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Cultures sous abris : quel avenir pour la PBI ?

Entre nouvelles découvertes et nombreux challenges, la protection biologique intégrée pour les cultures sous abris devrait pouvoir continuer à se développer face à la restriction des substances chimiques.

Un grand nombre de larves de syrphes sont consommatrices de pucerons.
Un grand nombre de larves de syrphes sont consommatrices de pucerons.
© F. Villeneuve - CTIFL

De nombreux scientifiques ont dessiné les contours de ce à quoi pourrait ressembler le futur de la protection biologique intégrée (PBI) lors du colloque du groupe de travail des productions sous abris de l’Organisation internationale de lutte biologique (OILB), à Brest fin août. Les présentations de résultats d’études se sont succédé et révélent de nouvelles solutions qui pourraient être développées par les entreprises de biocontrôle. Par exemple, de nouveaux auxiliaires de la famille des Pronematinae (Pronematus ubiquitus) semblent prometteurs contre l’acariose bronzée (Aculops lycopersici). Lors d’essais, ils démontrent la même efficacité de contrôle que le témoin avec cinq traitements au souffre. De plus, l’avantage de Pronematus ubiquitus est qu’il est endémique en Suisse. Il n’a pas encore été observé en France, mais dispose d’une autorisation d’introduction délivrée par l’Anses en 2022 pour Biobest. Cette efficacité a été attestée par deux études différentes, en complément des traitements au soufre qui permet une bonne efficacité à un haut niveau d’infestation. Cet auxiliaire s’établit mieux avec une supplantation en pollen. Les syrphes sont également de bons candidats pour devenir des agents de biocontrôle, car la plupart sont consommateurs de pucerons. Les larves se nourrissent même la nuit. Certaines espèces sont déjà commercialisées en Europe.

Des plantes banques majoritairement bénéfiques

Une étude a démontré que des plantes de services à nectar ou des dispensaires à pollen sont des sources de nourriture complémentaires intéressantes pour les syrphes adultes, qui permettent de préserver les populations adultes et de stimuler la ponte et le renouvellement des générations. Ces sources de nourriture complémentaires instaurent une stratégie de prévention pour le contrôle des pucerons en culture de fraise sous abris. Dans un autre registre, l’hémérobe Micromus variegatus et la coccinelle Scymnus interruptus sont deux candidats valables pour la prévention contre pucerons. Le premier nécessite la présence d’une source de nourriture alternative en culture de poivron, tandis que le deuxième n’en a pas besoin si la culture est en fleurs.

Scymnus interruptus est quant à elle compatible avec Amblyseius swirskii et complémentaire avec Aphidoletes aphidimyza. Les deux sont compatibles avec Orius laevigatus, souvent utilisé sur poivron contre le thrips. Malgré le risque d’entraîner de l’hyper-parasitisme, les plantes banques semblent majoritairement bénéfiques à la protection des plantes. En effet, elles permettent de soutenir la présence d’ennemis naturels avant l’apparition des ravageurs, d’avoir un approvisionnement constant d’auxiliaires frais et sans dépendre de fournisseur. Des produits sont disponibles sur le marché français, comme Ervibank (Koppert) pour élever Aphidius ervi et Aphelinus abdominalis sur Sitobion avenae ou Aphidius colemani sur Rhopalosiphum padi sur orge (IPM Labs).

Les pucerons se défendent face aux parasitoïdes

L’association plante banque/auxiliaire est un système très complexe à gérer pour trouver l’équilibre au départ entre plante banque, pucerons ressources et auxiliaires, mais une fois un rythme de croisière trouvé, le système s’entretient bien. Il faut tout de même veiller à renouveler les plantes banques régulièrement. Celles-ci peuvent être suspendues au-dessus de la culture pour ne pas être touchées par les éventuels traitements chimiques et remplir leur rôle de source de nectar pour les auxiliaires, comme l’alysse maritime. Toutefois, les chercheurs ont pu mettre en évidence certaines problématiques liées à l’utilisation et l’efficacité de la PBI. Par exemple, les pucerons ont des comportements de défense face aux parasitoïdes comme le fait de s’enfuir, de trembler, de donner des coups de pattes, de produire du miellat ou encore de sauter. Une fois par terre, la moitié des individus retrouvent leur chemin vers les feuilles, ce qui a pour conséquence de disperser les foyers dans les conditions testées par les chercheurs. D’autres stratégies d’évitements existent chez les pucerons, comme Aulacorthum solani qui s’établit sur les feuilles basses, alors que Aphidoletes préfère positionner ses œufs sur les feuilles supérieures. Les périodes de production plus longues avec parfois l’absence de vide sanitaire ne permettent pas de nettoyer la serre avant la production suivante, et compliquent la lutte.

Des auxiliaires menacés par des super-parasitoïdes

La production de cultures légumières en hiver pose également un problème, car aucun agent de biocontrôle n’est efficace en dessous de 18 °C. L’utilisation de la lutte chimique avec de l’abamectine ou du chlofenapyr affecte les populations d’auxiliaires à proximité de la culture traitée, et empêche leur rétablissement dans les plantes banques. De plus, certains ravageurs comme le thrips américain Echinothrips americanus sont pour l’instant invulnérables. Il ne tue pas les œufs des acariens prédateurs, comme le pensaient les chercheurs, mais se défend contre ses agresseurs en rendant la lutte inefficace. Pour contrôler les comportements de défense de ces ravageurs, il est possible de baisser la température pour entraîner une baisse de performance des acariens prédateurs. Enfin, les auxiliaires peuvent aussi être menacés par des super-parasitoïdes. Comme par en exemple en Israël, où a été observée l’émergence d’un parasite (Erythmelus funiculi) d’Orius laevigatus qui met à mal la stratégie de PBI en poivron contre thrips. Pour la tomate, les trichomes (« poils des feuilles »), qui peuvent perturber l’implantation des auxiliaires et la prédation d’Orius laevigatus, représentent un vrai challenge pour la gestion en PBI des pucerons. Rijk Zwaan participe activement à l’élaboration de nouvelles variétés dépourvues de trichomes, en parallèle avec le développement des stratégies de PBI.

Les syrphes sont de bons candidats pour devenir des agents de biocontrôle

Des fourmis contre les pucerons ?

CC BY 2.0 DEED
Les fourmis pourraient recommencer à consommer des pucerons si leurs besoins en sucre sont satisfaits. © Olivier Bacquet

Les fourmis ont tendance à protéger les pucerons contre les parasitoïdes. Cependant, des recherches sont menées sur la mise à disponibilité en sucre pour la colonie de fourmis. Ainsi, elle n’aurait plus besoin du miellat produit par les pucerons et recommencerait à consommer des pucerons ou des thrips pour les protéines. Des essais sont encore à réaliser pour tester cette hypothèse en conditions réelles. En laboratoire, Christophe Noppe, chercheur à l’université de Ghent en Belgique, a mis en évidence l’utilité de la fourmi Crematogaster scutellaris sur le thrips Frankliniella occidentalis. Cependant, en dessous de 15 °C, elles ne survivent pas sur le long terme. D’autres questions se posent au sujet de la perception des consommateurs, avec le risque de retrouver des fourmis dans les légumes commercialisés.

3 études françaises sur l’environnement des serres

Deposit photos
© Adveis

Une étude menée par le Grab a permis d’améliorer la dispersion et le nombre de Transeius montdorensis et Neoseiulus californicus, deux acariens prédateurs, avec des cosses de sarrasins dispersées au sol dans une culture d’aubergines. Les attaques d’acariens ravageurs ont ainsi été divisées par trois. Cependant, la solution est onéreuse et nécessite du temps de travail supplémentaire, de l’ordre de 75 heures par hectare de serre.

Cultures sous abris : quel avenir pour la PBI ?
© Koppert

Le CTIFL a travaillé sur les effets d’une supplémentation en nourriture Mitefood (Bioline Agroscience) sur l’activité et la reproduction de Transeius montdorensis et Amblyselius swirskii, deux acariens prédateurs. En culture de fraise hors-sol, les effets se sont avérés positifs, même si la comparaison au témoin ne fut pas significative. Une répétition des expérimentations devrait permettre de confirmer ou infirmer le résultat.

CC BY 2.0 DEED
© Seán A. O'Hara

L’Inrae a étudié l’implantation en culture de la plante de service Alyssum lobularia maritima comme source de pollen et de nectar. Cette dernière a permis d’optimiser l’efficacité de l’auxiliaire Orius laevigatus contre les pucerons de la fraise. La production de fraise a été significativement augmentée grâce à la combinaison alysse maritime et œufs d’Ephestia (Bugfood E – Bioline Agroscience).

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