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Poireau : des pistes face à la mouche mineuse

Apparue en France en 2003, la mouche mineuse du poireau est responsable de dégâts économiques importants. Les connaissances progressent toutefois sur ce ravageur et des pistes apparaissent pour mieux le maîtriser.

En 2019, les dégâts de mouche mineuse du poireau ont été très importants en Pays de la Loire. © CDDL
En 2019, les dégâts de mouche mineuse du poireau ont été très importants en Pays de la Loire.
© CDDL

Venues de l’Est et apparues en Alsace en 2003, les mouches mineuses du poireau n’ont cessé depuis de s’étendre en France. L’espèce la plus préjudiciable est Phytomyza gymnostoma, qui se développe sur poireau, ciboulette, oignon, plus rarement ail et échalote. Le cycle comporte deux générations par an, la conservation l’hiver se faisant sous forme de pupes dans le poireau ou le sol. Les dégâts sont liés à la ponte des œufs sur les feuilles. « Les mouches commencent par piquer le feuillage pour se nourrir, créant des taches décolorées alignées caractéristiques, explique Sébastien Picault, du CTIFL de Carquefou. Au bout de 48 h, elles pondent en haut du feuillage. Les œufs éclosent et les larves descendent dans le fût, avant d’évoluer en pupe. » Sur jeunes poireaux, les conséquences sont une croissance réduite, des plants qui vrillent et de la mortalité. Sur poireau développé, la présence dans le fût de galeries rougeâtres et de nombreuses pupes complique le conditionnement et réduit le volume commercialisable.

A lire aussi : Zoom sur 5 maladies du poireau

 

En Pays de la Loire, où les mineuses sont apparues en 2008, des travaux ont été menés sur P. gymnostoma dans le cadre de Reproleg (2017-2019), programme de recherche expérimentation sur les ravageurs émergents, porté par l’Arelpal et soutenu par le Conseil régional des Pays de la Loire. Ils ont montré qu’il y a chaque année une période d’émergence intense à l’automne, entre le 20 septembre et le 10 octobre en région nantaise, et une autre plus variable qui s’étale du début de l’hiver à la fin du printemps. La protection la plus efficace (efficacité de 90 à 100 %) est la pose d’un filet insect-proof ou microclimat. Outre son coût, un filet entraîne toutefois des contraintes de pose et dépose et limite les possibilités de binage. Une autre piste moins contraignante est de faucher le haut du feuillage après la ponte pour empêcher les larves de descendre dans le fût. De nombreux essais sont menés sur différentes hauteurs de fauche et leur positionnement. A la Serail, les essais ont montré qu’une fauche à 20-25 cm en semaine 41 est un bon compromis. En 2019, une fauche a permis 65 % d’efficacité, avec une perte de calibre de 15 % entraînant une baisse de rendement de 3,5 t/ha (5 t/ha pour deux fauches). Une autre piste est de couper moins long (10-15 cm) pour limiter la perte de rendement, en intervenant au bon moment. « L’idéal est de faucher juste après la ponte et de le refaire éventuellement pendant la période à risque, des semaines 38-39 aux semaines 42-43 », estime Maxime Chabalier, du GDM.

Des cages d’émergence pour mieux détecter les vols

La difficulté, pour la fauche comme pour la pose d’un filet, est de repérer le début de la ponte. La détection des vols repose actuellement sur l’utilisation de bols jaunes ou panneaux jaunes englués ou sur l’installation au champ de pots de ciboulette. La ciboulette étant plus attractive que le poireau, l’observation sur la ciboulette de piqûres de nutrition permet de détecter précocement la présence de mouches. « Mais cela implique d’entretenir la ciboulette en la coupant toutes les trois à quatre semaines pour qu’elle reste appétante, ce qui n’est pas toujours fait », note Sébastien Picault. Les expérimentateurs ont par contre constaté que les cages d’émergence utilisées dans Reproleg pourraient être utilisées facilement par les producteurs. « En région nantaise, la pose d’un filet du 15 septembre au 20 octobre est la meilleure solution, analyse Sébastien Picault. Cela pose toutefois le problème du binage. Il peut aussi y avoir une résurgence du ravageur en novembre. Une cage d’émergence permet de détecter les émergences. Il suffit d’installer sous un auvent une cage de 50 cm x 50 cm en filet contenant 5-10 pots de ciboulette et de lancer l’élevage de mouches en y apportant des débris de poireau contenant des pupes. Une semaine après, les mouches commencent à émerger. Le filet doit idéalement être posé le lendemain de la première émergence. Et pour la fauche, comme la mouche pond dans les 48 h, l’idéal est de faucher cinq à sept jours après la première émergence, pour être sûr que toutes les mouches ont pondu. Tant qu’il y a des mouches dans la cage, on sait ensuite qu’il faut protéger la culture. Quand on n’en voit plus pendant plusieurs jours, on peut considérer que le vol est terminé et enlever le filet. »

16°C : température optimale d’émergence

Les travaux du CTIFL ont montré que la température optimale d’émergence de Phytomyza gymnostoma est de 16°C. « A 16°C, il faut 60 jours après la ponte pour la première émergence et 160 jours pour la dernière, indique Sébastien Picault. A 19°C, la première émergence apparaît à 120 j et la dernière à 140 j. Sous 6°C et au-dessus de 23°C, il n’y a aucune émergence. » La température influe aussi sur la durée des stades. A 10°C, le stade œuf dure 12 j, le stade larve A (translucide) 37 j et le stade larve B (jaune) 37 j. A 15°C, les stades durent moins longtemps (7 j, 15 j, 20 j). A 23°C, ils sont encore plus courts, mais aucune pupe n’apparaît. La photopériode n’a par contre pas d’effet sur la durée des cycles.

D’autres pistes

Le CDDM a testé des stratégies combinant biocontrôle, produits phytosanitaires et adjuvants. « Appliqué à l’automne, Benevia, sous AMM 120 j, assure une très bonne protection contre la mineuse, rapporte Marylou Lorne, du CDDM. Les produits de biocontrôle n’ont pas montré d’efficacité dans les conditions de l’essai. » L’Acpel a également observé des différences variétales de sensibilité. « Gros jaune du Poitou est très attaquée, Atlanta moyennement attaquée et Pluton et Belton très peu attaquées, indique Samuel Ménard, de l’Acpel. Des poireaux de couleur claire pourraient être plus sensibles que des poireaux plus foncés. » D’autres travaux vont être engagés par le CTIFL sur des plantes répulsives dans le cadre du projet Repulse.

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