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Dossier Biocontrôle : De nombreuses solutions pour les fruits et légumes

Le biocontrôle est déjà une réalité, même s’il manque des solutions contre plusieurs bioagresseurs dans toutes les filières. De nombreux produits existent en maraîchage et en arboriculture.

La lutte biologique est déjà très utilisée pour les cultures sous abri.
© V. Bargain

Selon la réglementation, le biocontrôle est l’utilisation de solutions basées sur des interactions et des mécanismes naturels. Il permet de protéger les plantes contre les stress biotiques (maladies, ravageurs, adventices) et vise l’équilibre des bioagresseurs plutôt que leur éradication. Il comprend quatre catégories d’agents : les macro-organismes (insectes, acariens, nématodes), les micro-organismes (bactéries, champignons, virus), les médiateurs chimiques (phéromones, kairomones) et les substances naturelles d’origine végétale, animale, microbienne ou minérale. En 2017, 59 % du chiffre d’affaires des produits de biocontrôle proposés par les membres d’IBMA France étaient des substances naturelles, 18 % des médiateurs chimiques, 14 % des macro-organismes et 9 % des micro-organismes. « En agriculture, le secteur des cultures spécialisées est le plus fourni en solutions de biocontrôle par rapport aux grandes cultures, indique Denis Longevialle, secrétaire général d’IBMA France. Et dans le secteur des fruits et légumes, les cultures pour lesquelles il y a le plus de solutions sont les cultures sous abri, puis l’arboriculture et enfin les légumes de plein champ. » S’il manque des produits de biocontrôle contre certains bioagresseurs dans toutes les cultures, des solutions existent donc déjà et peuvent être utilisées.

 

 

« Un des objectifs d’IBMA France est de déployer les solutions existantes », insiste Denis Longevialle. Une liste officielle des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle est publiée par le ministère de l’Agriculture. Mise à jour chaque mois, elle recense les produits commerciaux ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché et respectant par ailleurs des critères toxicologiques et écotoxicologiques plus exigeants. Selon la dernière liste (au moment de la rédaction), qui exclut les macro-organismes et quelques produits non éligibles car ne répondant pas à certains critères de toxicologie ou d’écotoxicologie, 477 produits phytopharmaceutiques de biocontrôle sont disponibles en France. Un index Biocontrôle, qui reprend la liste officielle du ministère en y ajoutant les macro-organismes, est également publié par l’Acta, la troisième édition étant prévue pour avril 2019. Enfin, IBMA France a réalisé à l’occasion du colloque du 29 janvier des fiches solutions rassemblant tous les agents de biocontrôle existants par bioagresseur et par culture pour les secteurs du maraîchage, de l’arboriculture, de la vigne, des grandes cultures, des cultures tropicales et des jardins - espaces verts.

Manque de solutions contre les maladies

« Les fruits et légumes sont les bons élèves du biocontrôle, constate Antoine Meyer, président d’IBMA France. De nombreuses solutions de biocontrôle sont déjà bien déployées dans ce secteur, notamment les macro-organismes dans les serres et la confusion sexuelle sur fruitiers. Elles sont la preuve que le biocontrôle fonctionne. » Les solutions disponibles ne permettent toutefois de régler qu’une partie des problèmes. Les agents de biocontrôle permettant de maîtriser les populations de ravageurs sont relativement développés. De nombreuses solutions existent notamment en maraîchage contre les chenilles phytophages, les aleurodes, les acariens, les thrips et les pucerons. En arboriculture, on trouve aussi des solutions contre les chenilles phytophages ou foreuses des fruits et dans une moindre mesure contre les acariens et phytoptes, les insectes xylophages, les mouches et les pucerons. Les agents de biocontrôle sont par contre beaucoup moins nombreux contre les maladies fongiques, mis à part peut-être contre les pythiacées. Et à peu près aucune solution de biocontrôle n’existe contre les adventices. « Notre approche est qu’il faut combiner les solutions, à travers notamment des initiatives comme le Contrat de solutions, estime Antoine Meyer. Pour les adventices, après un désherbage mécanique, il faudrait pouvoir identifier l’adventice qui a le plus fort impact économique sur la culture, pour que les recherches se concentrent sur celle-ci. » Une première piste pour élargir le panel de solutions serait que des agents de biocontrôle homologués sur d’autres cultures et qui fonctionnent soient rendus disponibles pour les fruits et légumes. « Il y a actuellement des solutions de biocontrôle contre le botrytis en vigne, indique Antoine Meyer. L’homologation de ces solutions pourrait être étendue par exemple à la fraise et aux cucurbitacées. » Un autre axe essentiel sera de développer la recherche et l’innovation, notamment dans le secteur privé.

Connaître le fonctionnement des produits

Afin de mieux positionner les produits de bioncontrôle, savoir comment ils fonctionnent est essentiel.

Le biocontrôle étant basé sur des interactions et des mécanismes naturels, leur utilisation nécessite en général une bonne compréhension des cycles biologiques de la plante et des bioagresseurs. Une bonne connaissance des différents modes d’action des agents de biocontrôle est également nécessaire pour bien les positionner. Les macro-organismes peuvent être des prédateurs, des parasitoïdes, des nématodes entomo-pathogènes… Les micro-organismes agissent par sécrétion de substances antifongiques, toxines, stimulateurs de défense des plantes, par parasitisme, compétition nutritionnelle et/ou spatiale ou encore par développement dans les cellules du bioagresseur. Les substances naturelles peuvent être répulsives, biocides, biostatiques, stimulatrices de défenses des plantes. Les médiateurs chimiques peuvent permettre la confusion sexuelle, le piégeage de masse, le piégeage pour monitoring… Différents facteurs peuvent par ailleurs influencer leur efficacité : l’environnement (température, humidité, pH, sol, plante), les caractéristiques du bioagresseur (souche, pression, niveau de sensibilité). Les pratiques culturales sont également importantes (positionnement, espèce, variété, stade de développement de la plante…). Enfin, le biocontrôle implique d’avoir une approche globale au niveau du système de culture. Un point clé est de caractériser les risques par une surveillance plus récurrente, la détection précoce et le suivi via des Outils d’aide à la décision ou des solutions biotechnologiques. Les mesures indirectes (agronomie et pratiques culturales, prophylaxie, régulation naturelle, variétés tolérantes/résistantes) doivent aussi être priorisées pour abaisser la pression des bioagresseurs. Enfin seulement on peut substituer aux produits phytosanitaires des leviers directs alternatifs, physiques (actions mécaniques, filets, lutte thermique) ou biologiques, en complétant si besoin par des produits phytosanitaires conventionnels, tout en acceptant un certain niveau de nuisibilité.

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