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Fruits à noyau
Climat plus favorable mais contexte inflationniste : comment la pêche nectarine française prépare son retour ?

Lors d’une visio-conférence, Medfel a dévoilé ses traditionnelles prévisions de récolte européenne pour les pêches et nectarines.

La nectarine à chair jaune Carene® Monecar cov montre des fruits de forme parfaite et une bonne qualité gustative de saveur semi-douce. © Sudexpé
L’Europe présente pour 2023 un potentiel normal, près de 3,4 millions de tonnes, mais on parle bien de potentiel et non de prévision de récolte, des incidents climatiques majeurs (sécheresse, inondations) étant encore en cours.
© Sudexpé / photo d'archives

Après une campagne française de pêches nectarines très marquée par le gel en 2021, cette année se présente sous de meilleurs auspices. Lors des prévisions Medfel en visio-conférence le 24 mai, Bruno Darnaud, président de l’AOP Pêches et Abricot de France, a fait état d’un « verger français qui s’est stabilisé, avec un bon taux de renouvellement ».

Côté climat, « pas d’aléa climatique majeur signalé, mais une vague de chaleur très importante en mai qui pourrait jouer sur la qualité ». Et contrairement aux autres fruits d’été comme l’abricot ou la cerise, la campagne française a quelques jours d’avance. Estelle Alarcon (coopérative La Melba), confirme pour les bassins du Sud de la France les impressions de Bruno Darnaud : « Dans le Roussillon, les premières récoltes viennent d’avoir lieu, il y a 5-6 jours d’avance pour les variétés précoces. »

« L’AOP prépare la campagne avec des prix à la consommation qui ne devraient pas être plus élevées que l’année dernière »

La France part donc sur un volume 2022 de 196 000 t, à comparer aux 165 000 t récoltées en 2021. Selon les prévisions de récolte dévoilées par Eric Hostalnou, chef de service Fruits & Légumes à la chambre d’Agriculture des Pyrénées-Orientales, Rhône-Alpes retrouverait presque son potentiel avec des prévisions à 43 400 t, un volume doublé par rapport à l’année dernière qui avait été marquée par le gel. Avec 62 400 t, Paca est proche de la moyenne 2016-2020 et du potentiel, ayant été peu touchée par le gel en 2021 et en 2022. Dans le Gard l’activation de la protection anti-gel a sauvé l’essentiel des vergers et le Roussillon a vu quelques zones touchées. Les prévisions du Languedoc-Roussillon sont portées à environ 82 100 t, un peu plus que l’année dernière et un peu en-deçà de la moyenne 2016-2020. En revanche, le Sud-Ouest, qui n’est pas une grosse région productrice de pêches et nectarines, a été particulièrement touchée par le gel et voit ses volumes chuter à 8 900 t. La prune, production régionale majeure, a aussi été très impactée.

 

Et côté commerce ? Flambée des coûts et guerre en Ukraine impacteront certainement cette campagne. « Depuis novembre dernier, on a un rayon fruits et légumes où le consommateur est peu présent avec une guerre des prix féroces de la grande distribution, témoigne Bruno Darnaud. L’AOP Pêches et Abricots de France avec les professionnels prépare la campagne avec de la promotion et de la communication pour la GMS: les prix à la consommation l’année dernière ont été élevé. Cette année, malgré le contexte inflationniste, les prix ne devraient pas être plus élevés. Notre objectif : faire répercuter la hausse des coûts mais pas sur le prix à la consommation. »

Retour sur une campagne française 2021 « atypique ». La France et ses pêches nectarines ont été particulièrement marquées par le gel du 8 avril 2021. Rhône-Alpes avait été très touchée, la Provence et le Gard un peu moins et de manière plus hétérogène et le Roussillon était resté proche de la normale. « 2021 a été une des campagnes les plus faibles de ces 30 dernières années », résume Bruno Darnaud, président de l’AOP Pêches et Abricots de France. En parallèle, la météo estivale, froide et humide, a aussi été défavorable à la consommation. « On estime que la consommation de pêches et nectarines en France a été de 5 kg par ménage en 2021. La faible consommation a été compensée par de bons prix à la consommation. Au final, le marché a été équilibré, après des débuts difficiles le temps de mettre en place. L’année a été atypique, très mauvaise pour les producteurs sans volumes et bonne à très bonne pour ceux qui avaient des fruits. »

 

Baisse des surfaces en Italie et l’Espagne ravagée par le gel

L’Europe des pêches et nectarines devrait produire cette année 2,9 Mt, contre 2,6 Mt l’année dernière, loin néanmoins du potentiel européen de 3,5 Mt. Le gel s’est déplacé de la Grèce, l’Italie et la France à l’Espagne cette année. « On est pour la troisième année consécutive sur un déficit européen, particulièrement marqué en Espagne. Il faut remonter à 2003 pour retrouver des niveaux aussi faibles », note Eric Hostalnou.

  • Grèce

Dans le détail des autres producteurs européens, la Grèce devrait retrouver « une campagne normale », selon les termes de Georges Kantzios (coopérative ASEPOP). « Le climat a été satisfaisant, la production épargnée par le gel à part sur quelques variétés à floraison précoce ». Le pays table sur 699 300 t : 350 000 t en pêches nectarines soit un potentiel retrouvé (+120 % sur un an), et 350 000 t en pavies (+38 %), principalement destinées à l’industrie. « Un retard de 7 à 10 jours est à noter. Les variétés très précoces ont eu quelques dégâts. On entrera en pleine production à mi-juin. »

  • Italie

En Italie, 1,080 Mt sont attendues, une hausse de +43 % sur un an et en deçà de la moyenne 5 ans de -8 %. L’Italie du Sud, proche de la normale à 700 000 t, a été moins affectée par le gel cette année ; le Centre (50 000 t) et la Vénétie (40 000 t contre 6 000 t l’année dernière) sont proches de leur normale, tandis que dans le Nord, le Piémont remonte à 100 000 t (potentiel de 130 000 t) et Emilie-Romagne à 180 000 t (contre 110 000 t l’année dernière et légèrement en deçà de la moyenne 2016-2020 certainement lié à une baisse des surfaces).

« La floraison a été bonne, il y a eu quelques dégâts de gel sur des variétés extra-précoces. On s’attendait à du retard mais la hausse des températures depuis le 15 mai pourrait permettre, sur les variétés tardives, de rattraper le retard », expose Elisa Macchi (CSO Italy). Elle précise : « Nous sommes sur des rendements à l’hectare proches de ceux de 2019. Mais avec la tendance à la baisse des surfaces, nous ne serons pas sur les volumes de 2019. » La baisse des vergers est de -10 % depuis 2019 et sera encore de -4 % cette année. « Cette baisse concerne surtout les pêches plus que les nectarines, et les régions du Nord plus que du Sud. » En résumé, un potentiel italien qui remonte après deux années marquées par le gel mais qui restent en dessous du potentiel structurel.

  • Espagne

Enfin, l’Espagne, qui a avait été “relativement” épargnée par le gel l’année dernière, voit la situation s’aggraver cette année. 900 000 t sont annoncées contre 1,5 Mt de potentiel et 1,3 Mt l’année dernière. « Nous avons eu plusieurs nuits de gel de suite en avril, on n’avait jamais vu des températures descendre aussi bas, témoigne Javier Basols (Fédération des Coopératives Espagnoles). La Catalogne et Aragon ont été particulièrement touchés. Certains vergers sont touchés à 100 % 30 000 ha sont accidentés selon pool de coassurance espagnol Agroseguro. Nous allons avoir une campagne très courte. » L’Andalousie et Murcia ont déjà commencé leur campagne. Manel Simon (Afrucat Catalogne) annonce des pertes de -70 % sur le potentiel en Catalogne et en Aragon, en raison du « gel qui a tout ravagé ». Aragon annonce 152 600 t, la Catalogne 165 600 t, Valence 12 700 t, Extramadura 121 400 t, Murcia 328 000 t et l’Andalousie 64 400 t.

  • Et côté commerce ?

Comme les Français, on s’inquiète en Espagne, en Grèce et en Italie de la flambée des coûts, de la guerre en Ukraine et du pouvoir d’achat.

Manel Simon rappelle que l’Espagne est un grand exportateur dont la « capacité exportatrice sera réduite cette année. La guerre en Ukraine a touché l’Espagne avec une hausse des coûts des matières premières, logistiques et d’emballage, surcoût que l’on estime de +30 à +35 % chez le producteur. Il est nécessaire de répercuter sur le prix de vente, et avec le manque d’offre, je pense que cela sera facile à faire passer. »

Georges Kantzios est plus inquiet pour la campagne en Grèce, particulièrement touchée par la situation ukrainienne du fait de sa proximité géographique. Quant à la répercussion de la flambée des coûts, il la craint impossible à demander du fait de l’inflation et de la crise économique.

L’Italie compte bénéficier du manque de l’offre espagnole à partir de fin juin mais Elisa Macchi se dit « préoccupée par la hausse des coûts qui ne peut pas rester sur les seules épaules des producteurs ». Mais « le contexte économique et politique inquiète les consommateurs quant à leur pouvoir d’achat et j’ai peur qu’ils ne limitent leur consommation en conséquence. »

 

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