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Dossier Fraise : vers le zéro résidu

Jean-Claude Palu est impliqué dans la démarche Zéro Résidu de Pesticides du collectif Nouveaux champs. Selon lui, la maîtrise de l’oïdium sans produit de synthèse, un long vide sanitaire et la qualité sanitaire du plant, indemne de pucerons, sont les bases pour atteindre l’objectif fixé.

"Il ne faut pas être jusqu’au-boutiste et savoir se sortir de la démarche pour ne pas mettre en danger toute la production", assure Jean-Claude Palu fraisiculteur impliqué dans Zéro résidu de pesticides.
© RFL

Avant 2003, Jean-Claude Palu était producteur de pomme de terre Charlotte destinée au marché britannique. Cette année-là, la canicule sévit pour la première fois en Lot-et-Garonne. « Les tubercules ont cuit dans mes sols légers. Je n’ai rien récolté », se rappelle-t-il. Un électrochoc… Pour « ne plus mettre les œufs dans le même panier », Jean-Claude Palu décide alors de se lancer dans la fraise hors-sol… Un autre monde pour ce « patatier ». Avec un bilan comptable négatif, mais l’appui de sa coopérative ValPrim-Rougeline, il décroche les financements pour 9 800 m2 de serre plastique. Sept ans après, il en construira 15 000 m2 de plus… et en monte 10 000 m2 de plus cet été. Jean-Claude Palu et son épouse sont aujourd’hui fraisiculteurs.

 

 

Après avoir produit 100 % Gariguette avec de nombreux itinéraires de cultures, le producteur répartit maintenant ses cultures en un tiers de Gariguette précoce, un tiers Gariguette tardive et un tiers de Ciflorette, le tout sur un substrat tourbe-écorce. Cet étalement de la production, du 20 février à fin juin, permet de mieux répartir ses besoins de main-d’œuvre. « Nous travaillons avec un objectif qualitatif, pour une production précoce et à gros fruits, que nous valorisons avec des emballages spécifiques mais qui nécessitent plus de travail, 20 à 30 % de temps de récolte supplémentaire », mentionne Jean-Claude Palu. Cette quête de valorisation, Jean-Claude Palu la prolonge désormais en s’inscrivant dans la démarche Zéro Résidu de Pesticides (ZRP) créée et portée par le collectif Nouveaux Champs dont Rougeline est membre fondateur. « Faire du ZRP, c’est s’engager de manière volontaire à garantir aux consommateurs l’absence de résidu, inférieur à la limite quantifiable, tout en pouvant se retirer si cet objectif ne peut être atteint pour préserver sa production », explique-t-il.

La trop forte pression de l’oïdium

Pour lui, ce nouvel engagement est une manière de formaliser, d’améliorer les avancées techniques déjà réalisées et d’apporter une nouvelle valeur ajoutée à ses fraises. « Il y a longtemps que nous mettions des auxiliaires, avec des difficultés pour les installer et les maintenir car la trop forte pression de l’oïdium nous obligeait à intervenir trop fréquemment », témoigne le professionnel, pour qui « la clef de la lutte intégrée passe par la maîtrise de l’oïdium sans produit de synthèse ». Depuis sept ans, c’est chose faite. « Nous avons remplacé les anti-oïdium par des moyens alternatifs et une plus grande vigilance de la régulation climatique des serres. Nous utilisons des stimulateurs de défense naturelle et de produits de biocontrôle qui agissent essentiellement par contact », explique Jean-Claude Palu. Une précision qui a son importance et qui a conduit le producteur à investir dans un nouveau matériel de pulvérisation pour améliorer la qualité de l’application indispensable à l’efficacité de ce type de produit. « Il faut être rigoureux dans les conditions d’application et tenir compte des conditions climatiques en fonction des modes d’action des produits pour optimiser leur efficacité », précise le spécialiste. Désormais, il « ne vit plus avec la peur de l’oïdium » et maîtrise sa protection des cultures avec la lutte biologique, notamment contre le thrips. En effet, son itinéraire de production regroupé sur le printemps permet de réaliser un vide de sanitaire des serres de quatre mois. « C’est la base de la réussite », commente-t-il.

Un plant propre sans puceron

Aujourd’hui, sa préoccupation se porte sur les pucerons. « S’ils sont déjà présents sur le plant, le problème ne peut pas être évité », assure Jean-Claude Palu. « Les pucerons arrivent à l’intérieur du cœur. L’utilisation des produits de contact dès la plantation n’est donc pas pertinente et les auxiliaires s’installent plus lentement en conditions hivernales », explique Claire Amiraux, directrice du Pole technique et développement de Rougeline. Par la suite, les produits de biocontrôle ont une action limitée et les solutions de rattrapage avec des insecticides de synthèse ne peuvent plus être envisagées en production à cause de délais de récolte trop longs (sept jours). « On subit les pucerons et ils peuvent nous contraindre à sortir de la démarche ZRP », reconnaît le producteur. D’où la demande croissante des professionnels concernant la qualité sanitaire des plants. « Il nous faut travailler en amont avec les pépiniéristes pour avoir un plant propre et connaître l’itinéraire du plant pour aussi éviter d’éventuels résidus », souhaite-t-il. Pour Jean-Claude Palu, la démarche technique de Zéro Résidu de Pesticides nécessite de la motivation, beaucoup d’observation et une prise de risque. « Mais il ne faut pas être jusqu’au-boutiste et savoir sortir de la démarche pour ne pas mettre en danger toute la production qui revient en conventionnel », remarque-t-il. En 2018, Jean-Claude Palu a récolté ses fraises ZRP jusqu’à fin mai avec une valorisation commerciale de sa démarche. Cette année, la période a été plus courte mais d’autres producteurs de Rougeline ont pris le relais. « Nous sommes dans une démarche volontaire que l’on essaie de valoriser. Mais demain, ce sera le passage obligé de toute la filière, sans même les exigences du consommateur mais avec la seule disparition de produits phytosanitaires utilisés », conclut Jean-Claude Palu.

 

Claire Amiraux, directrice du Pole technique et développement de Rougeline

 

« La démarche Zéro Résidu de Pesticides est une démarche globale et collective. L’engagement de plusieurs producteurs du groupe permet de tenir la démarche sur la saison. Sur le plan technique, la force est d’être plusieurs pour tirer les enseignements les uns des autres, sans qu’il y ait pour autant de recette transposable. L’approche ZRP permet de tirer toute la production vers le haut, même ceux qui ne sont pas dans la démarche. Elle oblige à une réflexion sur l’ensemble des moyens de lutte et avec tous les acteurs de la filière, pépiniéristes mais aussi fournisseurs d’auxiliaires et entreprises phytosanitaires. Une solution pour la démarche ZRP deviendra une solution pour tous ».

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