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En quête de leviers alternatifs contre le thrips du poireau

Des leviers alternatifs d’intérêt pour une lutte agroécologique contre le thrips du poireau ont été évalués, notamment les filets anti-insectes et l’implantation de plante barrière.

L'effet "plante barrière" d'une culture de chanvre entourant une parcelle de poireau a réduit la pression thrips dans l'essai. © Sileban
L'effet "plante barrière" d'une culture de chanvre entourant une parcelle de poireau a réduit la pression thrips dans l'essai.
© Sileban

Le projet PIC Poireau Thrips porté par le Sileban (Normandie), Planète Légumes (Grand Est), la Chambre d’agriculture du Loir-et-Cher (Centre Val de Loire) et la Serail (Auvergne-Rhône-Alpes) a eu pour objectif de construire et de référencer des stratégies de protection intégrée contre le thrips en culture de poireau. Pour répondre à celui-ci, les quatre partenaires du projet ont mis en place 24 dispositifs d’essais en trois ans(1). Des leviers alternatifs d’intérêt pour une lutte agroécologique contre le thrips du poireau ont été évalués.

Matériel végétal et irrigation

« Le facteur matériel végétal constitue un levier important dans la gestion de la lutte dans une stratégie préventive », mentionne le bilan des expérimentations. Les techniques d’irrigation constituent un facteur prépondérant pour améliorer la lutte contre le thrips. Globalement, les stratégies mises en place intégrant le bassinage ou l’augmentation de la fréquence des apports sur les périodes de forte activité des thrips ont permis d’améliorer très nettement l’état du feuillage en comparaison à des témoins sans irrigation. « Les essais ont montré que des irrigations bien positionnées peuvent aussi permettre d’accentuer la mortalité naturelle des thrips et d’améliorer significativement l’efficacité des programmes de lutte appliqués en traitement des parties aériennes », précisent les partenaires du projet.

A lire aussi : Poireau : suivre des règles de décision pour lutter contre le thrips

Les traitements des parties aériennes par des produits alternatifs ont également fait l’objet d’expérimentation. Au total, huit produits alternatifs (biocontrôle, barrière physique, Préparation Naturelle Peu préoccupante) à la lutte chimique ont été évalués. D’une manière générale, l’ensemble des produits alternatifs ont exprimé un faible potentiel d’efficacité. Les pourcentages d’efficacité les plus élevés observés, comme 22 % pour l’Essen’Ciel ou 33 % pour BiocPIC-2 (nom de code car non homologué) sont à mettre en corrélation avec la pression du ravageur inférieure à 25 % dans le témoin non traité, ce qui correspond à une pression d’attaque faible. Ces solutions ne semblent donc pas suffisantes pour la gestion du thrips sur la culture du poireau, en particulier lors d’infestations importantes.

Alternance aux insecticides conventionnels

« Néanmoins le nombre de substances actives chimiques actuellement homologuées est faible et certaines sont menacées. Il serait donc intéressant de tester à nouveau ces produits alternatifs en intégration dans une stratégie globale et non seuls, et d’affiner leur condition d’utilisation (volume de bouillie, adjuvant, conditions météorologiques) afin d’étudier de façon plus précise leur potentiel », commentent les spécialistes et auteurs du bilan. Les stratégies d’alternance aux insecticides conventionnels incluant les spécialités Success 4 (spinosad) et Vertimec Pro (abamectine) avec des produits de biocontrôle et des solutions alternatives (extraits végétaux, produit minéral) ont été systématiquement inférieures aux programmes 100 % en protection chimique qui, dans certains cas, ont fortement décroché en efficacité. Pour obtenir une amélioration supplémentaire de protection et en dernier recours, l’usage de spécialités insecticides apparaît nécessaire et reste techniquement justifié.

La piste de plante barrière à poursuivre

De plus, deux leviers innovants ont été éprouvés dans ce projet avec la protection physique par filet anti-insectes (voir encadré) et l’implantation de plante barrière (chanvre) autour de la culture du poireau. Dans ce dernier cas, une culture de chanvre entourant la culture de poireau (pour un équivalent d’unité de surface de 200 à 500 m² de la culture du poireau entourée de chanvre) a montré un intérêt dans les conditions d’essais. Ce principe a produit des effets favorables en retardant sensiblement l’infestation et par une réduction de pression thrips. « Dans ce sens, cette piste de plante barrière apparaît à poursuivre en expérimentation », précisent les expérimentateurs. « Ces nouvelles approches seraient à approfondir dans le cadre d’un futur projet pour fiabiliser les résultats et préciser leur intérêt respectif car leur déploiement impliquerait des changements de pratiques importants pour le producteur », conclut la synthèse des travaux. A l’issue de ce projet et à partir des acquis, il apparaît nécessaire de rechercher de nouvelles possibilités pour perfectionner la protection contre ce principal bioagresseur du poireau.

(1) Bilan des expérimentations Pic Poireau Thrips
 
Equipe ayant travaillé sur le projet PIC Poireau Thrips : Bruno Pitrel (Sileban) /Pauline Boutteaux (Sileban), Lucile Bertillot (CA 41), Anaïs Claudel (Planète Légumes), Alexandre Burlet (Serail)

 

Evaluation des filets anti-insectes

Différentes techniques de pose des filets anti-insectes (à plat, vertical, sur arceaux) ont été testées. © Sileban
La protection physique à partir de filets anti-insectes a fait l’objet d’évaluations d’efficacité propre sans complément de traitements insecticides. Différents maillages et les méthodes de pose (pose verticale, pose à plat sur la culture, pose sur arceaux) ont été testés. Les essais réalisés ont permis de mettre en avant :

- Une diminution de pression parfois significative par rapport au témoin sans protection avec des efficacités estimées (nombre de thrips/plant) de 20 à 50 % d’efficacité. Toutefois en conditions de forte pression et après 100 jours de culture, les meilleurs résultats d’efficacité n’ont pas excédé 23 % de protection du feuillage (essai Sileban 2020). A l’inverse, des résultats beaucoup plus favorables ont été observés dans d’autres conditions avec jusqu’à 70 % d’efficacité (essai Serail 2020).

- L’utilisation de filets référencés « anti-thrips » à maillage très fin n’a pas garanti une protection complète, ni suffisante (symptômes sur feuillage du poireau).

- Des incertitudes sur la provenance des infestations observées sous filets (manque d’herméticité, thrips provenant du sol ?, …) qui occasionnent des dégâts notables sur le feuillage (effet confinement de thrips sous bâche).

- Il est nécessaire d’avoir un délai très court entre l’implantation de la culture et la mise en œuvre de la protection physique. Aussi, les différentes techniques testées de pose des filets anti-insectes (à plat, vertical, sur arceaux) augmentent les difficultés de gestion du désherbage.

« Des travaux complémentaires seraient nécessaires pour obtenir davantage de références et fiabiliser les résultats, en vue de référencer éventuellement cette méthode de lutte. Néanmoins, à l’issue des essais réalisés, cette méthode de lutte ne s’est pas toujours révélée techniquement pertinente en période de forte pression thrips », commentent les spécialistes.

Rédaction Réussir

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