumes. L’emballage s’effectue en deux étapes : lavage automatisé des poires par lots de 500 kg, avec approvisionnement par robot qui date de 2006, et mise en carton/caissettes manuellement.

« Nous venons d’investir 100 000 euros pour le système de contrôle optique digitalisé. Tous nos investissements contribuent à réduire notre empreinte carbone », explique d’ailleurs celui qui vient de gagner le concours « De Klimaatkoploper » (pionnier du climat). « Je ne veux pas être le plus gros producteur belge, mais je voudrais être le plus “vert”, en réduisant mon empreinte carbone à tous les niveaux, de la production de mon électricité à la gestion des mauvaises herbes dans les vergers en passant par le recyclage de l’eau, sans pour autant passer en bio », résume le professionnel. Il y a vingt-cinq ans, Mark a commencé par sa propre empreinte carbone en investissant dans une pompe à chaleur pour sa maison. Puis est arrivée une voiture électrique.

Les prix ont été bons cette saison

Sur l’exploitation, les chariots élévateurs fonctionnent également à l’électricité. « J’espère aussi acheter un tracteur électrique, mais il semble que je doive attendre au moins 2026 », sourit Mark Nickmans. Les cellules frigorifiques de la ferme tirent en tout cas leur énergie de 790 panneaux solaires. La chaleur issue de la récupération de chaleur sur les cellules de stockage est acheminée vers un ballon tampon qui sert à chauffer la maison. Le réfrigérant des réfrigérateurs, nocif pour le climat, a été remplacé par de l’ammoniac. Mark a également remplacé tout l’éclairage par des LED. Afin d’être économe en eau, une irrigation goutte à goutte a été installée sur 90 % de la superficie de ses vergers, ce qui lui assure une économie d’eau de 30 à 40 %. Toutes les eaux de pluie des toits sont collectées et utilisées pour les activités de nettoyage, de pulvérisation ou de tri des fruits.

Début avril, la saison est quasiment terminée et les prix ont été bons pour les poires de Mark Nickmans, autour de 1,20 euro pour les plus qualitatives, alors qu’ils étaient autour de 0,70 euro en moyenne ces dernières années. Si les Conférences assurent 80 % des volumes, il s’avoue amoureux d’autres variétés, dont Dorado, Karina, qui est précoce, et Ragnarok. « Dans tous les cas, la poire est bien plus délicate que d’autres fruits plus faciles à faire pousser. Nous avons eu une période de plantation d’arbres tous les mètres mais c’est trop proche, mieux vaut conserver 1,5 mètre pour assurer une récolte plus sereine et de même volume au final », précise-t-il. Début avril, le producteur notait la précocité de la floraison, de plus de trois semaines en avance, et s’inquiétait d’un possible gel.

En chiffres

27 ha de poires (en propriété) + 3,5 ha sous bail à long terme

1 350 t produites en 2023

21 cellules de stockage, dont 14 de longue durée

2 300 t de capacité (1 200 t stockées pour compte de tiers)

4 personnes en plein-temps + une équipe de saisonniers roumains

Le numéro 1 européen de la poire

La coopérative BelOrta est un des gros opérateurs des fruits et légumes belges. Elle regroupe 1 200 producteurs avec un chiffre d’affaires de 626 millions d’euros en 2023. La poire arrive en première position dans la catégorie des fruits, suivie de la fraise, de la pomme et de la cerise. La salle d’enchères de BelOrta, désormais électronique, fonctionne avec six horaires d’enchères pour environ 500 clients. La coopérative accompagne techniquement ses adhérents du choix des variétés jusqu’au stockage après récolte, avec une équipe dédiée.

En 2023, 390 adhérents ont produit des poires et des pommes (5 800 ha pour 180 000 t de poires, 1 600 ha pour 76 500 t de pommes). Sur ce segment, BelOrta représente près de 95 % de part de marché en Belgique. Conférence arrive largement en tête des poires avec 4 243 ha, suivi par Doyenné (252 ha). L’emballage des pommes et des poires bénéficie, à Borgloon, d’installations inaugurées l’été dernier. Avec une capacité de 60 000 t, ce projet de pooling équipé de matériels Maf Roda permet de fonctionner avec une équipe réduite de 45 personnes, grâce à l’automatisation et aux matériels de contrôle optique et infrarouge.

La poire belge en tête de l’Union européenne

 
station de conditionnement - poire
Le secteur belge s’est investi pour produire des « poires climatiquement neutres ». © Y. Boloh

La Belgique a pris la tête de la production européenne de poires en 2023, avec près de 350 000 tonnes, cultivées principalement dans la région des Flandres. Conférence, avec plus de 80 % des volumes, est suivie de très loin par Durondeau et Doyenné. La Belgique affiche clairement sa vocation exportatrice, puisque 80 % des volumes partent pour les Pays-Bas, l’Allemagne et la France. Le secteur s’est investi pour faire des « poires vertes » : selon une étude du Boerenbond, il apparaît que la culture flamande de la poire est climatiquement neutre. Les émissions de CO2 provoquées par les machines dans les champs et les chambres froides pendant le stockage semblent inférieures au stockage de carbone dans le bois et le sol.

Rédaction Réussir

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